Avenir incertain du nucléaire au Japon

Un homme vêtu d’une combinaison de protection contre les radiations se trouvait parmi les milliers de manifestants qui ont réclamé, dimanche à Tokyo, le démantèlement de toutes les centrales nucléaires du Japon.
Photo: Junji Kurokawa Associated Press Un homme vêtu d’une combinaison de protection contre les radiations se trouvait parmi les milliers de manifestants qui ont réclamé, dimanche à Tokyo, le démantèlement de toutes les centrales nucléaires du Japon.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche dans tout le Japon pour exiger l’abandon rapide de l’énergie nucléaire, à la veille du deuxième anniversaire du déclenchement de la catastrophe de Fukushima. Malgré l’ampleur de la mobilisation, il est aujourd’hui impossible de connaître la place qu’occupera le nucléaire dans la prochaine politique énergétique du pays.

À Tokyo, les manifestants se sont rassemblés dans un grand parc du centre pour écouter des concerts ou des discours sonorisés grâce à de l’électricité solaire. Ils ont ensuite défilé en direction du Parlement, dans le but de remettre une pétition aux députés demandant au premier ministre japonais, Shinzo Abe, au pouvoir depuis les législatives de décembre, le démantèlement de toutes les centrales nucléaires du pays. Lundi, tout le pays a observé une minute de silence à 14 h 46 (5 h 46 GMT).


Une centaine d’autres manifestations se sont tenues dans la capitale et le reste du pays, selon les médias locaux. Dans de nombreuses communes touchées par le tsunami, les habitants vêtus de noir ont assisté dimanche à des cérémonies de commémoration. À Rikuzentakata, où près de 1600 personnes ont péri et 217 sont portées disparues, le maire Futoshi Toba a redit son engagement à reconstruire la ville. « Nous allons reconstruire une belle ville qui fera la fierté du pays et dont les habitants vivront heureux et confortablement », a-t-il assuré.


Seuls 2 des 50 réacteurs de l’archipel nippon sont actuellement en fonctionnement, le parc nucléaire faisant l’objet de vérifications de sécurité poussées depuis l’accident de Fukushima. M. Abe, dont le Parti libéral-démocrate a de proches relations avec les milieux d’affaires, prône le redémarrage des réacteurs dont la sécurité aura été établie. Le gouvernement de centre gauche sortant, dirigé par Yoshihiko Noda et battu dans les urnes en décembre, avait promis pour sa part d’abandonner l’énergie nucléaire d’ici à la fin des années 2030.


Le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 ont fait près de 19 000 morts et disparus dans la région du Tohoku, au nord-est du pays, et entraîné un accident nucléaire majeur à la centrale Fukushima Daiichi. Cette catastrophe nucléaire a représenté le pire désastre pour le secteur depuis celle de Tchernobyl, en Ukraine, en 1986.


Le ministre japonais de l’Industrie, Toshimitsu Motegi, a jugé mardi dernier impossible de prévoir le nombre de réacteurs nucléaires qui pourraient être remis en exploitation au Japon d’ici à la fin de l’année. « De nouvelles règles plus sévères seront adoptées en juillet et ensuite débuteront les passages en revue des réacteurs nucléaires », a rappelé pour sa part un porte-parole de l’Autorité de régulation nucléaire. Mais les conjectures sont nombreuses, et les déclarations de patrons de plusieurs sociétés oeuvrant dans le domaine du nucléaire, viennent semer le doute dans l’opinion publique japonaise. Le président de l’entreprise d’uranium canadienne Cameco a pour sa part estimé mi-février que huit réacteurs devraient avoir été remis en service avant la fin de 2013. Ce lundi, le président du groupe français Areva, Luc Oursel, a dit s’attendre au redémarrage de six réacteurs d’ici à la fin de l’année. Inversement, l’agence de presse Kyodo a indiqué, sur la base d’une enquête auprès des compagnies, qu’aucun ne devrait être relancé cette année à cause des délais et contraintes réglementaires.


Toutefois, seulement une quarantaine sont potentiellement susceptibles de redémarrer à moyen terme, puisque semble exclue avant longtemps toute réactivation éventuelle des six restants de Fukushima (deux à Daiichi et quatre à Daini) et des trois d’Onagawa, également situés dans la région sinistrée du Tohoku.


Par ailleurs, le ministre de l’Industrie a jugé mardi dernier qu’il serait peut-être difficile de fixer dès la fin de l’année la nouvelle politique énergétique à moyen terme du Japon, même si une commission se réunira à partir du 15 mars pour formuler des recommandations en ce sens d’ici à décembre.

 

Nettoyage périlleux


En attendant, le nettoyage sur le site de la centrale de Fukushima se poursuit, mobilisant quelque 3000 ouvriers, travaillant dans des conditions difficiles, voire parfois dangereuses, explique le quotidien britannique The Guardian. Ce mois-ci, le ministère de la Santé japonais a reconnu que 63 travailleurs avaient été exposés à des niveaux de radiations supérieurs à ceux qui étaient inscrits dans leurs dossiers médicaux.


L’été dernier, le quotidien Asashi Shimbun révélait que des sous-traitants avaient demandé aux ouvriers de recouvrir leurs détecteurs de radioactivité d’une coque de plomb, afin de biaiser leurs expositions à celle-ci. « Le risque d’exposition à la radioactivité est plus élevé chez les ouvriers, ils font partie d’un processus qui prendra des décennies », explique Jun Shigemura, un conférencier au département de psychiatrie du National Defense Medical College, au Guardian. Les compagnies chargées de la décontamination du site sont aussi critiquées dans l’opinion publique japonaise, car le nettoyage avance très lentement. De nombreux employés ont aussi démissionné, à cause du stress engendré par leur travail. « Ils méritent plus de respect, parce qu’ils effectuent un des emplois les plus difficiles au monde », explique M. Shigeruma. Les autorités estiment qu’il faudra quarante ans pour décontaminer le site.


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Avec l’Agence France-Presse

5 commentaires
  • Daniel Bérubé - Inscrit 11 mars 2013 11 h 00

    J'ai ben peur

    que nombre de décisions soient prise à partir de raisons simplement économique...

    ..."M. Abe, dont le Parti libéral-démocrate a de proches relations avec les milieux d’affaires, prône le redémarrage des réacteurs dont la sécurité aura été établie."

    Le milieu des affaires et la population dans son ensemble ont souvent des points de vues différents... si pour le milieux des affaires, il est logique de recouvrir les détecteurs d'une enveloppe de plomp et ainsi voir les lieux comme soit disant "sécuritaires", et ainsi remettre "l'économie" en marche avant la sécurité... es-ce logique ? Le premier ministre du Kanada répondrait "OUI" immédiatement, mais ici, je m'adresse à la population...

  • Georges Washington - Inscrit 11 mars 2013 12 h 00

    Peur exagérée

    Le tsunami a fait 19 000 morts et des centaines de milliers de sans abris. Les réacteurs n'ont fait aucun mort à ma connaissance, mais disons qu'en exagérant ils pourraient avoir fait quelques dizaines de victimes.

    L'OMS dans un rapport récent sur Fukushima fixe le taux d'augmentation des cancers dans les populations riveraines des réacteurs à un niveau négligeable, sinon indécelable. Voir l'article dans Nature: http://www.nature.com/news/much-of-fukushima-s-fal

    La vraie question serait plutôt de se demander s'il est raisonnable de construire des habitations en bordure de l'océan si nous voulons vraiment prendre la mesure de cet accident. Un tsunami de cette ampleur est rarissime. Tous savent qu'un jour la faille de San Andreas risque d'engloutir San Francisco et les fleurons de l'économie américaine, pourtant, l'immobilier y est florissant et les logements inabordables et des pépinières d'entreprises ne cessent de donner naissance à de nouvelles entreprises.

    Au lieu de s'opposer bêtement au nucléaire, la population aurait plutôt intérêt à apprivoiser le nucléaire. Un des gros problèmes avec le nucléaire est justement que l'opposition populaire empêche de nouveaux réacteurs plus sécuritaires de remplacer les anciens arrivants en fin de vie. Le Japon devrait brûler des quantités énormes de combustibles fossiles pour remplacer ses réacteurs et aux dernières nouvelles, le charbon crache plus de déchets radioactifs dans l'atmosphère qu'une centrale nucléaire. Ça aussi il faudrait en tenir compte.

    • François Ricard - Inscrit 11 mars 2013 13 h 59

      Après cinquante ans et plus, on ne sait pas encore où enterré les déchets. Ça pose problème d'ailleurs dans le démantèlement de Genbtilly 2.

    • Georges Washington - Inscrit 12 mars 2013 00 h 13

      M. Ricard,

      inutile de les enterrer, d'ici peu nous pourrons les réutiliser.

    • Serge Clement - Inscrit 12 mars 2013 00 h 30

      Tchernobyl continue de faire mourir les gens, ainsi en sera t-il du japon. Les vents ont paraît-il été favorables à un dégagement des nuages radioactifs vers l'océan, vers l'est, les côtes américaines. Un récent reportage dans les environ de Fukushima a clairement démontré d'une part une contamination élevée des sol à plus ou moins 60 km du réacteur, mais aussi le développement de cancer dans la population. Les enfants ne sont pas épargnés. Le gouvernement japonais tente de minimiser le désastre et incite même la population à manger des aliments provenant de la zone radioactive. Bien sûr, les aliments sont radioactifs mais le commun des mortels n'a pas la technologie pour le vérifier et la population commence à perdre confiance en ses dirigeants. Le nucléaire est-il incontournable, oui si on ne développe et popularise pas d'autres alternatives.
      Les déchets resteront un problème qu'on continuera d'enfouir creux dans le sol.