Modi et Sharif tentent un réchauffement

Nawaz Sharif (à gauche) et Narendra Modi.
Photo: Agence France-Presse (photo) Raveendran Nawaz Sharif (à gauche) et Narendra Modi.

C’est une poignée de main qui, parce que si rares dans les relations indo-pakistanaises, a pris sur-le-champ des dimensions historiques. Mardi, au tout premier jour de son mandat comme premier ministre, Narendra Modi, qui n’arrête pas d’étonner, a rencontré en tête-à-tête son homologue pakistanais, Nawaz Sharif, qui aura fait le voyage à Delhi malgré les objections de son establishment militaire.

 

Promesse de rétablissement du dialogue entre l’Inde et le Pakistan, pratiquement inexistant depuis les attentats terroristes de Mumbai, survenus en novembre 2008 ? Le plus petit geste de rapprochement entre les deux pays ouvre chaque fois la porte à d’irrépressibles espoirs de réconciliation, vu la profondeur de tout de ce qui les déchire depuis toujours — à commencer par la question du Cachemire. Mais ces espoirs sont toujours déçus.

 

Si donc rien de très concret n’est ressorti de ce tête-à-tête, à part l’engagement de « rester en contact » par l’intermédiaire des secrétaires d’État aux Affaires étrangères et de « normaliser les relations commerciales », le simple fait qu’il ait eu lieu tient de la percée. « Je suis venu ici pour renouer les fils brisés en 1999 du dialogue entre [l’ex-premier ministre indien] Atal Vajpayee et moi », a déclaré M. Sharif avant de rentrer à Islamabad. Premier ministre à l’époque, il avait été renversé dans le coup d’État mené par le général Pervez Musharraf.

 

Les télés ont passé la journée à nous remontrer la poignée de main que MM. Modi et Sharif se sont donnée sur le balcon de l’Hyderabad House, située dans le quartier gouvernemental de la capitale, avant de tenir leur rencontre privée qui a duré près d’une heure. Les stratèges du nouveau premier ministre ont fait savoir aux médias que M. Modi avait reproché au Pakistan de ne pas en faire assez dans la lutte antiterroriste, s’agissant en particulier de condamner les coupables des attentats de Mumbai.

 

Quant à l’engagement de « normaliser leurs relations commerciales », il a été pris plus d’une fois dans le passé. Qui sait si cette fois-ci ne sera pas la bonne ? se demandent les analystes.

 

Diplomatie régionale

 

Cette bête politique qu’est M. Modi avait pris l’initiative sans précédent d’inviter à sa cérémonie d’investiture, qui a eu lieu lundi, les sept autres pays membres de l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale (SAARC, son acronyme anglais) — Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Maldives, Népal, Pakistan et Sri Lanka. Cette organisation fondée en 1985 et dont l’Inde est le grand frère n’a jamais été véritablement mise en valeur par Delhi. Inclusion et conciliation sont les maîtres mots de M. Modi depuis son élection, le 16 mai dernier : l’homme s’emploie à chasser son image de politicien ultra-hindouiste et donc antimusulman. Mardi, il s’y est employé sur le terrain de la diplomatie régionale.

 

Où mènera cette poignée de main ? Quelle marge de manoeuvre l’armée pakistanaise laissera-t-elle à M. Sharif ? L’Inde et le Pakistan, qui disposent tous les deux de l’arme nucléaire, se sont fait la guerre quatre fois depuis l’indépendance qu’ils ont obtenue simultanément, en 1947. Les accrochages frontaliers sont incessants. M. Sharif a hésité pendant trois jours avant d’accepter de venir à Delhi ; on peut soupçonner que Washington lui a montré le chemin.

 

Le géopoliticien indien Raja Mohan analyse que le nouveau gouvernement Modi espère que sa main tendue au gouvernement civil pakistanais l’aidera à s’affirmer face à l’armée. À s’efforcer de ne pas jeter d’huile sur le feu à l’égard du Pakistan, l’approche du gouvernement sortant du Parti du Congrès n’était pas différente.