Le président rassurant sur le transfert du pouvoir à Suu Kyi

Rangoun — Le président birman sortant Thein Sein a réuni dimanche l’ensemble des partis politiques pour les rassurer quant au transfert du pouvoir à l’opposante Aung San Suu Kyi, victorieuse des élections.

« Nous transmettrons le processus [de réformes lancées depuis l’autodissolution de la junte en 2011] à un nouveau gouvernement », a déclaré Thein Sein lors d’une rencontre avec des dizaines de partis ayant concouru aux législatives, sa première sortie publique depuis dimanche dernier.

Parmi les partis présents, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi, laquelle s’était fait représenter à cette réunion organisée à Rangoun, la capitale économique du pays.

Aung San Suu Kyi a de son côté pris dès samedi la route de Naypyidaw, la capitale administrative, où elle espère avoir la semaine prochaine une entrevue en plus petit format avec le président Thein Sein et le chef de l’armée.

« Ne vous inquiétez pas pour la transition, nous promettons de la poursuivre », a ajouté Thein Sein dimanche lors de la rencontre à Rangoun, après avoir déjà félicité par écrit l’opposante pour son succès.

Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie, a souligné la volonté de « réconciliation nationale » du parti d’Aung San Suu Kyi.

La victoire écrasante de la LND est à la mesure des aspirations au changement au sein d’une population coupée du monde pendant des décennies de junte militaire. Et des espoirs placés en Aung San Suu Kyi, icône dans son pays, qui a passé près de 30 ans à lutter contre la junte militaire puis ses héritiers, dont 15 ans en résidence surveillée.

Avec quelque 80 % des sièges de parlementaires élus, le parti d’Aung San Suu Kyi pourra mettre en place des réformes sociales et économiques très attendues, de l’éducation à l’électrification du pays, laissé en ruines par des décennies de gestion militaire.

Fonction inconstitutionnelle

Ce n’est pas par hasard qu’elle a demandé à avoir une entrevue la semaine prochaine à Naypyidaw, la capitale administrative, avec le président Thein Sein mais aussi le chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing.

Celui-ci disposera toujours dans le nouveau parlement d’un contingent séparé de 25 % de députés militaires non élus, une disposition inscrite dans la Constitution.

Impossible dès lors pour Aung San Suu Kyi de changer cette Constitution (qui lui interdit notamment de devenir présidente, car elle a deux enfants de nationalité étrangère) sans le soutien des militaires, leurs 25 % au parlement leur donnant de facto un droit de veto à tout amendement constitutionnel.

Le fait qu’Aung San Suu Kyi ait, avant même le scrutin, annoncé qu’elle serait « au-dessus du président » risque d’agacer les militaires. Car elle crée ex nihilo une fonction « inconstitutionnelle », réduisant le président à un second rôle, souligne Richard Horsey, de l’ONG International Crisis group (ICG).

Outre la nomination des députés militaires, le chef de l’armée sera aussi celui qui nommera les ministres de la Défense et de l’Intérieur du gouvernement formé par Aung San Suu Kyi. Celle-ci ne pourra donc s’attaquer à des problèmes clefs comme les conflits ethniques armés sans l’appui des militaires.

Le raz-de-marée en faveur du parti d’Aung San Suu Kyi ne laisse que des miettes à ses adversaires, notamment le parti au pouvoir, l’USDP, qui avait fait campagne sur les réformes menées par Thein Sein depuis 2011.

Depuis le vote, Aung San Suu Kyi est restée quasi-muette, dans l’attente des négociations de la semaine prochaine à Naypyidaw.

Aucune date n’a été précisée pour l’heure pour celles-ci.