Chine - L'année du dragon et de la répression?

Des danseurs ont participé hier aux célébrations de la nouvelle année à Pékin.<br />
Photo: Agence Reuters David Gray Des danseurs ont participé hier aux célébrations de la nouvelle année à Pékin.

Pékin — L'année du dragon, qui commençait hier en Chine, est mal partie pour la dissidence. En l'espace d'un mois, Les autorités ont condamné trois militants démocrates à de longues peines de prison et inculpé un poète qui encourt une lourde condamnation.

La commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Navi Pillay, a déploré vendredi «une grave répression de la dissidence qui s'accentue». L'ONU, qui a dénoncé à plusieurs reprises ces derniers mois les «détentions secrètes» et «les disparitions» dont sont la cible de nombreux avocats et intellectuels, a demandé aux autorités «de cesser de punir les défenseurs des droits de l'homme qui exercent de manière pacifique leur droit fondamental à la liberté d'expression». Ces appels ont été balayés par un porte-parole officiel qui a qualifié cette répression de «légale» et «sans rapport avec les droits de l'homme».

Les disparitions, une pratique extrajudiciaire devenue très courante en Chine, pourraient être légalisées en mars par l'Assemblée nationale populaire. Si c'est le cas, la police pourra détenir qui bon lui semble sans en avertir sa famille pendant de six mois. «Le Parti communiste est en train de punir un à un les militants des libertés dans une campagne implacable destinée à faire taire la population», estime Amnesty International.

Li Tie, 52 ans, est le dernier démocrate en date à avoir été condamné, le 19 janvier à Wuhan, à dix ans de prison, pour «subversion du pouvoir de l'État». Treize essais publiés à l'étranger et sur Internet ont servi de pièces à conviction. L'un d'eux s'intitule La Dignité humaine est sacrée. Le 23 décembre, c'est Chen Xi, un membre du Forum des droits de l'homme du Guizhou, une association «illégale», qui a été condamné à dix ans de prison pour «incitation à la subversion». La cour lui reprochait d'avoir publié 36 essais politiques sur des sites Internet étrangers. La plupart d'entre eux sont censurés en Chine, mais il est possible d'y accéder en utilisant des artifices techniques relativement simples.

Mauvaise image


Des écrits postés sur des sites non chinois ont également servi de pièces à conviction pour la condamnation de l'écrivain Chen Wei, le 23 décembre, à neuf ans de prison, pour incitation à la subversion. Singulièrement, la peine semble avoir été infligée non pas en regard de son influence en Chine même, mais en raison de la mauvaise image qu'il donnait du gouvernement à l'étranger. «Les crimes de Chen Wei sont graves, car les articles qu'il a écrits sur Internet sont nombreux, influents et de nature provocante, lit-on dans l'énoncé du verdict. À la date du 25 février 2011, 11 articles postés sur des sites comme ChinaEWeekly et Human Rights in China ont des liens avec autres 37 sites internet et ont été lus 8524 fois, causant un impact extrêmement négatif.»

Zhu Yufu, un militant de 60 ans inculpé la semaine dernière pour «subversion», se voit quant à lui reprocher la mise en ligne d'un poème appelant au respect des libertés fondamentales. L'ambassadeur des États-Unis à Pékin, Gary Locke, a attribué la virulence de cette «campagne répressive», à la crainte de Pékin de voir éclore une «révolution du jasmin». L'écrivain Yu Jie y voit, pour sa part, surtout de l'arrogance: «Les policiers qui me tabassaient m'ont dit: le gouvernement chinois a plein d'argent, et il peut faire ce qui lui plaît.»