Chine : enquête dans la sécurité

Zhou Yongkang, l’ancien «patron» de la puissante sécurité chinoise, est devenu le plus haut personnage du régime depuis des décennies à tomber en disgrâce, sous le coup d’une enquête anticorruption, confirmée officiellement mardi par l’agence Chine Nouvelle.

Dans un «flash», l’agence de presse officielle chinoise a annoncé en début de soirée que «le Comité central du Parti communiste chinois (PCC) a décidé de  placer sous enquête Zhou Yongkang pour de — graves violations de la discipline — ».

La formule désigne habituellement des faits de corruption.

L’agence n’a fourni aucune autre précision sur les fautes reprochées à M. Zhou, mais a indiqué que cette décision avait été prise conformément aux statuts du Parti et que l’enquête serait conduite sous l’égide de la Commission centrale d’inspection disciplinaire (CCID), la «police» interne du PCC.

L’ancien ministre de la Sécurité publique avait été placé en résidence surveillée en décembre dernier, avaient révélé à l’époque plusieurs organes de presse, à Hong Kong notamment.

Âgé de 71 ans, Zhou Yongkang est le plus haut personnage du régime à faire l’objet d’une enquête depuis le procès en 1980 de la «bande des quatre», les dirigeants de la Révolution culturelle (1966-76), dont la veuve de Mao Tsé-toung, Jiang Qing.

Chef de la police et des services de sécurité chinois pendant 10 ans, de 2002 à 2012, Zhou Yongkang, était membre jusqu’à cette date du Comité permanent du Bureau politique du PCC, le «Saint des Saints» du régime, et était à ce titre l’un des hommes les plus puissants du pays.

Sous sa férule, le budget des organes de sécurité chinois avait dépassé celui du ministère de la Défense.

L’annonce de mardi signifie qu’il est — depuis une date non précisée — entre les mains de la CCID, et donc retenu dans un lieu secret pour une durée allant jusqu’à six mois, sans avocat ni possibilité de contacter sa famille, jusqu’à l’obtention d’aveux et un passage ultérieur éventuel devant les tribunaux.

Zhou Yongkang est le premier très haut personnage du régime à tomber dans le cadre de la campagne anticorruption lancée depuis l’an dernier par le président Xi Jinping, dont beaucoup d’observateurs estiment qu’elle lui sert aussi à éliminer ses adversaires politiques.

Le président Xi s’est dit décidé à chasser tant les «mouches», les petits fonctionnaires corrompus, que les «tigres», les dirigeants de haut vol, s’attirant une popularité certaine dans un pays par la corruption endémique touchant le Parti-État.

«Il y a une règle implicite attribuant une sorte d’immunité aux anciens membres du Comité permanent», mais il semble que «Xi se sent désormais assez puissant pour convaincre les aînés du Parti» de s’attaquer à Zhou, a commenté Willy Lam, de la Chinese University de Hong Kong.

Zhou Yongkang était réputé proche de Bo Xilai, un ancien membre du Bureau politique condamné à la prison à vie en septembre 2013 pour corruption et abus de pouvoir à la suite d’un scandale qui avait éclaboussé le régime.

À voir en vidéo