Cette fois, la Birmanie appelle à l’aide

Si le niveau des eaux a commencé à baisser dans de nombreuses régions du centre-nord et du centre de la Birmanie, ce sont désormais les zones du delta de l’Irrawaddy, gonflé par les pluies, qui sont affectées.
Photo: Ye Aung Thu Agence France-Presse Si le niveau des eaux a commencé à baisser dans de nombreuses régions du centre-nord et du centre de la Birmanie, ce sont désormais les zones du delta de l’Irrawaddy, gonflé par les pluies, qui sont affectées.

Les inondations dévastatrices en Birmanie, premier désastre à grande échelle auquel fait face le pays depuis l’autodissolution de la junte, au printemps 2011, feront date en raison du changement d’attitude des autorités : alors que le régime militaire avait refusé toute aide étrangère en 2008, lors du cyclone Nargis, dont le bilan s’était élevé à 140 000 morts et disparus, l’actuel gouvernement a cette fois-ci réclamé l’assistance du monde entier pour l’aider à gérer la catastrophe.

Après l’appel de détresse lancé, mardi 4 août, par le ministre de l’Information Ye Htut, les premiers secours envoyés par des pays étrangers commencent à arriver, a écrit jeudi le journal anglophone en ligne The Irrawaddy. Un communiqué publié par le très officiel quotidien The New Light of Myanmar avait demandé en début de semaine aux agences internationales de coordonner leurs efforts avec le ministère des Affaires étrangères afin d’assurer une distribution efficace des secours dans les zones sinistrées.

À ce jour, le bilan officiel s’élève à au moins 74 morts. On estime à 260 000 le nombre de personnes touchées par les inondations dans 12 des 14 régions et États des minorités ethniques d’un pays grand comme la France et peuplé de 54 millions d’habitants.

« Destructions massives »

Depuis la fin juillet, rares sont donc les zones qui ont échappé aux débordements des rivières et estuaires : dans l’État d’Arakan, les responsables de Médecins sans frontières ont indiqué avoir observé des « destructions massives », notamment dans les districts où les musulmans Rohingya sont majoritaires, près de la frontière du Bangladesh. Rien que dans cet État, 41 personnes sont mortes. Les pluies ont cependant cessé ces derniers jours et des informations parvenant de sources humanitaires indiquent que les routes commencent à être dégagées des débris amenés par les flots. Dans le site historique de Mrauk U, la capitale de l’ancien royaume indépendant de l’Arakan, entre le XVe et le XVIIIe siècle, des pagodes ont été inondées et des inscriptions bouddhistes endommagées, a annoncé le ministère birman de la Culture.

Plus au nord, l’État d’une autre minorité, les Chin, a été gravement touché : Hakha, le chef-lieu où vivent 40 000 personnes, n’est accessible que par hélicoptère. Selon un responsable du Comité local des secours, Jacob Thang, cité par l’Agence France-Presse, « les montagnes autour de la ville se sont effondrées », coupant tout accès terrestre. « Bientôt, les gens risquent de ne plus avoir assez à manger », a-t-il ajouté.

Si le niveau des eaux a commencé à baisser dans de nombreuses régions du centre-nord et du centre, ce sont désormais les zones du delta de l’Irrawaddy, gonflé par les pluies, qui sont affectées, dans le sud du pays, où l’on redoute une aggravation très prochaine de la situation.

Le Myanmar — nom officiel de la Birmanie — est encore en partie contrôlé par les militaires en dépit d’un processus hésitant mais réel de démocratisation ces quatre dernières années. Le gouvernement, dont la plupart des ministres sont d’anciens généraux de l’ex-junte, vient cependant de faire preuve d’une très rare capacité d’autocritique en admettant mardi que sa réaction initialement « faible » au désastre avait eu pour conséquence des « malentendus à propos des efforts d’évacuation » des populations sinistrées.

Alors que les premières contributions financières de l’aide internationale viennent d’être annoncées — les plus gros contributeurs sont le Japon, avec 145 000 $, et l’Australie —, le secrétaire d’État américain John Kerry s’est ému, mercredi, des « pertes extraordinaires en vies humaines dans les inondations » et a promis l’aide des États-Unis lors d’une conférence régionale de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, organisée à Kuala Lumpur, en Malaisie.

Pour l’heure, hélicoptères de l’armée et bimoteurs des lignes commerciales civiles de Birmanie s’efforcent d’apporter de l’aide aux régions isolées par la catastrophe. La solidarité dont fait souvent preuve la société civile s’organise : des concerts de rock’n’roll, musique très prisée par la jeunesse birmane, sont organisés au profit des sinistrés.



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