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Des ministres novices pour gérer un pays en friche

Il y a une semaine, Win Myat Aye, nouveau ministre des Affaires sociales birman, ne pensait pas intégrer le gouvernement. Comme lui, la plupart de ses collègues sont des novices en politique chargés de reprendre un pays ruiné par la dictature militaire.

Assis au milieu des valises et des cartons alors qu’il attend pour emménager dans sa demeure ministérielle, Win Myat Aye est déjà dans l’urgence. « Non seulement l’attente de la population est très élevée mais aussi les attentes de notre chef, Daw Aung San Suu Kyi [tante Aung San Suu Kyi] », explique l’homme de 61 ans. « Nous allons travailler dur. Nous devons nous sacrifier. »

La tâche qui attend Win Myat Aye et les autres membres du gouvernement est en effet titanesque. Et les Birmans espèrent beaucoup après un basculement historique qui voit enfin la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) d’Aung San Suu Kyi parvenir au pouvoir après des années de dissidence.

La Birmanie, ex-État paria coupé du monde, a connu depuis 2011 une mini-révolution après l’autodissolution de la junte et l’arrivée d’un gouvernement semi-civil. Mais le chantier est à peine commencé dans un pays, qui s’est enfoncé dans la pauvreté au long de la dictature militaire. La NLD, parti dissident pendant des années et qui n’a pu entrer au Parlement qu’en 2012 à la faveur d’élections législatives partielles, n’a évidemment aucune expérience politique.

Inefficacité et corruption

Win Myat Aye, ancien recteur d’une université de médecine, se retrouve à la tête d’un ministère synonyme, comme beaucoup, d’inefficacité et de corruption pour les Birmans. Il sera notamment en charge des questions liées aux nombreuses catastrophes naturelles qui frappent le pays. « Nous avons des projets prévus pour les 100 premiers jours, d’autres pour les six premiers mois et d’autres qui dureront un an. Nous allons faire des changements pratiques », affirme-t-il sans donner de détails.

Mercredi, Barack Obama a salué un tournant historique, mais le président américain a rappelé que la Birmanie allait faire face à des défis importants évoquant notamment le développement économique, la réconciliation nationale et les droits et libertés.

La Birmanie a maintenant l’une des économies les plus dynamiques au monde — avec une croissance de 8 % l’an passé —, mais a toujours un tiers de sa population vivant sous le seuil de pauvreté. Près de 70 % des 51 millions de Birmans n’ont pas l’électricité et les conflits font rage dans les régions frontalières entre l’armée et les groupes armés ethniques.

L’équipe gouvernementale choisie par Aung San Suu Kyi pour affronter ces défis compte 18 ministres, dont trois militaires pour la Défense, l’Intérieur et les Frontières, des domaines qui restent la chasse gardée de l’armée.

Être exemplaire

Tous les membres de la NLD ont plus de 60 ans, dans un pays dont la moitié de la population à moins de 30 ans et Aung San Suu Kyi est la seule femme. Et elle a choisi de gérer quatre ministères en même temps.

« En Birmanie, un seul portefeuille est déjà un défi, a estimé Roland Kobia, ambassadeur de l’Union européenne. Mais d’un autre côté, je pense que personne ne connaît ce pays aussi bien qu’elle et personne n’a obtenu le soutien aux élections qu’elle a obtenu. »

Suu Kyi a déjà prévenu les membres de son parti qu’il faudrait être exemplaire. Malgré tout, la révélation embarrassante, il y a quelques jours, que le candidat au poste de ministre des Finances avait un faux doctorat, ne l’a pas empêché d’obtenir le poste.

Les ministres ont également été informés que les travaux de rénovation dans les ministères devraient se faire à leurs frais.

Mais Win Myat Aye ne s’arrête pas à cela. Il se dit porté par l’immense fierté de sa nomination et concentré sur l’importance de la tâche. « Servir en tant que ministre est une énorme opportunité pour moi parce que les gens veulent du changement. Ils ont placé leurs espoirs dans ce gouvernement issu du peuple », dit-il.