Après le choc, la détresse

Des Népalais pleurent leurs morts et s’angoissent sur le sort des disparus à Katmandou.
Photo: Prakash Mathema Agence France-Presse Des Népalais pleurent leurs morts et s’angoissent sur le sort des disparus à Katmandou.

Des dizaines de milliers de Népalais en état de choc ont subi plusieurs répliques terrifiantes, dimanche, tout en cherchant frénétiquement les disparus dans la dévastation causée par le violent séisme de la veille qui a fait au moins 3200 morts. L’inquiétude monte chez les Canadiens d’origine népalaise, qui attendent des nouvelles de leurs proches.

Une fumée âcre s’élevait du temple hindou le plus sacré du pays, où des dizaines de corps étaient incinérés à la chaîne.

Les organisations d’aide ont reçu les premières informations en provenance des villages de montagne éloignés, qui laissent croire que ces communautés ont été dévastées et peinent à faire face à la situation.

Le tremblement de terre de magnitude 7,8 a semé l’horreur de Katmandou jusqu’aux pentes de l’Everest, provoquant une avalanche qui a enseveli une partie du camp de base de la montagne, rempli d’alpinistes étrangers qui se préparaient à gravir le plus haut sommet du monde. Au moins 18 personnes ont été tuées et 61 autres blessées sur l’Everest.

Quelques Québécois amateurs d’alpinisme s’y trouvaient lors de la catastrophe. Ils « sont tous sains et saufs », a rapporté l’alpiniste Gabriel Filippi sur son compte Facebook, ce qui a provoqué une vague de soulagement chez leurs proches.

Répliques

Sous la menace d’incessantes répliques, des dizaines de milliers de personnes ont passé la journée dans les rues bondées et la nuit dans les parcs ou sur un terrain de golf. D’autres ont établi des campements improvisés sur des places publiques entourées de bâtiments fissurés et d’amas de débris.

« Les gens au Népal ne vivent plus dans leurs maisons; ils n’ont pas de tentes, il pleut. La vie est très difficile en ce moment », a affirmé Muga Rajbhandari, président de l’Association des Népalais au Québec, lors d’un entretien avec Le Devoir.

Certains quartiers de la capitale ont été rasés et d’autres privés d’eau et d’électricité. « J’ai appelé mon ancien voisin, mon cousin et un de mes amis, qui vivent à Katmandou. Sans succès », a indiqué au Devoir Tulshi Rasaily, qui habite au Québec depuis 2009.

« Dès deux heures du matin hier [samedi], nous étions au téléphone avec nos membres ainsi qu’avec la famille et les amis qui sont au Népal. À ce stade, ça allait », a affirmé pour sa part Muga Rajbhandari. Les gens sont très inquiets, car les secousses reviennent sans cesse. »

« Nous ne nous sentons pas en sécurité du tout. Il y a eu tellement de répliques, ça ne s’arrête pas », a dit à l’Associated Press Rajendra Dhungana, 34 ans, qui a passé la journée avec la famille de sa nièce pour la crémation de celle-ci au temple Pashuputi Nath, à Katmandou.

« J’ai vu des centaines de corps incinérés. Je ne pensaisjamais en voir autant… Le Népal doit apprendre une leçon de cela. On doit réaliser que des bâtiments appropriés doivent être construits. Il devrait y avoir des espaces ouverts pour que les gens puissent s’y réfugier. »

En fin de journée, dimanche, les répliques semblaient s’être apaisées. Mais un séisme de magnitude 5,3 s’est produit dans un secteur situé à environ 50 kilomètres à l’est de Katmandou.

Les autorités népalaises ont annoncé que plus de 3200 personnes ont péri dans le tremblement de terre, en plus des 18 morts dans l’avalanche. Le séisme a aussi été ressenti en Inde et dans d’autres pays de la région, où au moins 61 personnes ont perdu la vie. Quelque 5900 personnes ont été blessées au Népal.

À Katmandou, trois policiers sont morts dimanche en participant aux secours, a indiqué un porte-parole de la police, Komal Singh Bam.

Les autorités préviennent que le bilan des victimes pourrait encore augmenter, puisque les efforts de recherche et de sauvetage sont encore loin d’être terminés.

Les glissements de terrain ralentissent les efforts des équipes de secours, qui tentent d’utiliser les sentiers de montagne pour atteindre les communautés dans le besoin, a indiqué Prakash Subedi, responsable de district dans la région de Gorkha, où se trouvait l’épicentre du séisme.

Au Canada

Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a offert ses condoléances aux familles des victimes du séisme. Il invite les Canadiens « qui s’inquiètent d’amis ou de parents qu’ils savent être dans la région touchée » à communiquer avec le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement du Canada par téléphone ou à envoyer un courriel à ce service.

Une dizaine d’organismes népalo-canadiens ont rencontré le ministre de la Défense, Jason Kenney, et l’ambassadeur du Népal, Kali Pokhrel, à Mississauga afin de discuter de la coordination des collectes de fonds.

Aucun membre de la communauté népalaise du Canada n’a été touché directement par la tragédie, a affirmé Ravi Sapkota, secrétaire du Centre du patrimoine népalo-canadien. Il a ajouté que ses parents et sa famille élargie, qui habitent toujours au Népal, ont survécu au séisme.

Le séisme de samedi est le plus puissant à avoir frappé le Népal en plus de 80 ans.


Avec François Lévesque
Avec l'Associated Press et La Presse canadienne

L’aide canadienne en route

Ottawa — Le gouvernement Harper a accéléré les opérations pour porter secours aux Népalais après le violent séisme de samedi en envoyant des membres de son Équipe d’intervention en cas de catastrophe (EICC). Des soldats spécialisés en recherche et en sauvetage en zone urbaine et du personnel médical sont déjà à bord d’un avion, qui transporte également du matériel humanitaire, vers une destination non spécifiée. La petite équipe militaire évaluera de quelle façon le Canada pourra être le plus utile à la région après la catastrophe. L’équipe d’évaluation prendra la mesure des besoins et rendra compte aux autorités dans quelques jours, afin de déterminer ce que le Canada peut faire et quand les équipes de secours seront envoyées. L’EICC comprend un peloton médical et des cliniques mobiles, des ingénieurs et de l’équipement de nettoyage des débris, une équipe de communications et un système mobile de purification de l’eau. Samedi, le gouvernement canadien a annoncé qu’il consacrerait cinq millions de dollars pour aider le Népal à se relever. La Presse canadienne

 
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 27 avril 2015 08 h 21

    Catastrophes naturelles et missions de sauvetage

    Cette fin de semaine, j'ai le même sentiment d'irréalité que lors du tremblement de terre en Haïti, il y a déjà plusieurs années, et je me demande comment il se fait qu'il faille parfois des semaines avant que l'aide d'un pays comme le Canada arrive à destination lors de catastrophes naturelles, alors que chacun sait que les besoins sont urgents et que, si on veut vraiment sauver des vies, il faut le faire dans les premières heures.

    Évidemment, le ministre concerné rappelle qu'il faut l'invitation du gouvernement népalais. Mais j'imagine que le Népal a un ambassadeur (ou du moins un représentant) à Ottawa et que cette personne pourrait bien donner la permission dont notre gouvernement a besoin. Devra-t-on attendre que l'électricité et que le téléphone soient rétablis à Katmandou avant de commencer les préparatifs de départ?

    Et on me dira aussi qu'il faut un aéroport avec des pistes en bon état et assez longues, une tour de contrôle en fonction et de l'essence pour permettre à l'avion de repartir. Nom de nom, s'il faut que l'infrastructure d'un pays sont en parfait état de fonctionnement pour qu'on puisse aller l'aider, on n'ira jamais nulle part! Après tout, c'est de l'armée que dépend ces unités, et une armée ne doit-elle pas avoir les capacités, presque par définition, d'aller là où elle n'est pas toujours la bienvenue?

    J'imagine que mon étonnement vient du fait que j'écoutais assidument, étant enfant, l'émission de SF Les Sentinelles de l'air, qui décrivait les aventures d'une famille dont le père avait fondé une organisation appelée Sécurité internationale et qui pouvait intervenir avec succès et rapidité dans toutes les sortes de catastrophes, naturelles ou non, partout au monde. Sans aller jusque-là, on pourrait penser qu'en 2015, les services d'intervention humanitaire d'un pays moderne pourraient se rendre efficacement sur les lieux d'une catastrophe naturelle en un jour ou deux.