Congrès du Parti communiste chinois - La voie à suivre

2 270 représentants civils et militaires participent au congrès du PCC sous bonne garde.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark Ralston 2 270 représentants civils et militaires participent au congrès du PCC sous bonne garde.

La Chine « n’adoptera jamais le modèle politique occidental », mais elle va choisir un modèle de croissance basé sur la consommation. C’est ce qu’a annoncé jeudi à Pékin, le secrétaire général du parti communiste chinois, Hu Jintao, en lever de rideau du XVIIIe congrès du parti. L’ouverture du conclave s’est déroulée dans l’imposant bâtiment parlementaire qui borde la place Tiananmen, en présence de 2 270 représentants civils et militaires. À la fin de ce très important rendez-vous, qui doit durer une semaine, Hu Jintao cédera son poste à son dauphin désigné, Xi Jinping. La plus grande partie du noyau dirigeant doit également être renouvelée.

Le discours lu pendant près de deux heures par Hu Jintao a été approuvé par son successeur désigné et devra servir de cadre à sa politique. Dans son « chant du cygne », l’actuel numéro 1 chinois a souligné que l’économie du pays était passée de la sixième à la deuxième place mondiale. Il a insisté sur l’accroissement spectaculaire du niveau de vie des Chinois pendant les dix années de son mandat, l’attribuant à la « théorie du développement scientifique » dont il est l’auteur, et qu’il ne s’est pas privé de citer une bonne vingtaine de fois. Il a toutefois reconnu que le modèle de développement qu’il avait suivi était arrivé dans une impasse. « En réponse aux changements économiques au plan national et international, il faut accélérer la création d’un nouveau modèle de croissance basé sur une qualité et une performance améliorées. »


Sous sa houlette, la part du gâteau économique des entreprises privées s’est réduite, tandis que celle des entreprises d’État a considérablement augmenté. Le développement s’est fait à coups d’investissement massifs, via les quatre banques d’État. Ces dernières n’accordent pratiquement plus de prêts aux secteur privé. La moindre efficacité économique des géants étatiques, qui très souvent monopolisent leur secteur (du pétrole en passant par les télécoms), tue l’innovation. La capacité d’inventer et de mettre sur le marché des produits originaux est pourtant essentielle si la Chine veut asseoir son économie sur un socle sain.


Redistribution


Mais la masse monétaire accaparée par l’État n’a pas été suffisamment redistribuée à la population, qui a le sentiment de ne plus bénéficier du boom économique. Le modèle actuel favorise les exportations puisqu’il écrase les salaires. Le revenu des Chinois a certes beaucoup augmenté depuis dix ans, mais l’inflation du coût de la vie neutralise en grande partie ces gains, surtout dans l’immobilier, devenu inaccessible à beaucoup. D’où un sentiment général de crainte de l’avenir dans la classe moyenne, qui se traduit par une maigre consommation des ménages (seulement 40 % du PIB) et un taux d’épargne considérable, malgré des taux d’intérêts ridicules. Ce phénomène est accentué par l’absence de sécurité sociale, qu’il s’agisse de la santé ou des retraites (le dispositif actuel accorde de très maigres allocations). Pour le sinologue américain Cheng Li, la situation est intenable et Pékin « doit en priorité aider le secteur privé, libéraliser la finance et se débarrasser des monopoles d’État ».


Les déclarations de Hu Jintao vont dans ce sens. « Il faut, a-t-il dit, que la demande intérieure augmente […], ainsi que la consommation des ménages, la consommation individuelle et étendre le marché intérieur. » Il préconise également une monnaie et des taux d’intérêts bancaires plus conformes aux lois du marché. Hu a arrêté le double objectif d’un doublement du produit intérieur brut et des revenus de la population d’ici à 2020.

 

Dompter des entreprises


Mais ces promesses restent vagues et la mise en en place d’une telle politique sera difficile. Les grandes entreprises d’État, qui ont un grade équivalent à celui d’un ministère dans la hiérarchie de l’appareil communiste, ont un poids tel que même un numéro 1 aura du mal à les dompter. Ce changement de cap de l’économie chinoise s’est fait sous l’impulsion de l’ancien leader chinois, Jiang Zemin, 85 ans. Bien qu’il n’occupe plus aucun poste, il arbitre toujours les décisions importantes du parti. Entre 1992 et 2002, il avait mené une politique de libéralisation du secteur privé et mis au chômage des dizaines de millions d’ouvriers d’entreprises d’État. Il avait aussi beaucoup rapproché la Chine des États-Unis. C’est également avec son appui que Xi Jinping a été choisi pour succéder à Hu Jintao.


Des conséquences


Ce changement de modèle économique, préconisé depuis deux ans au moins par les économistes occidentaux, aura s’il se réalise des conséquences politiques. Avec un pouvoir d’achat et un sentiment de sécurité économique accru, la classe moyenne osera s’exprimer davantage, et contestera peut-être davantage. D’où l’accent mis jeudi par Hu Jintao sur la « gestion sociale » - un mélange de mesures policières, de censure et de propagande destiné à sauvegarder « l’harmonie sociale ». Le budget consacré à la sécurité intérieure est devenu, il y a peu, supérieur au budget de la Défense.


La justification idéologique à cette avancée vers le capitalisme a peu évolué. Selon Pékin, la Chine est au « stade initial du socialisme » - qui dans la théorie marxiste permet l’économie de marché. Le régime se défini comme un « socialisme aux caractéristiques chinoises », visant à rendre la pays « puissant et prospère ». « Il faut bien étudier, a dit Hu Jintao à l’attention des délégués. Et ne surtout jamais douter. »

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