Cinq jours de deuil au pays de Gandhi

Nelson Mandela apparaît ci-dessus devant une image de Gandhi lors d’une visite officielle en Inde en 1990.
Photo: Agence France-Presse (photo) P. Mustafa Nelson Mandela apparaît ci-dessus devant une image de Gandhi lors d’une visite officielle en Inde en 1990.

L’Inde a décidé vendredi d’observer cinq jours de deuil à la mémoire de Nelson Mandela, décédé jeudi à l’âge de 95 ans. Geste exceptionnel, les deux chambres du Parlement ont ajourné leurs travaux en son hommage. Le premier ministre Manmohan Singh a salué en lui un « véritable gandhien dans l’esprit et l’idéal ».

 

Gandhi et Mandela sont dans la conscience indienne deux géants et ont deux destins intimement liés. Libéré en février 1990 après 27 ans de prison, c’est en Inde que Mandela a effectué quelques mois plus tard sa première visite à l’étranger. Lui fut alors décerné le Bharat Ratna, la plus haute décoration civile indienne. Il demeure à ce jour le seul étranger à l’avoir reçu.

 

C’est en Afrique du Sud, où il débarque en 1893, que le jeune avocat Mohandas Gandhi, révolté par la discrimination dont les immigrants indiens sont victimes, élabore la stratégie de résistance non violente qui contribuera plus tard à convaincre les Britanniques de donner son indépendance à l’Inde en 1947.

 

Quand la première mouture du Congrès national africain (ANC) apparaît en 1912, Gandhi vit toujours en Afrique du Sud. Quand Mandela naît en 1918, Gandhi, rentré dans les Indes britanniques depuis trois ans, est déjà très engagé dans la lutte pour l’indépendance.


Érigés en mythes

 

Les deux hommes ont été érigés en mythes pour leur apostolat en faveur de la non-violence. Dans un texte publié l’été dernier dans la revue Outlook à l’occasion du 95e anniversaire de naissance de Mandela, l’indologue belge Koenraad Elst nuance cette double mythification.

 

D’abord, il rappelle que l’ANC conclut en 1961 à l’échec de la résistance non violente contre l’apartheid et se convertit à la lutte armée. Il mentionne, d’autre part, que ses principes de non-violence n’ont pas empêché Gandhi de monnayer — naïvement, ont dit les historiens — la participation de soldats indiens à la Première Guerre mondiale contre d’éventuelles concessions politiques britanniques…

 

Ensuite, il souligne que Gandhi, dans sa vie sud-africaine, ne s’est pas battu pour les droits de la majorité noire : à l’époque, le pacifiste était moins choqué par le sort des Noirs que par le fait que les Indiens n’avaient pas le même statut que les Blancs. Sa réflexion évoluera.

 

Inspirés par le combat de Mandela, des Sud-Africains de descendance indienne ont un rôle important au sein de l’ANC. Des gens comme Ela Gandhi, petite-fille du mahatma, qui, dans les années 1970 et 1980, a passé huit ans en résidence surveillée pour son association avec Nelson Mandela. Ou comme Billy Nair et Ahmed Kathrada, deux leaders de la lutte anti-apartheid, emprisonnés avec lui pendant plus de 20 ans.


Ce texte a été publié sur le blogue de Guy Taillefer, L’Inde dans tous ses états, sur LeDevoir.com

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