Les autorités mettent au pas l’opposition

Les autorités du Bangladesh ont sévi contre l’opposition mardi, arrêtant l’un de ses chefs et menaçant de poursuivre pour meurtre sa dirigeante, Khaleda Zia, accusée d’avoir déclenché une vague de violences meurtrières.

Confinée depuis samedi dans son bureau cadenassé par les forces de l’ordre, Zia a exhorté ses partisans à bloquer les transports afin d’obtenir l’organisation de nouvelles élections législatives, un an après un scrutin que l’opposition avait boycotté et qualifié de « farce ».

La dirigeante du Bangladesh Nationalist Party (BNP) avait annoncé la semaine passée des manifestations massives pour marquer le premier anniversaire du « Jour qui a tué la démocratie », le 5 janvier 2014, date de la tenue des législatives. Quatre partisans du principal parti d’opposition ont été tués lundi lors de ce mouvement de protestation à l’occasion de violences avec la police et des partisans du pouvoir.

La première ministre, Sheikh Hasina, a répliqué, accusant lundi sa rivale de longue date de vouloir semer l’anarchie dans le pays et l’un de ses ministres a menacé mardi l’opposante de poursuites pour meurtre. Le gouvernement met en cause Zia après que trois personnes ont été grièvement blessées dans l’attaque d’un rickshaw à la bombe incendiaire par des partisans du BNP la semaine passée à Dacca. Ce genre d’attaque est fréquent de la part des éléments les plus radicaux du BNP qui veulent un changement du pouvoir.

« Elle devrait se préparer à une enquête pour meurtre », a déclaré mardi le ministre de l’Information, Hanasunl Haq Inu.

D’autres arrestations

La police a également arrêté le secrétaire général du BNP, Fakhrul Islam Alamgir, pour des violences commises par des partisans du parti. « Il a été arrêté pour incendie criminel, attentat à la bombe et vandalisme », a dit Shiblee Noman, haut responsable de la police de Dacca. Alamgir, numéro deux de facto du parti, était retenu dans les locaux du club de la presse de Dacca depuis lundi mais a été arrêté mardi en tentant de quitter les lieux en voiture. Il avait auparavant dénoncé le gouvernement d’Hasina et appelé à poursuivre le mouvement de blocage des transports. « Ce gouvernement non élu […] a transformé le pays en prison », a-t-il dit.

Dans ce contexte de mise au pas de l’opposition, une chaîne de télévision privée a été contrainte de cesser d’émettre et son président a été arrêté après avoir diffusé lundi un discours du fils de Zia, exilé à Londres. La police a assuré que l’arrestation du patron d’ETV était due à la diffusion d’images pornographiques, une explication démentie par un haut responsable de la rédaction de la chaîne.

Le fils aîné de Zia, Tarique Rahman, qui vit en exil depuis 2008, est considéré comme l’héritier politique de sa mère.

Il est une cible du gouvernement depuis qu’il a déclaré que le père d’Hasina, considéré comme le héros de la guerre d’indépendance du Bangladesh contre le Pakistan en 1971, était en fait une marionnette entre les mains d’Islamabad.

Hasina et Zia, qui ont dirigé le Bangladesh pendant l’essentiel des trente dernières années, entretiennent des relations exécrables et échangent fréquemment insultes et piques.

Le boycottage l’an dernier du scrutin par le BNP et 19 autres partis d’opposition avait déclenché une vague de violences meurtrières.

Hasina, la dirigeante de l’Awami League au pouvoir depuis 2009, refuse la tenue de nouvelles élections, organisées par un gouvernement neutre, comme le demande l’opposition et conformément aux scrutins précédents.

Zia, prisonnière virtuelle depuis samedi dans ses bureaux cernés par la police, a accusé lundi sa rivale de se maintenir par la force au pouvoir, dans un pays qui a connu plus d’une dizaine de coups d’État depuis sa naissance en 1971.

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