Chine - Harbin ne peut respirer pour une troisième journée consécutive

Les routes ont encore été fermées en raison de la mauvaise visibilité due à la pollution.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les routes ont encore été fermées en raison de la mauvaise visibilité due à la pollution.

Une épaisse chape de pollution paralysait mardi pour le troisième jour consécutif Harbin, une métropole du nord-est de la Chine, entraînant la fermeture des écoles et de l’aéroport et entravant le réseau de transports. Tout en ayant baissé par rapport à la veille, la pollution atmosphérique dans cette agglomération de plus de 10 millions d’habitants atteignait des niveaux jusqu’à quinze fois supérieurs au plafond préconisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

« Le smog est moins grave qu’hier [lundi], mais c’est toujours dégoûtant », a déclaré une étudiante chinoise, Song Ting, 21 ans, jointe au téléphone depuis Pékin. Un ingénieur de 25 ans, Zhao Yao, a déclaré de son côté : « Hier, c’était le pire. On a mal quand on respire. On ne voit pas grand monde dans les rues et certains mettent trois masques avant de sortir. »

 

L’« airpocalypse » à Harbin faisait mardi la une de divers journaux en Chine, de plus en plus inquiets de la dégradation de l’environnement. La presse publiait notamment des photos de résidents, le visage recouvert d’un masque filtrant, perdus dans un brouillard ne laissant que quelques dizaines de mètres de visibilité. Le smog sur Harbin, capitale de la province du Heilongjiang, s’est accumulé tandis que la ville mettait en route son système public de chauffage à l’approche de l’hiver, particulièrement rude dans cette région frontalière de la Sibérie.

 

Le trafic aérien est resté fortement perturbé mardi, après l’annulation de plus de 250 vols par l’aéroport local lundi, ont rapporté les médias.

 

Selon les données de stations de contrôle de l’air au centre de Harbin, les concentrations en particules fines, les PM2,5 - jugées particulièrement nocives pour la santé -, atteignaient mardi soir 247 microgrammes par mètre cube en moyenne (une station affichant 367), contre environ 1000 lundi. Mais ces niveaux restaient très supérieurs au seuil de 25 recommandé par l’OMS.

 

La Chine, deuxième économie de la planète et premier marché automobile mondial, voit son environnement menacé par ses nombreuses industries polluantes, son trafic routier en constante expansion et son laxisme pour protéger les écosystèmes. En outre, le pays tire plus de 70 % de son énergie de la combustion du charbon, ce qui en fait le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre.

 

La pollution de l’air a contribué au décès prématuré de 1,2 million de personnes en Chine en 2010, avait estimé l’organisation Health Effects Institute, dans une étude parue en mars dernier.

 

À Pékin

 

Entre-temps, les autorités ont annoncé un train de mesure pour la capitale Pékin, afin d’éviter une telle pollution atmosphérique. Ainsi, les responsables de la capitale chinoise pourraient ordonner la fermeture des usines ou imposer des restrictions à la circulation automobile lorsque la pollution de l’air atteindra un seuil critique.

 

Les autorités municipales ont précisé mardi que les mesures d’urgence les plus strictes entreront en vigueur quand la densité de matière particulaire fine, la PM2,5 utilisée pour mesurer la qualité de l’air, surpassera 300 microgrammes par mètre cube pendant trois journées consécutives.

 

Le seuil jugé acceptable par l’Organisation mondiale de la Santé est de seulement 25 microgrammes par mètre cube. Ces particules peuvent se loger au plus profond des poumons et causer des problèmes de santé chroniques, notamment le cancer du poumon.

 

Les véhicules privés ne pourront circuler qu’une journée sur deux, selon leur plaque d’immatriculation. Les émissions polluantes des usines seront réduites de 30 % en interrompant ou en limitant la production, tandis que les chantiers de construction devront suspendre les activités d’excavation et de démolition. Les cours seront aussi suspendus, une mesure qui risque de faire grincer des dents dans une ville où la majorité des parents occupent un emploi.

 

Les journalistes qui ont assisté à l’annonce étaient clairement sceptiques. Les mesures ne s’appliquent qu’à Pékin, même si 60 % de la pollution atmosphérique de la ville provient de provinces voisines, comme celle de Hebei vers le sud.

 

« Nous n’avons pas de contrôle sur ce qui se passe à Hebei, mais il s’agit d’une priorité nationale et nous espérons pouvoir servir d’exemple positif », a dit Fang Li, le directeur adjoint du Bureau de protection de l’environnement de la ville.

 

Les quelque 20 millions d’habitants de la capitale ont vu la pollution atmosphérique exploser cette année, en dépit de l’adoption de plus de 100 mesures qui sont appliquées de manière inconstante. Les émissions des véhicules sont blâmées pour environ le quart du problème, tandis que les centrales énergétiques au charbon et la production industrielle représentent le reste.

 

La circulation en alternance des véhicules et les limites imposées à l’activité industrielle sont des mesures qui avaient été temporairement adoptées lors des Jeux olympiques de 2008, ce qui avait brièvement amélioré la qualité de l’air de la ville.

 

Mais la lutte contre la pollution atmosphérique est un projet à très long terme. M. Li a expliqué que les mesures d’urgence adoptées pour lutter contre les pires épisodes s’inscrivent dans le cadre d’un programme pour réduire le recours au charbon et contrer les autres sources de pollution. « Le but des mesures annoncées aujourd’hui est de tenter de freiner cette tendance à la détérioration », a dit M. Li.