Les immolations de Tibétains - «La lutte pour la survie d’un peuple»

Dicki Chhoyang
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Dicki Chhoyang

« Au début, plusieurs interprétations ont été avancées, a expliqué cette Montréalaise d’origine tibétaine lors d’une conférence de presse convoquée par Amnistie internationale et le Comité Canada-Tibet. Ces immolations sont clairement des actes de protestation contre la répression au Tibet : répression politique, mais aussi marginalisation économique, assimilation culturelle, destruction environnementale et sédentarisation forcée des nomades. »


Mme Chhoyang a décrit les immolations comme étant « des actes solitaires, une forme ultime de désobéissance civile sans nuire à autrui ». Elle s’est inscrite en faux contre les affirmations des autorités chinoises voulant que le gouvernement en exil et le dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains, les encouragent. « Nous avons fait appel aux Tibétains pour qu’ils n’aient pas recours à de tels gestes. On ne sait pas s’ils vont continuer. […] Nous n’avons joué aucun rôle dans le cycle des immolations. Nous serions prêts à collaborer à une enquête internationale indépendante » sur la question, a-t-elle ajouté. Les autorités chinoises, qui se vantent d’avoir investi des milliards pour moderniser le Tibet, ont réagi à la crise des immolations en condamnant des Tibétains à de lourdes peines pour « incitation » à cette forme de sacrifice suprême.


Un grand rassemblement d’exilés tibétains a eu lieu le mois dernier en Inde. Pour Mme Chhoyang, ceux-ci veulent « aider le gouvernement chinois à trouver une solution à la question tibétaine ». Les derniers pourparlers entre Pékin et les émissaires du dalaï-lama remontent à janvier 2010. « Nous proposons un compromis en vertu duquel le Tibet demeurerait partie intégrante de la Chine avec une véritable autonomie en matière de culture, d’éducation et de religion », a-t-elle précisé. On dit le nouveau numéro un chinois, Xi Jinping, bien disposé à l’égard du bouddhisme tibétain, voire des leaders tibétains en exil. « Il est trop tôt pour se prononcer, mais, jusqu’ici, sa gestion de la question tibétaine n’a pas été très impressionnante », a commenté Dicki Chhoyang, tout en constatant que la popularité du bouddhisme tibétain touche aussi la Chine. « C’est la lutte pour la survie d’un peuple », a-t-elle souligné en rappelant qu’elle a grandi au Québec. Elle a demandé aux Canadiens de faire pression sur les élus fédéraux afin qu’ils pressent à leur tour Pékin de permettre aux diplomates et aux journalistes de visiter les régions tibétaines.

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