Les attaques de Djakarta confirment les craintes régionales

Djakarta — Les attaques perpétrées jeudi à Djakarta par un groupe sans doute inspiré par les attentats de Paris confirment les pires craintes de l’Indonésie : que ses ressortissants ayant combattu dans les rangs du groupe État islamique (EI) au Moyen-Orient ne tentent d’organiser des violences une fois rentrés au pays.

Cela fait des mois que les pays du Sud-Est asiatique mettent en garde contre la possibilité d’attentats, faisant écho aux préoccupations des États occidentaux face aux intentions de leurs ressortissants rentrant de Syrie ou d’Irak.

Les explosions et les fusillades qui ont semé le chaos jeudi à Djakarta font suite à six années de calme relatif consécutives à une action répressive des autorités qui a affaibli les réseaux islamistes indonésiens les plus dangereux.

« Nous savons que [l’EI] a le désir d’établir une province dans cette région et que des groupes dans cette région […] lui ont prêté allégeance », explique Kumar Ramakrishna, spécialiste de ces questions à l’Université technologique de Nanyang à Singapour.

« La menace constituée par le retour de combattants du Sud-Est asiatique radicalisés dans la région Irak-Syrie sont un autre facteur de préoccupation, avec la possible émergence de loups solitaires. »

Semer la peur

Mais d’après les analystes, les auteurs des attaques visaient des cibles non protégées pour terrifier la population civile. Les réseaux sociaux ont été envahis par des images vidéos perturbantes et le hashtag #KamiTidatTakut (Nous n’avons pas peur).

Les autorités avaient annoncé voici quelques semaines qu’elles avaient déjoué un attentat suicide projeté pour le Nouvel An par des extrémistes présumés. La police avait arrêté cinq personnes soupçonnées d’appartenir à un réseau proche du groupe EI et quatre en rapport avec le groupe extrémiste Jemaah Islamiyah, responsable d’attentats de grande ampleur par le passé en Indonésie.

D’après le cabinet Soufan Group spécialisé dans le renseignement, sur 500 à 700 Indonésiens partis rejoindre les rangs du groupe EI, des dizaines sont depuis rentrés dans l’archipel.

Cette menace représentée par le retour des combattants n’est pas nouvelle pour l’Indonésie. Les responsables de l’antiterrorisme se souviennent des Indonésiens formés en Afghanistan dans les années 1990 qui, une fois rentrés au pays, ont lancé des attaques, dont les attentats meurtriers de Bali en 2002.

L’Indonésie a une longue habitude de la lutte contre l’islamisme. Et la répression orchestrée par les autorités de ce pays qui compte 225 millions de musulmans sur 250 millions d’habitants a été en bonne partie couronnée de succès. Conséquence, ces dernières années, les cibles visées ont été plutôt modestes et ont généralement concerné les forces de sécurité indonésiennes.

Les autorités ont interdit tout soutien au groupe EI et à son idéologie mais les spécialistes ont peur que la loi ne soit insuffisante pour y faire face et que les pays de la région ne souffrent d’un manque de coordination.

Coordination

« Les gouvernements de la région doivent travailler ensemble pour empêcher la création d’un satellite du "califat", car si un tel satellite est créé, la menace pour le Sud-Est asiatique s’en trouvera augmentée, dit l’analyste Rohan Gunaratna. Il y a des groupes basés à la fois en Indonésie et aux Philippines qui ont prêté allégeance à l’EI et ces groupes doivent être démantelés. »

L’Indonésie et le reste du Sud-Est asiatique ont également été visés par al-Qaïda. Son chef, Ayman al-Zawahiri, a appelé à une « bataille » régionale dans un message rendu public cette semaine adressé aux musulmans d’Indonésie, des Philippines, de Malaisie et des pays voisins. « Les musulmans de la région livrent une bataille idéologique et politique aux laïcs et aux ennemis de la religion », a-t-il lancé.

Les responsables de la lutte contre le terrorisme en Indonésie tentent de se servir d’une poignée de combattants rentrés désabusés de leur séjour au Moyen-Orient, rendant publics les récits de ces déçus du djihadisme afin de dissuader d’autres Indonésiens de les imiter.

Mais la menace ne devrait pas disparaître de sitôt. « L’Indonésie a fait face à une menace croissante au cours de l’année écoulée », dit Hugo Brennan, analyste chez Verisk Maplecroft. « Les signes d’alerte étaient visibles pour tout le monde. »