Chaos humanitaire à Katmandou

Un jeune enfant blessé lors du séisme de samedi dernier est transporté hors d’un hélicoptère par un soldat népalais à l’aéroport de Katmandou, lieu où se rassemblent les milliers de sinistrés en attente d’une aide humanitaire.
Photo: Altaf Qadri Associated Press Un jeune enfant blessé lors du séisme de samedi dernier est transporté hors d’un hélicoptère par un soldat népalais à l’aéroport de Katmandou, lieu où se rassemblent les milliers de sinistrés en attente d’une aide humanitaire.

Les Népalais constataient toujours l’ampleur des dégâts et comptaient leurs morts lundi, deux jours après un violent séisme qui a fait des milliers victimes, selon les dernières estimations. Pendant ce temps, l’aide humanitaire s’organise à l’échelle internationale pour venir en aide aux survivants, souvent isolés, en manque d’eau potable et de denrées de base.

Le bilan s’est alourdi lundi, le gouvernement du Népal faisant état de 4310 morts et près de 8000 blessés à la suite du tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a secoué le pays samedi, le plus puissant en 80 ans. Une avalanche qui s’est déclenchée sur l’Everest a également fait 18 victimes, et plus de 90 personnes ont péri en Inde et en Chine.

Dans la capitale du Népal, Katmandou, les rescapés sont à la recherche de leurs proches, connaissent la joie des retrouvailles ou doivent se résigner à brûler les corps de leurs disparus. Dans le quartier de Balaju, un père a eu la douleur de voir la police retirer le corps de sa fille des décombres de sa maison. « Elle était tout pour moi, elle n’a rien fait, elle ne devait pas mourir », a dit Dayaram Mohat, s’effondrant sur le sol.

Des dizaines de milliers de personnes s’entassent toujours dans des parcs, sous des abris de fortune, n’ayant nulle part où aller. D’autres craignent tout simplement que leur maison ne s’effondre lors des secousses qui se multiplient depuis samedi.

De nombreux Népalais se ruent vers les magasins et les stations-service pour faire des réserves, craignant des pénuries. Des centaines de personnes tentent également de quitter la capitale pour retourner dans leur village d’origine, empruntant des routes en piètre état.

La population manque d’eau, de nourriture, de médicaments et de carburant. L’Organisation mondiale de la santé parle d’hôpitaux « submergés » et de patients qui doivent être traités dans les rues.

La situation est tout aussi difficile dans de nombreux villages difficiles d’accès qui attendent toujours l’arrivée de secouristes ralentis par des glissements de terrain. Les autorités népalaises expliquent qu’elles font le maximum pour venir en aide aux régions isolées les plus proches de l’épicentre du séisme, à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Katmandou.

Selon la Fédération internationale de la Croix-Rouge, de 4,6 à 6,6 millions de personnes vivant dans un rayon de 100 kilomètres autour de l’épicentre du tremblement de terre ont été touchées. Des économistes évaluent l’effort de reconstruction à près de 5 milliards de dollars.

Soutien international

Les organisations internationales et de nombreux gouvernements ont commencé lundi à venir en aide aux Népalais ou ont promis de le faire au cours des prochains jours. Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a dit préparer une opération « massive » et espère envoyer dès mardi un premier avion chargé de vivres et de matériel. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance, qui estime à près d’un million le nombre d’enfants ayant un urgent besoin d’aide humanitaire, a promis d’envoyer 120 tonnes de médicaments, de tentes et de couvertures.

Parmi les nombreux États qui se sont manifestés, les États-Unis ont fait décoller lundi un avion militaire transportant 70 secouristes et près de 45 tonnes d’équipement. Washington s’est par ailleurs engagé à offrir 10 millions de dollars d’aide.

Le Japon a également délié les cordons de sa bourse en s’engageant à la hauteur de 8,4 millions. Le Royaume-Uni (7,6 millions), l’Australie (3,9 millions) et la Chine (3,4 millions) ont eux aussi promis une aide substantielle, qui s’ajoutera aux engagements en tout genre annoncés par d’autres pays.

Le Canada a pour sa part promis lundi de verser un montant équivalent aux dons qui seront effectués par les citoyens jusqu’au 25 mai, y compris les contributions versées depuis le séisme de samedi. Cet argent garnira les coffres d’un nouveau fonds créé pour aider les Népalais.

Ce nouvel engagement du gouvernement s’ajoute aux mesures annoncées au cours de la fin de semaine, soit une aide humanitaire initiale de 5 millions de dollars et l’envoi de l’équipe d’intervention en cas de catastrophe dans la région touchée par la catastrophe naturelle.

De nombreuses organisations canadiennes ont également offert de l’aide sous différentes formes, y compris le Centre d’étude et de coopération internationale. Celui-ci est basé à Montréal, mais a un bureau permanent à Katmandou.

Le Népal, à l’instar de tout l’Himalaya, où se rencontrent les plaques tectoniques indienne et eurasienne, est une région à forte activité sismique. En août 1988, un séisme de magnitude 6,8 avait fait 721 morts dans l’est du Népal. En 1934, 10 700 personnes avaient perdu la vie dans un tremblement de terre de magnitude 8,1 qui avait secoué à la fois ce pays et son voisin indien.

Pas de victime canadienne

Aucun Canadien ne figure parmi les victimes pour le moment, mais trois d’entre eux n’ont pas donné de nouvelles depuis le séisme. Selon le ministère des Affaires étrangères du Canada, 462 Canadiens se trouvent au Népal. Il s’agit toutefois d’une estimation puisque l’inscription au registre du gouvernement n’est pas obligatoire. Le ministre de la Défense, Jason Kenney, a affirmé lundi que les citoyens canadiens coincés au Népal pourraient être rapatriés au plus tôt mercredi, selon la capacité d’accueil de l’aéroport népalais. Plusieurs Canadiens ont dénoncé lundi sur différentes tribunes l’inaction de leur gouvernement.

Katmandou pourrait avoir été déplacée de quelques mètres

La plaque tectonique indienne ne s’arrête jamais dans sa remontée vers le nord et elle est parvenue à se glisser encore un peu plus sous la plaque eurasienne: le violent séisme qui a frappé le Népal, faisant des milliers de morts, pourrait avoir déplacé Katmandou de quelques mètres, relèvent des experts. La zone autour de Katmandou, la capitale du Népal, a probablement «glissé d’environ 3 mètres vers le sud», indique à l’AFP James Jackson, spécialiste de la tectonique à l’Université de Cambridge, en s’appuyant sur l’analyse des ondes sismiques enregistrées après le tremblement de terre. La région de Katmandou s’est également soulevée d’environ 50 centimètres, tandis qu’au nord, une zone s’est abaissée de 50 centimètres, assure-t-il. En revanche, si l’Everest (8848 mètres) a ressenti les secousses, ce qui a déclenché des avalanches, il ne devrait pas pour autant avoir changé de hauteur, considère James Jackson. «Il est trop loin» de l’épicentre du séisme, «il n’a pas vraiment été affecté», ajoute-t-il. La mesure des ondes, mais aussi des capteurs installés au Népal, permettra d’avoir une idée plus précise de la nouvelle cartographie du Népal. Des satellites permettront aussi de voir la déformation de la croûte terrestre.
1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 28 avril 2015 08 h 31

    La honte

    Depuis l'acension au pouvoir de ce gouvernement, le désengagement humanitaire international n'a cessé de régresser. Par contre pour aller faire la guerre on demande pas à la population si elle est d'accord et on ne se gêne pas pour prendre nos impôts dans ces cas là. Je cherche encore le côté humain dans vos actions.