L'OTAN défiée au coeur même de Kaboul

Des policiers afghans ripostent aux tirs nourris des insurgés dans le quartier fortifié des ambassades, au centre de la capitale afghane.<br />
Photo: Agence Reuters Ahmad Masood Des policiers afghans ripostent aux tirs nourris des insurgés dans le quartier fortifié des ambassades, au centre de la capitale afghane.

Des tirs de roquettes et de fusils d'assaut ont atteint hier le quartier général des forces de l'OTAN et l'ambassade des États-Unis en plein centre de Kaboul. L'attaque rapidement revendiquée par les talibans n'a rien pour «intimider» les États-Unis, a répliqué la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton.

Ces deux importants symboles de la présence américaine et internationale dans le pays ont été la cible de l'attaque la plus directe depuis 2001, dans le quartier le plus sécurisé de tout l'Afghanistan. Des explosions se faisaient entendre ailleurs aussi dans Kaboul hier, et deux kamikazes s'en sont pris à des bâtiments de la police afghane dans l'ouest de la ville.

On rapporte au moins 7 morts et 15 blessés, policiers et civils afghans, au terme d'une journée de violences. Aucun militaire de l'OTAN ou travailleur étranger n'a été tué. L'ambassade, protégée par de hauts murs, n'a d'ailleurs subi que de légers dommages.

Les forces afghanes et celles de l'OTAN ont combattu conjointement les insurgés islamistes, qui ont aussi visé le centre des Services afghans de renseignement. Les échanges de tirs débutés en après-midi, heure locale, se sont poursuivis dans la ville jusqu'en soirée. Mais à minuit, la zone n'était toujours pas sécurisée. «La police fouille le bâtiment, un ou deux assaillants sont encore en vie» et «jettent des grenades», a déclaré à l'AFP Siddiq Siddiqi, un porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Le commando qui a ouvert le feu sur le quartier des ambassades — les autorités rapportent qu'ils étaient cinq — se trouvait tout en haut d'un bâtiment en construction. Un porte-parole du groupe, Zabihullah Mujahid, a déclaré que les assaillants étaient armés de lance-roquettes, de vestes d'explosifs et de fusils d'assaut AK-47.

Affront à la transition


Cette offensive des talibans survient en pleine période de transition en Afghanistan, deux jours après la commémoration des 10 ans des attentats terroristes du 11-Septembre. Les forces internationales se retirent tranquillement du pays, laissant le contrôle à l'armée et à la police afghanes. Le processus de transition s'achèvera en 2014. Certains analystes voient dans cette attaque une preuve que les autorités afghanes ne pourront maintenir l'ordre en Afghanistan.

Le président afghan, Hamid Karzaï, et le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, ont tous deux affirmé qu'ils ne se laisseront pas ébranler par l'attaque de Kaboul. «L'ennemi fait tout ce qu'il peut pour freiner ce processus de transition», sans pouvoir «l'empêcher», a déclaré Hamid Karzaï.

La Maison-Blanche a indiqué que les membres de la mission américaine en Afghanistan demeureront en poste et qu'ils traqueront les combattants qui ont mené l'opération à Kaboul. «Nous serons vigilants, mais nous allons continuer» à travailler dans le pays «avec un engagement encore plus fort», a dit Hillary Clinton.

Ces derniers mois, des kamikazes avaient réussi à entrer dans des endroits placés sous haute surveillance, comme un hôpital militaire de Kaboul et le ministère afghan de la Défense. Il y a près d'un mois, des insurgés prenaient d'assaut le siège du British Council à Kaboul.

Samedi dernier, un attentat suicide revendiqué par les talibans a eu lieu près d'une base de l'OTAN dans le centre de l'Afghanistan. Au total, l'offensive a fait 77 blessés chez les militaires américains, ainsi que 4 morts et 14 blessés parmi la population civile.

«Tentative désespérée»

Selon le professeur de science politique à l'Université Concordia Julian Schofield, les attaques survenues hier à Kaboul sont mineures. «C'est une tentative désespérée des talibans de montrer qu'ils ne sont pas morts encore. C'est mineur, mais ça indique tout de même qu'ils sont prêts à risquer leur vie.»

C'est certainement un signe de faiblesse des talibans, estime le professeur, rappelant que le groupe est sous pression puisqu'il manque de ressources financières. «Typiquement, quand les talibans sentent qu'ils gagnent [la guerre], il n'y pas de violence, car ils travaillent à établir des bases dans les villages du pays. C'est seulement quand ils sentent qu'ils perdent qu'ils attaquent», surtout dans les grandes villes, où ils trouvent moins d'appui.

Le professeur agrégé au Collège militaire royal du Canada Walter Dorn rappelle que les événements d'hier démontrent cependant que «les insurgés afghans peuvent cibler même les régions les plus lourdement fortifiées du pays [dans une] opération sophistiquée comportant un degré élevé de coopération avec des locaux pour traverser les points de contrôle avec des armes. Pour certains, cela veut dire qu'on ne peut négocier avec les talibans, mais pour moi, c'est une preuve de plus que la négociation est nécessaire pour amener la paix dans ce pays déchiré par la guerre», indique M. Dorn.

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Avec l'Agence France-Presse, l'Associated Press et le New York Times
5 commentaires
  • d i a n e - Inscrite 14 septembre 2011 03 h 27

    L'OTAN....

    L'OTAN en Libye: la résolution 1973 de l'ONU par sa résolutions no. 1973,
    demandait de protéger les Libyens s'ils étaient attaqués par les airs! et c'est l'OTAN même qui a attaqué les Libyens!

    L'OTAN, l'ONU, et autres: de la foutaise! Des fauteurs de troubles!!
    Le monde est devenu pourri!

  • Mariette Payeur - Inscrite 14 septembre 2011 09 h 17

    Suite logique

    Rien de surprenant à tout ça. Du moins pour tous ceux et celles qui ont bien suivi ce conflit. Conflit pendant lequel les talibans expulsés ont, constamment et progressivement, reconquis plus d'influence pour ne pas dire le contrôle sur de nombreux territoires. Et ça, malgré la présence militaire dévastatrice.
    Kaboul, surprotégé, était demeuré jusqu'à maintenant le seul endroit où l'OTAN prédominait. Cette surprotection semble avoir perdu de son efficacité.
    Le professeur de science politique à l'Université Concordia, Julian Schofield, laisse sous-entendre que ces attaques sont un signe de faiblesse de la part des talibans. On verra s'il a raison.

  • Kris13104 - Inscrit 14 septembre 2011 09 h 59

    Problème....

    Il est évidnt que les forces de l'OTAN souffrent d'un déficit d'information. Il est évident que les forces afghanes n'ont pas la capacité ou la volonté d'assumer cette fonction essentielle dans un conflit de ce type. Il est évident et c'est reconnu par les militaires sur sur le terrain, les talibans, eux, disposent des informations dont ils ont besoin pour monter leurs actions.
    Cela pose tactiquement un vrai et grave problème.
    Cette intervention de l'OTAN provoquée par la volonté américaine relève d'une erreur affichée de confusion entre Al Quaïda et les talibans, mais quelles sont les dessous des cartes dans une région stratégiquement importante pour les pétroliers texans.
    Enfin, ce type de conflit relève des afghans et les aides extèrieures ne peuvent que des aides et non l'inverse: les forces afghanes ne sont pour le moment que les supplétifs des forces étrangères, ce n'est pas la solution.

  • Gravelon - Inscrit 15 septembre 2011 09 h 34

    défaite

    Voici maintenant dix ans que l'OTAN est en Afghanistan, et les Talibans, non seulement n'ont pas été éliminés, mais se renforcent de plus en plus. Quand est-ce que l'OTAN avouera sa défaite. Cette guerre a été mal préparée, mal organisée et ne présentent aucune légitimité pour les Afghans. Les russes et les Britaniques se sont déjà cassés la gueule dans ce pays. Les américains, aveuglés par leur arrogance, ne tiennent pas compte des leçons de l'histoire, et ils le payent actuellement.

  • Gravelon - Inscrit 15 septembre 2011 09 h 38

    colonialisme

    Il ne faut pas se tromper, toutes les guerres récentes, Afghanistan, Irak, et récemment en Lybie, se sont des geurres coloniales. Elles visent L'accapration des ressources, et le positionnement géo-stratégique. Sauf que ça ne marche plus, le colonialisme est une pratique d'un autre âge, mais l'occident ne connait pas autre chose que la force ders armes. Comme dirait un philosophe, les civilisations ne sont jamais éliminées de l'extérieur, elles se suicident.