Le groupe EI frappe à Djakarta

Les assaillants qui venaient d’un café Starbucks ont tiré sur des passants puis tenté de fuir.
Photo: Bay Ismoyo Agence France-Presse Les assaillants qui venaient d’un café Starbucks ont tiré sur des passants puis tenté de fuir.

Des attentats suicides revendiqués par le groupe État islamique (EI) ont semé le chaos jeudi à Djakarta où des extrémistes inspirés par les attaques de Paris ont tué par balle deux civils dont un Canadien et détruit un café Starbucks proche d’un centre commercial.

Au total cinq individus ont déclenché des attaques à l’aide d’explosifs dans le centre de la capitale indonésienne, dans le quartier de Thamrin qui abrite des centres commerciaux, les bureaux de plusieurs agences de l’ONU et des ambassades, a déclaré la police, selon laquelle 20 personnes ont été blessées et les assaillants ont péri.

Dans un communiqué en arabe publié sur Internet, le groupe État islamique a annoncé que plusieurs engins avaient « explosé concomitamment à des attaques par quatre soldats du califat avec des armes légères et des ceintures explosives » qui ont visé un groupe de citoyens de pays membres de la « coalition croisée », à savoir l’alliance contre le groupe EI dirigée par les États-Unis.

De son côté, le président indonésien, Joko Widodo, a d’emblée dénoncé des actes terroristes, tandis qu’un porte-parole de la police, Anton Charliyan, a relevé que les auteurs des violences de jeudi à Djakarta avaient « suivi l’exemple des attentats de Paris ».

Parmi les cinq assaillants figuraient trois kamikazes qui visaient initialement le café Starbucks en face du grand centre commercial Sarinah, a expliqué un responsable de la police.

Comme Paris

Après la première explosion, deux extrémistes armés de pistolets ont pris deux hommes en otage. La police a déclaré dans un premier temps qu’il s’agissait d’un Algérien et d’un Néerlandais, mais le chef de la police, Tito Karnavian, a rectifié plus tard, disant que le second était Canadien et non Néerlandais.

D’après un porte-parole de la police indonésienne, l’Algérien, blessé, a réussi à s’échapper, mais le deuxième homme a été exécuté par balle et un Indonésien qui avait essayé de prêter secours aux deux otages a également été tué. « Peu après, deux hommes sur des cyclomoteurs se sont fait exploser », a ajouté Anton Charliyan.

Des témoins ont raconté que les assaillants qui venaient du Starbucks avaient commencé à tirer sur des passants, rechargeant leur arme pendant que des forces de sécurité arrivaient sur les lieux.

 

Alerte maximale

La police indonésienne était en alerte maximale pendant les fêtes de fin d’année, après avoir déjoué un attentat suicide projeté à Djakarta pour le Nouvel An.

En décembre, la police avait arrêté cinq personnes soupçonnées d’appartenir à un réseau proche du groupe EI et quatre autres en rapport avec le groupe extrémiste Jemaah Islamiyah, responsable d’attentats de grande ampleur par le passé en Indonésie.

Les forces de l’ordre avaient saisi du matériel servant à la fabrication d’explosifs. Les extrémistes islamistes avaient également d’autres cibles dont des commissariats de police, des centres commerciaux, des groupes chiites minoritaires et des membres de l’unité d’élite de la police antiterroriste.

L’Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, avait été précipitée dans sa propre « guerre contre le terrorisme » par les attentats de Bali en 2002 (202 morts). Mais l’archipel n’avait pas connu d’attentats majeurs depuis ceux qui ont fait neuf morts en juillet 2009 dans des hôtels de luxe à Jakarta.

À en croire le cabinet de consultants Soufan Group spécialisé dans le renseignement, de 500 à 700 Indonésiens ont rejoint les rangs du groupe État islamique, et des dizaines sont depuis rentrés dans leur pays.

Ottawa condamne les attentats

Ottawa — Le ministère des Affaires étrangères du Canada a indiqué jeudi après-midi être « au courant des informations » concernant le décès d’un citoyen canadien et a précisé qu’il « s’efforce de confirmer l’identité de cette personne ». Le premier ministre, Justin Trudeau, a affirmé de son côté que le gouvernement canadien offrirait toute l’aide nécessaire au gouvernement indonésien. « Les pensées du Canada et des Canadiens accompagnent la population d’Indonésie et les familles des victimes de ces attaques horribles », a ajouté M. Trudeau.

Le ressortissant canadien aurait été tué lors de la première attaque de la journée devant un café Starbucks, selon les autorités indonésiennes. « Le Canada condamne vivement les attaques perpétrées aujourd’hui contre d’innocents civils à Jakarta. […] Le Canada reste solidaire de l’Indonésie et continuera à collaborer à la lutte contre l’extrémisme », a fait valoir le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion.

Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne