Après trois ans de prison - Pékin libère Hu Jia sans desserrer l'étau

Hu Jia en juin 2007 à Pékin<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Hu Jia en juin 2007 à Pékin

Un des dissidents chinois les plus connus, Hu Jia, 37 ans, a été libéré hier après trois ans de prison, quelques jours après un autre célèbre défenseur des droits de l'homme, l'artiste Ai Weiwei, mais tous deux ne s'exprimeront probablement pas, sous la pression des autorités. Il avait été condamné en avril 2008, quelques mois avant les Jeux olympiques, à trois ans et demi de prison, pour tentative de subversion.

L'activiste a été libéré ce week-end après trois ans de prison, mais il reste sous surveillance. C'est dans son appartement de Tongzhou, dans la banlieue de Pékin, là où il avait lui-même filmé sa mise en résidence surveillée, que le dissident Hu Jia a été remis en liberté discrètement dans la nuit de samedi à dimanche, après trois ans de détention pour ses critiques envers le régime chinois. Ce diplômé en informatique de la School of Economics de Pékin, âgé de 37 ans, s'était fait connaître par son engagement pour les causes environnementales et la défense des malades du sida au début des années 2000.

Ménage


Bien qu'il ait été un des premiers à utiliser les blogs pour diffuser ses écrits, il demeure un quasi-inconnu pour la plupart des Chinois; mais ses déclarations courageuses lui ont valu rapidement le respect du milieu activiste.

En septembre 2007, dans une lettre écrite conjointement avec l'avocat Teng Biao, il mettait en garde la communauté internationale contre l'illusion de Jeux olympiques bien sous tous rapports dans un pays où la répression avait fait le ménage.

Les deux auteurs avaient listé l'ensemble des abus et des injustices qu'ils reprochaient au gouvernement, depuis le tabassage de plaignants expulsés de chez eux jusqu'à la répression au Tibet. C'en était trop pour les autorités, qui l'avaient alors condamné, en avril 2008, à trois ans de prison pour «subversion au pouvoir de l'État».

Les protestations internationales et l'attribution du prix Sakharov par le Parlement européen n'ont pas empêché qu'il effectue la totalité de sa peine. Et, trois jours après la libération d'Ai Weiwei, le journal officiel Global Times se faisait fort de rappeler que «les pressions étrangères n'y sont pour rien». Mais pour Nicholas Bequelin, chercheur à Human Rights Watch, elles ont largement contribué à «améliorer les conditions de détention» de Hu Jia.

Ce dernier est sorti de prison, mais ce qui l'attend n'est pas encore la liberté. Il sera «privé pour un an de ses droits politiques» et, surtout, il ne pourra pas s'adresser aux médias, a prévenu sa femme sur Twitter.

Elle a d'ailleurs préféré confier leur fille de trois ans à ses parents pour lui éviter une vie sous surveillance permanente. L'ancienne habitude de se débarrasser des dissidents libérés en les expulsant à l'étranger semble ainsi avoir vécu. «Avec Internet, il est maintenant très aisé de maintenir le contact avec les activistes domestiques, ce qui rend l'exil bien moins efficace du point de vue des autorités», explique Nicholas Bequelin.

Cette libération peut, en tout cas, apparaître bien opportune alors que le premier ministre Wen Jiabao effectue une visite en Europe, mais pour HRW, qui a relevé plus de 130 arrestations politiques depuis février, «la Chine a perdu au plan international tout le "soft power" qu'elle avait acheté à grand prix avec l'organisation des J.o de 2008 [et] se rapproche de jour en jour du statut de paria des droits de l'homme.»

Libération

Charles Danzac

L'activiste a été libéré ce week-end après trois ans de prison, mais il reste sous surveillance. C'est dans son appartement de Tongzhou, dans la banlieue de Pékin, là où il avait lui-même filmé sa mise en résidence surveillée, que le dissident Hu Jia a été remis en liberté discrètement dans la nuit de samedi à dimanche, après trois ans de détention pour ses critiques envers le régime chinois. Ce diplômé en informatique de la School of Economics de Pékin, âgé de 37 ans, s'était fait connaître par son engagement pour les causes environnementales et la défense des malades du sida au début des années 2000.

Ménage


Bien qu'il ait été un des premiers à utiliser les blogs pour diffuser ses écrits, il demeure un quasi-inconnu pour la plupart des Chinois; mais ses déclarations courageuses lui ont valu rapidement le respect du milieu activiste.

En septembre 2007, dans une lettre écrite conjointement avec l'avocat Teng Biao, il mettait en garde la communauté internationale contre l'illusion de Jeux olympiques bien sous tous rapports dans un pays où la répression avait fait le ménage.

Les deux auteurs avaient listé l'ensemble des abus et des injustices qu'ils reprochaient au gouvernement, depuis le tabassage de plaignants expulsés de chez eux jusqu'à la répression au Tibet. C'en était trop pour les autorités, qui l'avaient alors condamné, en avril 2008, à trois ans de prison pour «subversion au pouvoir de l'État».

Les protestations internationales et l'attribution du prix Sakharov par le Parlement européen n'ont pas empêché qu'il effectue la totalité de sa peine. Et, trois jours après la libération d'Ai Weiwei, le journal officiel Global Times se faisait fort de rappeler que «les pressions étrangères n'y sont pour rien». Mais pour Nicholas Bequelin, chercheur à Human Rights Watch, elles ont largement contribué à «améliorer les conditions de détention» de Hu Jia.

Ce dernier est sorti de prison, mais ce qui l'attend n'est pas encore la liberté. Il sera «privé pour un an de ses droits politiques» et, surtout, il ne pourra pas s'adresser aux médias, a prévenu sa femme sur Twitter.

Elle a d'ailleurs préféré confier leur fille de trois ans à ses parents pour lui éviter une vie sous surveillance permanente. L'ancienne habitude de se débarrasser des dissidents libérés en les expulsant à l'étranger semble ainsi avoir vécu. «Avec Internet, il est maintenant très aisé de maintenir le contact avec les activistes domestiques, ce qui rend l'exil bien moins efficace du point de vue des autorités», explique Nicholas Bequelin.

Cette libération peut, en tout cas, apparaître bien opportune alors que le premier ministre Wen Jiabao effectue une visite en Europe, mais pour HRW, qui a relevé plus de 130 arrestations politiques depuis février, «la Chine a perdu au plan international tout le "soft power" qu'elle avait acheté à grand prix avec l'organisation des J.o de 2008 [et] se rapproche de jour en jour du statut de paria des droits de l'homme.»