Wukan, le village rebelle, retourne aux urnes sans grand espoir

Wukan — Sous des trombes d’eau, les habitants de Wukan ont voté lundi pour élire leurs délégués municipaux, mais le coeur n’y est plus à l’heure de la reprise en main par le Parti communiste chinois (PCC) de ce village rebelle qui avait arraché trois ans plus tôt les premières élections démocratiques de l’histoire du régime.

 

Les 13 000 habitants de Wukan, dans la province du Guangdong, s’étaient soulevés fin 2011 pour chasser les caciques locaux du PCC qu’ils accusaient de s’enrichir à leurs dépends en saisissant leurs terres — un thème commun au reste du pays, à l’origine de multiples incidents.

 

Contre toute attente, le parti unique avait accepté la tenue d’un scrutin libre remporté par les leaders du mouvement pour le choix d’un nouveau comité de village de sept membres, suscitant un vif intérêt national et international et des espoirs sur l’avenir des réformes politiques en Chine.

 

Mais à l’heure du renouvellement de leur mandat, les récentes arrestations des meneurs, le peu de succès rencontré dans les récupérations des terres revendiquées — et des pluies torrentielles — ont plombé l’exercice.

 

Dans l’unique bureau de vote installé dans une école, l’ambiance est plutôt silencieuse, voire lugubre, sous la surveillance de dizaines de fonctionnaires envoyés de la ville de Lufeng, dont dépend administrativement Wukan, côtoyant des policiers, certains en armes.

 

« On est là parce que c’est le gouvernement qui organise », dira un fonctionnaire.

 

Treize jours avant le scrutin, les procureurs de Lufeng ont fait arrêter l’un des meneurs, Hong Ruichao, sous l’accusation d’avoir touché des pots-de-vin liés à « des projets immobiliers ». Une semaine avant, c’était un autre élu du comité de village, Yang Simao, qui était mis sous les verrous sous des accusations semblables.

 

Un autre des meneurs, Zhuang Liehong, a fui en janvier aux États-Unis une arrestation qu’il jugeait certaine et demandé l’asile politique.

 

« Il est évident que les autorités veulent reprendre en main la situation », a-t-il déclaré mercredi, tandis que des informations faisaient état d’une réinstallation dans ses fonctions d’un responsable du PCC chassé en 2011. En 2011, les habitants eux-mêmes avaient supervisé le vote à bulletin secret.

 

« Je ne peux pas parler à la presse. Ce n’est pas comme avant », dira un autre, à l’instar de la plupart des électeurs, en sortant du bureau de vote.

 

Vers 15hres, un fonctionnaire a annoncé que 8000 des 9000 inscrits ont voté,. Les journalistes présents estimait jusque-là à environ un millier les électeurs qui s’étaient déplacés. La différence s’expliquerait, selon des habitants, par le fait que des électeurs voteraient avec plusieurs procurations.

 

« Les chefs du soulèvement vont probablement être éliminés, parce qu’ils sont en prison ou sous enquête », a prédit Xiong Wie, un chercheur sur les mouvements de protestations ruraux, selon qui les autorités ont cherché à les discréditer.

 

Pour les habitants, les terres saisies et revendues, illégalement à leurs yeux, représentent 430 hectares. Le comité de village n’est parvenu à en récupérer que 10 %, selon ses dires.

 

« Après toutes ces années, on a toujours pas récupéré nos terres », déclare avec amertume un homme aux cheveux blancs qui préfère taire son nom. « Le bureau local du parti communiste est plus puissant que le comité de village », déplore-t-il. « Si un officiel veut faire arrêter un agriculteur, il peut le faire », ajoute-t-il.


Par Tom Hancock

2 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 1 avril 2014 08 h 50

    Restant communiste

    Même si la Chine a fait un tournant capitaliste qui a sorti 300 millions de ses citoyens de la misère, et s'est ouverte sur le monde...il reste des reliquats communistes et ce n'est pas une société de droit comme au Canada.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 1 avril 2014 12 h 20

      Lors des élections au Canada, la méthode change (sondages biaisés, campagnes de peur et de désinformation, attaques personnelles, lignes de Parti, contrôle des médias, méthodes de solicitation et de financement douteuses, etc.), mais la finalité reste la même : Toujours faire élire et réélire les mêmes idées.