Corées du Nord et du Sud - À la chaleur des missiles…

Des véhicules blindés sud-coréens effectuaient lundi un exercice militaire à Hwacheon, près de la frontière avec la Corée du Nord.
Photo: Agence France-Presse (photo) Kim Jae-Hwan Des véhicules blindés sud-coréens effectuaient lundi un exercice militaire à Hwacheon, près de la frontière avec la Corée du Nord.

La Corée du Nord a promis mardi de redémarrer un réacteur nucléaire capable de générer suffisamment de plutonium pour produire une bombe nucléaire par année, portant les tensions avec la Corée du Sud et les États-Unis à un nouveau niveau.

Ce réacteur au plutonium avait été fermé en 2007, dans le cadre d'un processus international de désarmement qui est depuis tombé au point mort.

La décision de Pyongyang de redémarrer ce réacteur pourrait vouloir dire que le régime nord-coréen a décidé d'accélérer le développement d'un missile nucléaire capable de frapper les États-Unis.

Séoul a promis lundi une « sévère riposte » en cas de « provocation » de Pyongyang, avec le soutien des États-Unis, qui ont déployé des avions de chasse furtifs F-22 et un destroyer. La Corée du Nord a quant à elle pris congé dimanche et lundi de sa rhétorique belliqueuse pour désigner un nouveau premier ministre et adopter une « nouvelle orientation stratégique ».

« Je pense que nous devrions opposer une riposte sévère et immédiate sans aucune autre considération politique si [le Nord] s’aventure à une provocation contre notre population », a déclaré lundi la présidente conservatrice sud-coréenne, Park Geun-Hye, qui s’était entretenue dans la matinée avec de hauts responsables militaires et son ministre de la Défense.


Le ministre de la Défense, Kim Kwan-Jin, a précisé que le Sud recourrait au besoin à des frappes préventives sur les installations nucléaires et militaires nord-coréennes. « Nous [...] procéderions rapidement à ce qu’on appelle une “dissuasion active” pour neutraliser les menaces nucléaires et balistiques du Nord », a-t-il dit.


La Maison-Blanche a cependant rappelé lundi que la rhétorique belliqueuse de Pyongyang n’était accompagnée d’aucune action militaire. « Malgré la rhétorique très dure employée par Pyongyang, nous ne voyons aucun changement dans l’attitude militaire de la Corée du Nord, que ce soit par une mobilisation à grande échelle ou dans le positionnement de ses forces », a déclaré à la presse le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney.


La péninsule coréenne est le théâtre d’un nouvel épisode d’invectives et de menaces depuis décembre dernier, lorsque le Nord a réussi le lancement d’une fusée, que Washington et Séoul ont analysé comme un tir d’essai de missile balistique. Pyongyang a ensuite procédé à son troisième essai nucléaire, ce qui a entraîné l’adoption début mars de nouvelles sanctions à l’ONU. L’escalade n’a cessé depuis lors.


Le Nord a annoncé ce mois-ci qu’il annulait l’armistice et les autres traités bilatéraux de paix signés avec Séoul pour protester contre les manoeuvres militaires communes de la Corée du Sud et des États-Unis. Le régime communiste s’est vivement irrité du passage dans le ciel sud-coréen de forteresses volantes américaines B-52 et de bombardiers furtifs B-2 qui ont effectué des vols d’entraînement, menaçant de frapper les îles américaines de Guam et d’Hawaï, dans le Pacifique.


Pyongyang a enfin affirmé samedi être « en état de guerre » avec le Sud. Les deux pays sont toutefois techniquement toujours en guerre puisque la guerre de Corée de 1950-1953 s’est soldée par un armistice et non par un traité de paix.


Lundi, un porte-parole des forces américaines a indiqué que des chasseurs furtifs F-22 Raptor étaient arrivés la veille en Corée du Sud pour participer aux manoeuvres « Foal Eagle » qui doivent durer jusqu’au 30 avril. Des avions furtifs ont déjà été mobilisés dans le cadre de ces manoeuvres interarmées.


Depuis des décennies, la péninsule coréenne est régulièrement secouée par de brusques poussées de tensions qui finissent par retomber.


Selon Daniel Pinkston, directeur adjoint de l’International Crisis Group pour le Nord-Est asiatique joint par le Devoir à Séoul, il y a fort à parier que le ton adopté par Pyongyang se fera moins belliqueux lorsque les exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et les États-Unis prendront fin le 30 avril prochain. « Cela donnera à la Corée du Nord un prétexte pour adoucir le ton et dire à sa population qu’ils ont gagné. Leur propagande pourra annoncer que, malgré l’intention des Américains de les attaquer, leur posture militaire les aura dissuadés de passer à l’action. »

 

Nouvelle stratégie


Une « nouvelle orientation stratégique » appelant à un renforcement de l’économie et de l’arsenal nucléaire a par ailleurs été adoptée dimanche par Kim Jong-un et les cadres du parti unique nord-coréen. Selon une déclaration rapportée par les médias officiels nord-coréens, « les forces armées dotées de capacités nucléaires de la République populaire démocratique de Corée représentent la vie de la nation, et ne pourront jamais être abandonnées tant que les impérialistes et les menaces nucléaires existeront sur Terre ».


La volonté de renforcer l’économie s’inscrit quant à elle dans la continuité des déclarations de Kim Jong-un depuis son arrivée à la tête de l’État communiste en décembre 2011. Selon l’ONU, les deux tiers des 24 millions de Nord-coréens font de façon régulière la triste expérience de la pénurie de nourriture.


L’Assemblée suprême du peuple, chambre d’enregistrement des décisions du parti unique, s’est réunie lundi à Pyongyang en session plénière pour notamment investir Pak Pong-Ju dans les fonctions de premier ministre, selon l’agence de presse officielle KCNA. Cet expert économique âgé de 74 ans remplace à ce poste Choe Yong-Rim. Premier ministre de 2003 à 2007, M. Pak avait alors été le fer de lance de timides réformes économiques destinées à accorder davantage d’autonomie aux entreprises d’État et à graduellement réduire le rationnement des produits alimentaires et des autres biens de première nécessité. Il avait été limogé en 2007 à la suite, semble-t-il, d’une vive réaction du parti du Travail et de l’armée.


Plusieurs analystes ont interprété sa réhabilitation comme un gage de réformes à venir dans le régime économique nord-coréen. Or, « augmenter et améliorer l’efficacité de la production se fera certainement, le cas échéant, dans le but de perpétuer le système politique tel qu’il existe, estime Daniel Pinkston. Le régime a mené une campagne active au cours de la dernière année pour vanter les idées et les politiques implantées par Kim il-sung [fondateur et premier dirigeant de la Corée du Nord] et Kim Jong-il [son successeur et prédécesseur de Kim Jong-un]. Le régime les présente comme les plus grands génies de l’histoire de l’humanité. Alors, je vois mal comment il pourrait remettre leurs idées en question aussi rapidement. »

Avec l'Agence France-Presse

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Ce texte a été modifié après publication.

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