En attendant le changement...

Les réformes seront limitées au Myanmar, malgré les projets du parti d’Aung San Suu Kyi.
Photo: Romeo Gacad Agence France-Presse Les réformes seront limitées au Myanmar, malgré les projets du parti d’Aung San Suu Kyi.

Dans les ministères de la capitale administrative birmane, Naypyidaw, les ordinateurs font une timide percée parmi les piles de dossiers papier. Et les fonctionnaires attendent l’entrée en fonction du gouvernement d’Aung San Suu Kyi.

Au lendemain de l’élection par le Parlement du nouveau président, l’heure était mercredi aux discussions sur la répartition des postes au sein du gouvernement. Des détails pourraient filtrer cette semaine, même si officiellement, le parti assure que les noms des ministres ne seront révélés que le 30 mars, jour de l’investiture du président, Htin Kyaw, un proche de la prix Nobel de la Paix.

Depuis sa victoire aux législatives historiques de novembre, la NLD n’a pas fait mystère de sa volonté de réduire le nombre de ministères, actuellement de 36. Il y a ainsi en Birmanie plusieurs ministères de l’Énergie, et deux ministères distincts pour l’agriculture et l’élevage.

Dans son collimateur, une administration synonyme pour de nombreux Birmans de corruption et d’inefficacité, alors que les chantiers à mener sont colossaux, de la reconstruction du système de santé à l’éducation.

L'inconnu

« Nous n’avons aucune idée de ce qui va nous arriver, nous n’avons reçu aucune instruction », explique un responsable du ministère de l’Information. Mais, « même nous, nous avons soif de changement », ajoute un de ses collègues.

La NLD a réalisé un score étonnamment élevé aux législatives, y compris à Naypyidaw, ville sortie de terre en 2005, suivant le bon vouloir d’une junte paranoïaque. Aujourd’hui encore, elle reste habitée en grande partie par des fonctionnaires souvent logés dans l’enceinte de leur ministère et retournant voir leurs familles lors de leurs congés.

Avec ses bureaux vieillots encombrés de dossiers jaunis, le ministère de l’Information, arme de propagande largement utilisée contre Aung San Suu Kyi à l’époque de la junte, semble tout droit sorti d’un autre âge.

La reconstruction

Hôpitaux, écoles, infrastructures de base comme les routes ou l’approvisionnement en eau, tout est à rebâtir, après des décennies de négligence publique sous la junte. Les réformes économiques menées depuis 2011 ont surtout été le fait du secteur privé.

Les téléphones portables sont désormais omniprésents, loin d’une époque où les cartes SIM étaient hors de prix. Les touristes se font aussi de plus en plus nombreux, avec 4,7 millions de visiteurs étrangers l’an dernier.

Revers de la croissance, des centaines de milliers de travailleurs pauvres affluent vers les villes, notamment la capitale économique, Rangoun, dans l’espoir de trouver du travail dans les usines et sur les chantiers de construction.

Hantha Myint, qui dirige le comité économique de la NLD, assure qu’un des programmes phares du nouveau gouvernement sera la création d’emplois pour ces travailleurs peu qualifiés qui s’entassent dans des conditions insalubres dans des campements aux périphéries de Rangoun.

Les limites du budget

La politique de soutien aux agriculteurs et le développement des infrastructures en zone rurale est une autre priorité, explique-t-il.

« Nous devons suivre le chemin emprunté par d’autres avant nous, construire des usines de jouets ou des ateliers de confection et exporter… Nous ne devrions pas parler de nouvelles technologies pendant les cinq années à venir », explique-t-il.

Une fois au pouvoir, Aung San Suu Kyi, qui n’a pas encore précisé si elle serait elle-même ministre, se retrouvera cependant limitée dans ses réformes par le fait que le budget du nouveau gouvernement a été voté en début d’année par un Parlement encore dominé par les héritiers de la junte.

La part réservée à la santé, par exemple, reste très faible, suscitant les critiques des professionnels de santé.

Et au final, le ministère de l’Intérieur garde la main sur le Département de l’administration générale (General Administration Department, GAD), qui contrôle le travail de l’administration, du haut en bas de l’appareil d’État, jusqu’au niveau des municipalités.