Le parti d’Aung San Suu Kyi majoritaire au Parlement

Après 30 ans de lutte contre la junte, Aung San Suu Kyi se retrouve donc en position de force pour négocier avec les héritiers du régime militaire.
Photo: Amanda Mustard Associated Press Après 30 ans de lutte contre la junte, Aung San Suu Kyi se retrouve donc en position de force pour négocier avec les héritiers du régime militaire.

Rangoun — Le parti de l’opposante Aung San Suu Kyi a passé vendredi la barre lui permettant d’être majoritaire au sein du Parlement birman, ouvrant la voie à un changement politique historique.

D’après les derniers résultats communiqués par la commission électorale, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) a remporté 348 sièges et sera donc majoritaire, malgré la présence d’un quart de députés militaires non élus.

La puissante armée birmane s’était déjà dite prête jeudi à coopérer avec Aung San Suu Kyi après sa victoire électorale écrasante, semblant jouer le jeu du passage de relais, quatre ans après l’autodissolution de la junte.

« L’armée fera de son mieux, en coopération avec le nouveau gouvernement », a déclaré le général Min Aung Hlaing qui a appelé ses troupes à « l’obéissance et la discipline » lors d’un discours devant les responsables militaires du pays, rendu public par l’armée jeudi.

Depuis les élections de dimanche, le régime d’anciens généraux convertis aux réformes multiplie les signaux en faveur d’une transition pacifique, acceptant de rencontrer sous peu l’opposante à sa demande et saluant sa victoire.

La victoire d’Aung San Suu Kyi a été saluée par le président américain Barack Obama qui a appelé mercredi la prix Nobel de la paix, qu’il a déjà rencontré par deux fois lors de voyage officiel au Myanmar. 

M. Obama a « salué les efforts et les sacrifices constants » de l’opposante pendant de nombreuses années « pour promouvoir un Myanmar plus pacifique, démocratique et inclusif ». Ils ont ensuite ensemble souligné l’importance pour tous les partis de respecter les résultats officiels une fois annoncés et de travailler dans un esprit d’unité qui reflète la volonté du peuple, selon un compte-rendu de la Maison-Blanche.

D’après le gouvernement birman, le président Obama a également appelé son homologue birman, Thein Sein, pour le féliciter d’avoir permis des élections libres. Une information pour l’heure non confirmée par Washington.

Position de force
 
Après 30 ans de lutte contre la junte, Aung San Suu Kyi se retrouve donc en position de force pour négocier avec les héritiers d’un régime militaire lui ayant fait passer plus de 15 ans en résidence surveillée.
 
La réaction de l’armée au raz-de-marée en faveur de Suu Kyi était devenue un des principaux motifs d’inquiétude, Aung San Suu Kyi ayant promis de détricoter un système donnant aux militaires un pouvoir politique considérable. Le chef de l’armée nomme en effet 25 % de députés, mais aussi des ministres clefs comme celui de la Défense et celui de l’Intérieur.
 
Avec l’adoubement désormais du président Thein Sein et du chef de l’armée, une alternance historique est en marche. « Bienvenue à la nouvelle garde », écrivait le journal officiel Global New Light of Myanmar jeudi, du jamais vu.
 
Profil bas

La stratégie ces derniers jours de la LND a été de faire profil bas pour laisser au gouvernement post-junte le temps d’accepter leur défaite. Jeudi, l’opposante a toutefois organisé une réception privée dans sa maison au bord d’un lac à Rangoun.
 
La foule de ses partisans n’attendent que son signal pour célébrer la victoire, dans un pays où l’émotion suscitée par ces élections est encore intense, quatre jours après le vote. Viendra ensuite le temps des négociations. « La Dame gagne. La partie difficile commence », titrait en une le quotidien Mizzima jeudi.
 
L’arrivée réelle au pouvoir d’Aung San Suu Kyi devrait prendre du temps, l’assemblée sortante devant encore se réunir plusieurs mois avant de céder la main à la nouvelle majorité parlementaire, à partir de février 2016. Et elle ne pourra tout de façon pas devenir présidente dans la foulée en raison d’une Constitution taillée sur mesure contre elle par la junte, qui interdit à toute personne ayant des enfants étrangers de se présenter. Mais elle a déjà prévenu qu’elle avait un plan et qu’elle serait au-dessus du président.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Brouillette - Inscrit 13 novembre 2015 06 h 58

    Épée de Damoclès au Myanmar

    La dame et le peuple ont réussi un tour de force au Myanmar. Ce faire élire et atteindre une pleine majorité en ce pays cela tient presque du miracle. La dame est cependant prise entre la volonté du peuple de vivre une démocratie et de ne pas trop déplaire à l’armée. En démocratie, on peut craindre les contextes économiques, mais on ne peut vraiment accepter les contraintes de l’armée. À vrai dire, le rôle de l’armée en démocratie est de servir et de défendre, non pas de tout contrôler et d’éliminer. La présence de la Dame en politique tient donc du miracle ou encore du talon d’Achille de l’armée. À mon grand étonnement, la Dame est toujours en vie et encore maintenant, sa présence symbolique a la chance de concrétiser les rêves de sa population. Je ne peux cependant m’empêcher de craindre un jour que l’épée de Damoclès s’abatte dès que l’armée sentira le pouvoir lui glisser réellement. En attendant, la Dame est là, tout près d’un pouvoir qui laisse entrevoir un espoir de démocratie en ce pays. Bonne chance aux nouveaux dirigeants du Myanmar et entrez bien vos têtes.