Les immolations de Tibétains - «La lutte pour la survie d’un peuple»

Dicki Chhoyang
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Dicki Chhoyang

Depuis février 2009, près d’une centaine de Tibétains se sont immolés pour protester contre la situation qui règne dans l’ouest de la République populaire de Chine et contre la répression exercée par Pékin à la suite des émeutes « pré-olympiques » de 2008. « Un phénomène sans précédent », a souligné mercredi Dicki Chhoyang, la ministre de l’Information et des Affaires internationales du gouvernement tibétain en exil (établi à Dharamsala, en Inde), en prenant soin de dire que cette instance tente de dissuader les jeunes Tibétains de faire ces gestes désespérés.

« Au début, plusieurs interprétations ont été avancées, a expliqué cette Montréalaise d’origine tibétaine lors d’une conférence de presse convoquée par Amnistie internationale et le Comité Canada-Tibet. Ces immolations sont clairement des actes de protestation contre la répression au Tibet : répression politique, mais aussi marginalisation économique, assimilation culturelle, destruction environnementale et sédentarisation forcée des nomades. »


Mme Chhoyang a décrit les immolations comme étant « des actes solitaires, une forme ultime de désobéissance civile sans nuire à autrui ». Elle s’est inscrite en faux contre les affirmations des autorités chinoises voulant que le gouvernement en exil et le dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains, les encouragent. « Nous avons fait appel aux Tibétains pour qu’ils n’aient pas recours à de tels gestes. On ne sait pas s’ils vont continuer. […] Nous n’avons joué aucun rôle dans le cycle des immolations. Nous serions prêts à collaborer à une enquête internationale indépendante » sur la question, a-t-elle ajouté. Les autorités chinoises, qui se vantent d’avoir investi des milliards pour moderniser le Tibet, ont réagi à la crise des immolations en condamnant des Tibétains à de lourdes peines pour « incitation » à cette forme de sacrifice suprême.


Un grand rassemblement d’exilés tibétains a eu lieu le mois dernier en Inde. Pour Mme Chhoyang, ceux-ci veulent « aider le gouvernement chinois à trouver une solution à la question tibétaine ». Les derniers pourparlers entre Pékin et les émissaires du dalaï-lama remontent à janvier 2010. « Nous proposons un compromis en vertu duquel le Tibet demeurerait partie intégrante de la Chine avec une véritable autonomie en matière de culture, d’éducation et de religion », a-t-elle précisé. On dit le nouveau numéro un chinois, Xi Jinping, bien disposé à l’égard du bouddhisme tibétain, voire des leaders tibétains en exil. « Il est trop tôt pour se prononcer, mais, jusqu’ici, sa gestion de la question tibétaine n’a pas été très impressionnante », a commenté Dicki Chhoyang, tout en constatant que la popularité du bouddhisme tibétain touche aussi la Chine. « C’est la lutte pour la survie d’un peuple », a-t-elle souligné en rappelant qu’elle a grandi au Québec. Elle a demandé aux Canadiens de faire pression sur les élus fédéraux afin qu’ils pressent à leur tour Pékin de permettre aux diplomates et aux journalistes de visiter les régions tibétaines.

1 commentaire
  • Jacques Boulanger - Inscrit 7 février 2013 07 h 57

    Même combat !

    Le dalaï-lama avait parlé du génocide culturel du peuple tibétain. Ce n’est pas sans rappeler ce qui se passe ici même avec le peuple québécois. Faudra-t-il comme au Tibet s’immoler pour émouvoir ne serait-ce que nos propres compatriotes ?