Législatives - Grande victoire de la droite japonaise pro-nucléaire

Shinzo Abe est de retour au pouvoir. Connu comme un « faucon » en politique étrangère, il s’est empressé de défier la Chine en rappelant la souveraineté du Japon sur les îles Senkaku.
Photo: Agence France-Presse (photo) Yoshikazu Tsuno Shinzo Abe est de retour au pouvoir. Connu comme un « faucon » en politique étrangère, il s’est empressé de défier la Chine en rappelant la souveraineté du Japon sur les îles Senkaku.

Tokyo — Le Parti libéral démocratique (PLD, conservateur) est de retour au pouvoir au Japon après avoir remporté une écrasante victoire lors des élections législatives du pays, indique les résultats obtenus par le télédiffuseur public NHK, dimanche.

Cette poussée de la droite pourrait renforcer les tensions avec la Chine. Selon NHK, le PLD, le principal parti pro-nucléaire obtiendrait 293 des 480 sièges de la chambre basse du parlement. Avant le scrutin, ils n’avaient que 118 sièges. Un nouveau parti qui s’oppose farouchement à l’énergie nucléaire n’a remporté que huit sièges. Les résultats officiels seront annoncés lundi matin.
 
Shinzo Abe obtient une deuxième chance pour diriger le pays, lui qui a été le premier ministre en 2006-2007. Il sera le septième chef de gouvernement du Japon au cours des six dernières années et demie.
 
Il s’agit d’une amère défaite pour l’actuel premier ministre Yoshihiko Noda et le Parti démocrate. Le gouvernement faisait face une grande insatisfaction en raison de son incapacité à respecter ses promesses et de la stagnation de l’économie. M. Abe a reconnu que les résultats sont la conséquence d’un vote de protestation contre les démocrates plutôt qu’un fort appui à son parti.
 
Le nucléaire de retour ?

Ce n’est pas le moindre des paradoxes : bien que des millions de Japonais aient signé une pétition pour dire adieu au nucléaire, ils ont montré dimanche qu’ils ne sont pas prêts pour autant à écrire le nom du premier venu sur un bulletin de vote.
 
On aurait pu penser que la question nucléaire serait déterminante, surtout que depuis des mois des centaines, voire des milliers de militants « No Nuke » avaient défilé chaque vendredi sous les fenêtres du premier ministre. Finalement il n’en a rien été
Le Parti Démocrate du Japon (PDJ, centre-gauche), qui gouvernait le Japon lors du désastre du 11 mars 2011, a eu beau promettre zéro nucléaire à l’horizon 2040, les électeurs ont préféré dimanche redonner les rênes du pays aux conservateurs.
 
Si le nucléaire était un des enjeux de la campagne, le PLD s’est posé en parti réaliste privilégiant les défis économiques, principale préoccupation des citoyens.
 
L’une des conséquences probables du scrutin de dimanche est que le plan énergétique du gouvernement sortant de Yoshihiko Noda risque sinon de passer intégralement à la trappe du moins de subir un profond remaniement.
 
Les candidats les plus anti, qui prônaient un arrêt définitif des centrales immédiatement ou dans la décennie, n’ont finalement pas su convaincre.
 
Reléguant la question des centrales atomiques derrière la reconstruction post-tsunami, le redressement économique, l’éducation ou la diplomatie, le PLD n’a quant à lui jamais parlé de sortie du nucléaire.
 
Au contraire, il a promis un passage en revue des 50 réacteurs du pays dans un délai de trois ans pour se prononcer ensuite sur leur relance. Une stratégie gagnante.
Avant l’accident de Fukushima le PLD, qui a dirigé le pays pendant plus de cinq décennies, voulait plus de 50 % d’électricité d’origine atomique en 2030.
 
Il sait qu’aujourd’hui ce n’est plus possible après Fukushima mais il va certainement se donner du temps pour définir le meilleur bouquet énergétique, avec une part de nucléaire.

Autosuffisance

Le PLD, qui plaide pour un Japon fort et non tributaire de l’étranger, juge en effet impossible à moyen terme de se passer d’une des rares formes d’électricité que le Japon est capable de produire sans trop dépendre de l’extérieur.
 
Cette position est proche de celle du patronat, qui a toujours préféré le PLD au PDJ et estime que l’économie nippone est incapable de se passer totalement d’énergie nucléaire.
 
Du fait de l’arrêt des centrales atomiques, les entreprises ont en effet été forcées de réduire leur consommation de courant, ce qui a rejailli sur leur activité dans l’archipel.
 
Balance commerciale

Les opérateurs ont pour leur part dû compenser l’arrêt des centrales nucléaires par la remise en marche de centrales thermiques au gaz ou au pétrole, des carburants importés dont la facture ruine les comptes nationaux. Alors qu’elle affichait un excédent très enviable, la balance commerciale du Japon est désormais régulièrement dans le rouge.
 
Seuls deux réacteurs sont actuellement en service, les 48 autres étant maintenus à l’arrêt dans l’attente d’un verdict sur leur sûreté.
 
Avant un éventuel redémarrage, tous devront passer une batterie de tests de résistance rendus obligatoires par le gouvernement de centre-gauche à la suite du drame de Fukushima provoqué par un violent séisme et un gigantesque tsunami.
 
La décision de relance est certes toujours du ressort du pouvoir politique, mais le verdict de sûreté préalable doit être prononcé par la nouvelle Autorité de régulation nucléaire mise en place en septembre.
 
Cette instance, statutairement indépendante du gouvernement, prévoit de définir de nouveaux standards de sécurité plus sévères que les précédents dans le courant de l’année prochaine.