Le Japon adopte une loi controversée sur les secrets d’État

L'opposition au parlement japonais s'est levée pour protester contre la loi sur les secrets d'État.
Photo: Kyodo News Associated Press L'opposition au parlement japonais s'est levée pour protester contre la loi sur les secrets d'État.
Tokyo – Le Parlement japonais a entériné vendredi une loi sur la protection des secrets d’État, grâce à l’approbation du Sénat, en dépit d’une forte opposition de médias, artistes, chercheurs et autres personnalités qui, aux côtés de citoyens lambda, craignent que ne soient atteints le droit à l’information et la liberté d’expression.

Le texte très controversé, proposé par le gouvernement de droite de Shinzo Abe, avait déjà été approuvé par la Chambre basse il y a plusieurs jours.

Le vote au Sénat n’était presque qu’une formalité puisque la coalition gouvernementale conduite par le Parti libéral-démocrate (PLD) de M. Abe y détient la majorité.

Toutefois, le scrutin a été décalé par les mesures d’obstruction prises coup sur coup par les formations d’opposition qui sont allées jusqu’à déposer des motions de défiance à l’égard de la ministre qui défendait le texte puis du gouvernement Abe dans son ensemble. Ces tentatives ont été déjouées, puisque le PLD et son allié, le Nouveau Komeito, les ont évidemment rejetées.

La commission sénatoriale spéciale qui a débattu du texte avait failli jeudi en arriver au pugilat, avec des sénateurs à cran.

En substance, cette loi vise à donner à tous les ministères l’autorisation de classifier « secret d’État » toute information jugée sensible relative à la défense, la diplomatie, le contre-espionnage et la lutte antiterroriste, sur des critères qui restent imprécis et selon des modalités de contrôle extérieur encore indéfinies. Jusqu’à ce que la nouvelle loi entre en application, seul le ministère de la Défense a le pouvoir de cacher une information en la rangeant dans le tiroir « secret défense ».

M. Abe a expliqué urbi et orbi que légiférer rapidement contre les risques de fuites était nécessaire pour obtenir diverses informations confidentielles de la part de l’allié américain. Toutefois, il n’a pas réussi à convaincre les opposants sur son engagement à préserver les droits fondamentaux de liberté d’expression et d’accès à l’information.

Les pourfendeurs du texte dénoncent l’absence de structure indépendante pour contrôler la légitimité des décisions de classement prises par l’État.

De nombreux journalistes, plus de 260 personnalités du cinéma (dont les réalisateurs d’animation Hayao Miyazaki et Isao Takahata), des chercheurs, des avocats et autres personnalités influentes ont appelé à tout faire pour stopper la promulgation de cette loi qu’ils jugent « liberticide, antidémocratique et dangereuse ».

Des manifestations ont lieu tous les jours cette semaine à Tokyo contre cette loi soutenue par la droite nationaliste.

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