Le développement avant la sécurité

La double explosion dans une usine de produits chimiques à Tianjin, en Chine, le 12 août, est venue alourdir un bilan déjà chargé en matière d’accidents dans le secteur industriel chinois. Le pays a même été plusieurs fois secoué par des manifestations liées à des problèmes de sécurité dans ce secteur. Pourquoi en est-il ainsi ? Explications d’Ari Van Assche, spécialiste de l’organisation industrielle et de la Chine au CERIUM.

Qu’est-ce qui explique ces problèmes récurrents ?

Il faut d’abord rappeler que la Chine est un pays immense qui comprend quatre fois la population des États-Unis et quarante fois celle du Canada. Cela implique que, toute chose étant égale par ailleurs, les probabilités que de tels incidents se produisent seront toujours plus élevées en Chine, simplement en raison de la loi du nombre. Après tout, nous avons aussi été frappés par la tragédie de Lac-Mégantic il y a deux ans.

Cela dit, il faut ajouter que le système institutionnel chinois souffre d’une importante faiblesse qui peut fort bien expliquer une partie du problème. Il est peu connu qu’en dépit d’un pouvoir politique hautement centralisé à Pékin, le pouvoir économique, lui, est décentralisé au niveau des régions. Les leaders régionaux détiennent un grand pouvoir d’influence qui leur permet de diriger l’économie locale, de même que d’adopter et d’appliquer des lois et des règlements au sein de leur juridiction. Au sein de ce système, ces leaders sont susceptibles d’être promus et de gravir les échelons politiques s’ils parviennent à générer une performance économique forte.

Quelles sont les conséquences de ce système ?

Le problème avec ce système est qu’il accélère la dégradation environnementale, encourage la corruption au niveau local et, comme dans le cas de Tianjin, incite à la négligence à l’égard des lois et des règlements. Les responsables sont en effet enclins à tordre ou à contourner les lois, voire à s’en débarrasser si cela peut leur être bénéfique sur le plan politique ou économique.

Ces caractéristiques institutionnelles permettent de comprendre plusieurs autres événements qui ont fait les manchettes en Chine ces derniers temps. L’ascension, puis la chute de Bo Xilaï en 2012 font partie de ces cas. Bo Xilaï a gravi les échelons politiques chinois depuis la mairie de Dalian jusqu’au poste de chef du Parti communiste de la province de Chongqing en passant par le poste de gouverneur de la province de Liaoning. Il a su monter dans la pyramide politique en générant des résultats économiques considérés comme supérieurs malgré les nouvelles de corruption rampante qui circulaient. Ce n’est que lorsqu’il a été destitué en 2012 dans le sillage de l’affaire du meurtre de l’homme d’affaires britannique Neil Heywood que les nouvelles au sujet de la corruption sous la gouverne de Bo ont commencé à faire surface.

Le gouvernement chinois est-il conscient et soucieux de résoudre les problèmes sécuritaires et environnementaux liés au développement industriel ?

Le gouvernement central est très au fait de ces problèmes et en est même préoccupé. Des efforts sérieux sont faits pour pousser les gouvernements locaux à appliquer les lois environnementales et sécuritaires. Je ne serais pas surpris si les promotions politiques étaient éventuellement accordées en fonction de critères de performance tels que le bilan environnemental et sécuritaire.

Mais le chemin à parcourir reste long. La Chine n’a toujours pas de système judiciaire fort et indépendant. Et tant qu’un tel système ne sera pas en place, les leaders locaux auront trop à gagner à passer par-dessus les lois.

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 26 août 2015 11 h 45

    Que leur reproche-t-on

    De découvir les aléas du système capitaliste?