Birmanie: la guerre fait rage dans le Nord-Est

Il y a d’un côté l’armée birmane, qui incarne l’ethnie majoritaire et centralisatrice des Bamars (65 % de la population, plutôt bouddhiste), bien équipée et entraînée. De l’autre, l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA, chrétienne, représentant 7 % de la population) qui défend sans grands moyens l’indépendance du nord-est du pays, sur lequel elle a souvent régné en maître après le coup d’État de 1962, grâce aux trafics de drogue, de bois et de pierres précieuses dans cette région frontalière de la Chine. En 1994, les deux belligérants étaient parvenus à un cessez-le-feu qui a tenu 17 ans. En juin 2011, les combats ont repris car la KIA refusait de s’intégrer à une force de police frontalière et parce que des projets de barrage menaçaient l’intégrité du territoire kachin.


Vendredi, avant l’ouverture d’une conférence internationale de donateurs, le pouvoir birman a ordonné un cessez-le-feu, non respecté selon plusieurs sources sur le terrain. Fin décembre, l’armée a admis qu’elle avait mené des raids d’hélicoptères et de chasseurs à Laïza, où vivraient 35 000 résidents et déplacés. Des tirs d’artillerie ont aussi frappé le quartier général de la rébellion kachin. « Nous ne ciblons pas des civils », s’est défendu un porte-parole du président Thein Sein. Dans cette zone difficile d’accès et privée d’aide humanitaire, il est difficile d’avoir un bilan précis, évalué au minimum à plusieurs centaines de morts. Des ONG critiquent les violations massives et systématiques du régime birman dans l’État Kachin.


Après avoir signé des accords de cessez-le-feu avec une dizaine de guérillas ethniques depuis 2011, le président Thein Sein veut parvenir à un dialogue en vue d’une conférence nationale chargée de définir les relations entre l’État central et les minorités ethniques à l’horizon 2015. Le conflit qui s’enlise au Kachin contrecarre ces projets de pacification. Mais le discours de retenue et la main tendue de Thein Sein sont contredits sur le terrain par les offensives de l’armée, ce qui semble accréditer la thèse d’une lutte entre réformateurs et conservateurs au sein du régime. À moins qu’il ne s’agisse d’un double discours du pouvoir birman.

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