L’ancien chef de la sécurité chinois condamné à la prison à perpétuité

L’ancien chef de la sécurité chinoise, Zhou Yongkang, a été condamné jeudi à la prison à perpétuité, devenant le plus haut dirigeant ainsi purgé depuis des décennies en Chine, un verdict qui confirme l’emprise du président Xi Jinping sur le Parti communiste.

« Zhou Yongkang a été condamné à la réclusion à perpétuité pour avoir accepté des pots-de-vin, abusé de son pouvoir et divulgué de façon délibérée des secrets d’État », a annoncé le tribunal qui l’a jugé à Tianjin, une métropole à l’est de Pékin.

Dans la plus pure illustration de l’opacité du système judiciaire chinois, rien n’a filtré sur cette audience, pourtant historique, avant l’annonce de la sentence par un « flash » de l’agence officielle Chine nouvelle.

Le procès avait commencé le 22 mai, a seulement souligné l’agence, sans préciser la date à laquelle il s’était achevé.

Des regrets

 

La lecture solennelle du verdict a été diffusée par la télévision d’État CCTV, tandis que Zhou, 72 ans, était montré à l’écran, lui qui n’avait plus été vu en public depuis l’automne 2013. « Je regrette d’avoir nui à la cause du Parti », a déclaré l’ex-membre du comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois (PCC), en inclinant la tête d’un air contrit.

Le dirigeant déchu a admis en tout point sa culpabilité et ne fera pas appel du verdict, ont affirmé les médias officiels.

 

M. Zhou est notamment reconnu coupable d’avoir touché quelque 731000 yuans (146 000 $CAN) de la main de Jiang Jiemin, l’ex-superviseur des groupes d’État qui a chuté dans son sillage, mais c’est peu par rapport au montant de près de 130 millions de yuans (25,6 millions $CAN) détournés au profit de son fils Zhou Bin et de sa femme Jia Xiaoye.

Plus haut personnage du régime à être tombé en disgrâce depuis près de 40 ans, M. Zhou est le trophée emblématique de Xi Jinping dans sa campagne menée tambour battant pour assainir l’administration. Il a régné en maître sur la Commission des affaires politiques et judiciaires du PCC, qui a la haute main sur la police et la justice. Le hiérarque avait quitté ses fonctions à l’occasion du renouvellement de la direction du PC chinois en novembre 2012.

Un prince devenu paria

 

Contrairement au procès en août 2013 de Bo Xilai, un ancien « prince rouge » du Politburo devenu paria du régime, les autorités n’ont pas cherché à donner une apparence de transparence au procès de Zhou Yongkang. Nul doute que la direction communiste a ainsi voulu éliminer tout risque d’être éclaboussée par des révélations gênantes que le septuagénaire aurait pu faire.

Zhou Yongkang illustre les relations viciées qui s’établissent entre les puissants groupes étatiques et pouvoirs publics chinois. Sa carrière a été intimement liée à la lucrative industrie chinoise du pétrole, généreuse pourvoyeuse de pots-de-vin.

Le verdict de culpabilité le concernant ne faisait aucun doute, les juges ne se risquant pas à contester les accusations formulées par le parti unique.

En Chine, de graves faits de corruption peuvent théoriquement valoir à leur auteur une condamnation à la peine capitale. En décembre 2014, le Quotidien du peuple, journal officiel du Parti, avait ainsi comparé Zhou Yongkang aux « traîtres » historiques qui ont fini exécutés par le régime.

Bo Xilai avait lui été condamné en septembre 2013 à la prison à vie pour détournement de fonds, corruption et abus de pouvoir.

Coupé du peuple

 

Le scandale durable attaché à son nom et l’affaire Zhou Yongkang ont jeté une lumière crue sur les multiples turpitudes d’une nomenklatura communiste déconnectée des masses populaires.

Depuis deux ans et demi, Xi Jinping considère vital pour l’avenir du PCC d’éradiquer la corruption qui le gangrène, en ciblant « les mouches et les tigres », autrement dit les petits cadres comme les hauts dirigeants dévoyés.

En éliminant Zhou Yongkang, tigre suprême parmi les tigres, le numéro un chinois a confirmé sa reprise en main d’un parti dont il aimerait convaincre de la probité retrouvée.

Mais cette volonté affichée laisse sceptiques de nombreux experts, qui doutent d’un assainissement de l’appareil communiste sans véritables réformes structurelles en profondeur.

Selon le sinologue Willy Lam, le verdict infligé à Zhou témoigne d’un compromis, Xi Jinping n’ayant pas voulu, avec une condamnation plus lourde, s’aliéner trop d’anciens proches du responsable dans les hautes sphères du régime. Certains tablaient en effet sur une peine de mort avec sursis.

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