La tension entre Pékin et Tokyo se déplace maintenant sur la mer

Des manifestations contre le Japon ont eu lieu dans une centaine de villes de Chine.
Photo: Agence France-Presse (photo) Des manifestations contre le Japon ont eu lieu dans une centaine de villes de Chine.

Après une semaine de manifestations violentes dans plus de 100 villes chinoises, la tension se déplace sur mer, autour des îles Senkaku contrôlées par Tokyo, mais revendiquées par Pékin en mer de Chine orientale.


Le débarquement de deux activistes nippons hier matin sur l’un des confettis convoités a fait craindre des escarmouches entre forces nippones et chinoises. Quelques heures plus tard, les garde-côtes japonais ont constaté l’arrivée de 11 bateaux gouvernementaux chinois à proximité de ces îlots inhabités et mis en garde l’un d’eux qui avait fait une brève incursion dans les eaux territoriales. En revanche, les forces navales nippones n’ont pas confirmé l’information selon laquelle une flottille d’un millier de bateaux de pêche se dirigeait vers les Senkaku que Pékin dénomme Diaoyu.


Si ces bateaux pénétraient pour de bon ses eaux territoriales, le Japon ne restera pas « les bras croisés », a affirmé un conseiller du premier ministre, Yoshihiko Noda, au quotidien Asahi Shimbun. Toute intrusion pourrait porter le différend à un « nouveau niveau » entre les deux géants d’Asie qui, triste hasard du calendrier, doivent célébrer le 29 septembre le 40e anniversaire de la normalisation de leur relation diplomatique.



Rester calme


Hier le chef du gouvernement a de nouveau exhorté les autorités chinoises à contrôler la situation et à protéger les 141 000 ressortissants japonais. Dimanche, Noda avait protesté et fait part de sa « grande déception. […] Nous continuerons à adopter une attitude résolue. Mais nous allons aussi rester calme. Le Japon demande à la partie chinoise d’en faire autant. » Le lendemain, son ministre des Affaires étrangères, Koichiro Gemba, ajoutait sa voix aux protestations pour fustiger des manifestations « qui ont atteint une échelle jamais vue, dont certaines ont tourné à l’émeute ».


Redoutant de nouvelles violences à l’occasion de l’anniversaire mardi de l’invasion de la Chine par le Japon en 1931, Tokyo avait mis en garde ses ressortissants. Les grands noms de l’industrie japonaise ont suspendu mardi leurs activités en Chine, certains n’excluant pas de prolonger cette pause pour garantir la sécurité de leur personnel. Toyota, leader mondial de l’automobile, a stoppé une partie de ses neuf usines qui emploient plus de 31 000 personnes et montent près de 800 000 véhicules par an. Honda a bouclé ses cinq sites jusqu’à jeudi matin. Dans le secteur de l’électronique, Panasonic et Sony ont procédé à des débrayages similaires. Et dans la grande distribution, le géant de l’habillement Uniqlo et ses 42 enseignes, les supermarchés Aeon et près de 200 supérettes ont baissé le rideau. La crise autour des îlots de la discorde pourrait mettre à mal les relations économiques entre deux géants d’Asie. Le Japon est le troisième partenaire de la Chine après l’Union européenne et les États-Unis. Leurs échanges commerciaux ont représenté en 2011 quelque 343 milliards de dollars. C’est en substance ce qu’a rappelé le premier ministre japonais dimanche : « Nous sommes la deuxième et la troisième économie du monde, et le développement de la Chine est dans l’intérêt du Japon. Je crois que nous pouvons surmonter le problème si nous gardons un point de vue plus large. »


Noda n’envisage pas un bras de fer commercial avec son partenaire chinois. S’il prône la fermeté dans cette crise, c’est d’abord pour répondre à ses détracteurs. Sixième premier ministre en six ans d’un pays en crise latente depuis une petite décennie, Yoshihiko Noda est à la tête d’une équipe impopulaire empêtrée dans des blocages politiques byzantins. Arrivé au pouvoir en 2009 après une alternance historique le Parti démocrate du Japon (PDJ, centre gauche) a largement déçu les attentes de renouveau. Il n’a pas su enrayer l’immense crise de confiance entre les Japonais et la classe politique. Le PDJ doit tenir compte d’une opinion publique hypercritique surtout depuis le tsunami du 11 mars 2011 et la catastrophe nucléaire de Fukushima. Surtout, il doit composer avec une opposition qui croit en ses chances de revenir aux affaires lors de probables législatives à l’automne.



Protéger le territoire


Sur l’affaire des Senkaku, le Parti libéral-démocrate (PLD, centre droit) n’a donc pas ménagé ses efforts pour mettre la pression sur Noda et le PDJ accusé de « faiblesse ». Les principaux candidats à la direction du PLD ont rivalisé de déclarations. « Nous avons appris du passé qu’une partie] du pays sera perdu si nous sommes pris au dépourvu, et nous devons prendre la responsabilité de protéger notre propre territoire », a ainsi tonné le secrétaire général du PLD, Nobuteru Ishihara, dont le père, gouverneur de Tokyo, a multiplié les déclarations haineuses anti-chinoises ces derniers mois. Le premier ministre, Yoshihiko Noda, est donc dans une position délicate. Lors de la précédente crise avec Pékin, en septembre 2010, autour des îles Senkaku/Diaoyu, la Chine avait fait pression sur le Japon qui voulait juger l’équipage d’un chalutier chinois ayant éperonné un navire des garde-côtes japonais. Finalement, les pêcheurs avaient été renvoyés en Chine sans procès. Pékin n’a pas oublié le précédent.