Le troc clandestin de Pyongyang

Une partie de la cargaison du cargo arraisonné
Photo: Agence France-Presse (photo) Rodrigo Arangua Une partie de la cargaison du cargo arraisonné

La Corée du Nord a affirmé mercredi que les armes cubaines découvertes à bord d’un cargo nord-coréen bloqué à Panama s’y trouvaient légalement et a exigé que le navire avec son équipage puisse poursuivre sa route.

« Cette cargaison ne contient rien d’autre que des armes obsolètes qui doivent être renvoyées à Cuba après qu’elles auront été modernisées [en Corée du Nord] conformément à un contrat légal », a déclaré le ministère nord-coréen des Affaires étrangères, cité par l’agence de presse officielle KCNA. « Les autorités panaméennes doivent laisser les marins qui ont été appréhendés et le navire partir sans délai », a ajouté le ministère.

 

La déclaration officielle de Pyongyang confirme celle du ministère cubain des Affaires étrangères, qui a déclaré mardi que les 240 tonnes d’armements trouvés à bord du cargo appartenaient à Cuba et devaient être modernisées en Corée du Nord avant de revenir à Cuba.

 

Pour Hugh Griffiths, spécialiste des trafics illicites à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), cette saisie au large du Panama illustre un troc clandestin dont on ignore largement l’ampleur. L’expert a répondu à nos questions

 

Que savons-nous de ce commerce de la Corée du Nord ?

 

La majeure partie échappe aux radars. L’attention se fixe surtout sur les capacités de la Corée du Nord en matière de missiles balistiques et nucléaires, mais la majeure partie de son commerce extérieur concerne en fait les armes conventionnelles avec un petit groupe de pays. Par le passé, cela incluait des pays comme la Birmanie, l’Érythrée, le Yémen, des pays un peu comme la Corée du Nord. Ils ne sont pas si isolés, mais ils sont en proie à la pauvreté et tendent à être dirigés par une certaine forme de dictature. Mais, dans ce contexte, ils ont besoin de faire du commerce et la Corée du Nord a les techniciens qui peuvent intervenir sur le matériel, tant dans les domaines civil que militaire, c’est donc quelque chose de naturel à bien des égards.

 

Comment procède habituellement Pyongyang ?

 

Habituellement, la façon de faire de la Corée du Nord est de mettre le matériel dans un conteneur pour navires, de le transporter dans un port en Chine ou dans une autre partie de la région, de dire que c’est quelque chose d’innocent, de le confier à une des grandes compagnies respectables de fret maritime dans une nation respectable spécialisée dans le fret, qui va prendre en charge le conteneur sans savoir ce qu’il y a dedans. C’est donc très anonyme et très difficile à identifier. La mondialisation et le fait de tout mettre dans des conteneurs ont facilité le commerce, mais aussi les trafics.

 

Avons-nous des chiffres sur leur ampleur ?

 

La Corée du Nord ne publie aucune statistique sur le commerce, nous n’avons aucun chiffre fiable, mais nous pouvons dire qu’en dollars, ce montant est très faible. Cependant, c’est extrêmement important pour les Nord-Coréens, parce que cela fait partie d’un commerce clandestin se déroulant à l’abri des regards à cause des sanctions imposées à leur pays. Les Nord-Coréens utilisent des comptes en banque à Macao, Hong-Kong et en Chine, ainsi que dans d’autres parties du monde, mais le troc ne laisse pas de traces financières.

 

La Corée du Nord est l’exemple le plus extrême parce que c’est une société hautement militarisée, pour laquelle les principales exportations sont celles d’équipements militaires conventionnels, ayant très peu d’autres choses à offrir. Le commerce clandestin augmente, car toute réparation ou modernisation d’équipements militaires sont maintenant interdites à la Corée du Nord. Cela doit donc être complètement caché.

 

Les Nord-Coréens avaient l’habitude d’agir en secret, mais, maintenant, ils agissent ainsi pour des raisons encore meilleures qu’avant. Nous pouvons avoir un meilleur échange d’informations et une meilleure coopération entre États membres de l’ONU. Nous avons fait une étude commandée par le Comité des sanctions des Nations unies sur le transport aérien vers et à partir de la Corée du Nord ces huit dernières années, donc nous avons envoyé un grand nombre de questionnaires aux États pour avoir leurs données sur le trafic (aérien). Nous n’avons reçu aucune réponse d’un nombre important d’États clé.

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