Hu Jintao lance un appel aux réformes

Quelque 2270 délégués participent au 18e congrès du Parti communiste chinois.
Photo: Agence France-Presse Quelque 2270 délégués participent au 18e congrès du Parti communiste chinois.

Vingt-quatre heures à peine après le scrutin qui a permis à Barack Obama d’être reconduit à la tête des États-Unis, l’autre grande puissance mondiale est entrée dans sa semaine de changement. Une nouvelle génération de dirigeants chinois (la cinquième) va accéder au pouvoir à l’occasion du 18e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui s’est ouvert le jeudi 8 novembre.


À Pékin - où tous les carrefours sont sous bonne garde policière -, M. Hu, qui sera remplacé par Xi Jinping, a prononcé son dernier « important discours », selon la terminologie utilisée par la propagande du régime. Rien de révolutionnaire, cependant, dans cette allocution, très semblable à celle prononcée il y a cinq ans au précédent congrès. Pendant près d’une heure quarante minutes, il l’a lue sur un ton monocorde, ponctué de temps à autre par les applaudissements des 2270 délégués du PCC, dans un décor immuable, celui du Palais du peuple.


Sur Weibo, le microblogue chinois, des internautes se sont amusés à pointer la différence entre les systèmes politiques des deux grandes puissances mondiales. « Élection américaine : on ne sait qu’au dernier moment qu’Obama a gagné et Romney le félicite. Élection chinoise : un an avant, on sait qui va gagner et qui a perdu, la famille de celui qui a perdu est en prison », s’amusait une internaute de la ville de Wuhan (centre), faisant référence au néomaoïste Bo Xilai, rival de Xi Jinping, exclu du PCC juste avant le congrès et accusé de corruption et d’abus de pouvoir. Dans son discours, sans nommer M. Bo, Hu Jintao a de nouveau mis en garde contre la corruption rampante au sein du PCC : « À défaut d’un règlement correct de cette question, le parti risquerait d’essuyer un coup fatal, voire d’aller vers sa propre perte avec l’État qu’il dirige. »


Hu Jintao a dressé le bilan de ses dix ans de mandat et a mis en avant son « concept de développement scientifique », rappelant qu’il avait « organisé avec succès les Jeux olympiques de Pékin et l’exposition universelle de Shanghaï », permis à la Chine de retrouver son rang international et de devenir la deuxième économie mondiale. Le secrétaire général sortant a cité également l’envoi d’engins habités dans l’espace et sous les mers, ainsi que le train à grande vitesse. « Tout cela montre la supériorité et la vitalité du socialisme aux caractéristiques chinoises et a renforcé la fierté et la cohésion du peuple chinois et de la nation. »


Le concept de développement scientifique a rejoint les apports de ses prédécesseurs, la théorie de Deng Xiaoping et la pensée de Jiang Zemin sur « la triple représentation ».


Tous les anciens étaient d’ailleurs présents dans ce décorum rouge, dont l’ancien secrétaire général Jiang Zemin et l’ex-premier ministre Li Peng, tous deux à la tribune. Willy Lam, politologue de l’Université chinoise de Hongkong, a ironisé, sur le site Internet de la revue américaine Foreign Policy, notant que « ces anciens membres du comité permanent, qui se sont retirés il y a longtemps, ont fait un retour spectaculaire cette année, produisant une sorte de politique gériatrique aux caractéristiques chinoises »…


Le bilan de l’ère Hu et Wen ne fait pas l’unanimité. Début septembre, le long article de Deng Yuwen, le rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire de l’École centrale du Parti, Xuexi Shibao (Study Times), a retenu l’attention. Intitulé Le legs politique de Hu et de Wen, il identifiait « dix problèmes graves » nécessitant des solutions urgentes, dont le fait que « la réforme politique et la démocratisation tant anticipées sont loin d’être à la hauteur des attentes du public ». Depuis plusieurs mois, les appels aux réformes politiques se font pressants. « Cela rappelle les années 1980. Un nombre croissant de gens qui sont contemporains de Xi Jinping et Li Keqiang [les futurs président et premier ministre], et occupaient alors des postes gouvernementaux, se mettent à parler », nous avait confié un peu avant le congrès l’écrivain hongkongais Chan Koonchung, basé à Pékin. « Ils pensent qu’il va y avoir des changements importants, donc ils veulent être entendus, car ils considèrent que le leadership est en quête de nouvelles idées », poursuivait l’auteur des Années fastes (Grasset, 2012), un roman d’anticipation politique qui se passe en 2013 et dont certains des protagonistes ont vécu les événements de Tiananmen.


Même le quotidien à grand tirage Global Times, rattaché au Quotidien du peuple, annonçait la veille du congrès que 81,4 % des personnes interrogées pour un sondage étaient partisanes de réformes politiques. Et que 69,7 % d’entre elles souhaitent qu’elles soient graduelles.


L’hebdomadaire L’Observateur économique a fait figurer en une de sa dernière édition une longue tribune de Hu Deping, le fils de l’ancien secrétaire général réformateur Hu Yaobang, limogé en 1987. Il y stigmatise le « fait objectif que le pouvoir du parti et du gouvernement interfère avec le système juridique, et qu’un grand nombre de lois et de régulations ne sont pas en accord avec l’esprit et les exigences de la Constitution ».


Son père avait mis en chantier la séparation du parti et de l’État. Sa mort, en 1989, deux ans après sa mise à pied, avait été le déclencheur des événements de Tiananmen. Membre du Comité permanent de la conférence consultative du peuple chinois, sorte de Sénat qui n’a qu’un rôle de figuration, Hu Deping n’est pas au coeur du pouvoir. Mais il a ouvertement pris position en faveur de réformes ces deux dernières années, organisant des « salons de discussion » sur des sujets tels que les élections libres dans le village de Wukan. La nouvelle, qui circule depuis l’automne, selon laquelle Hu Deping s’était rendu au domicile de Xi Jinping pour le rencontrer, a nourri les espoirs de voir le futur président chinois lancer un « aggiornamento » du parti. Son discours est attendu à la clôture du Congrès, le 14 novembre.

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