La patience des Japonais s'épuise

Des soldats japonais traversent les ruines de la ville de Kamaishi. Le travail des secouristes dans les zones touchées par le séisme et le tsunami est maintenant compliqué par le froid et la neige.<br />
Photo: Agence Reuters Damir Sagolj Des soldats japonais traversent les ruines de la ville de Kamaishi. Le travail des secouristes dans les zones touchées par le séisme et le tsunami est maintenant compliqué par le froid et la neige.

Les signes d'impatience quant à la gestion de la crise nucléaire se multiplient au Japon alors que les «pompiers du nucléaire» essuient revers sur revers dans leurs tentatives de refroidir les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, surchauffés en raison de la panne du système de refroidissement causée il y a six jours par le séisme et le tsunami.

Des hélicoptères de l'armée japonaise ont déversé jeudi matin une grande quantité d'eau sur les réacteurs 3 et 4 afin de refroidir les barres de combustible qui menacent d'entrer en fusion. Les CH-47 Chinook ont largué à quelques reprises des milliers de litres d'eau sur les réacteurs endommagés. Les autorités envisageaient également jeudi en matinée d'utiliser des camions-citernes avec canon à eau pour arroser le réacteur 4.

D'autre part, la compagnie exploitant la centrale Fukushima-Daiichi, Tokyo Electric Power (Tepco), a fait savoir que la construction d'une nouvelle ligne d'alimentation électrique — qui pourrait réalimenter le système de refroidissement de la centrale nucléaire — est presque terminée. Celle-ci sera mise à l'essai dès que possible, a indiqué le porte-parole de la compagnie, Naoki Tsunoda, sans pour autant fournir un échéancier précis.

Les niveaux de radioactivité au complexe de Fukushima-Daiichi, sis dans le nord-est de l'île d'Honshu, ont encore augmenté mercredi, au point d'entraîner une évacuation temporaire des techniciens et des ingénieurs toujours à pied d'oeuvre afin de refroidir les réacteurs du site.

Le gouverneur de la préfecture de Fukushima, Yuhei Sato, a critiqué la gestion de l'évacuation de la zone autour de la centrale nucléaire située à 170 kilomètres au nord-est de Tokyo. «L'anxiété et la colère ressenties par les personnes ont atteint le point d'ébullition», a-t-il déclaré.

M. Sato a déploré que les centres d'hébergement bondés de personnes évacuées de leurs foyers situés à proximité de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi n'aient pas assez de repas chauds et de produits de base comme du carburant et des fournitures médicales. «Nous manquons de tout!», s'est-il exclamé. «Ils nous laissent mourir», a pour sa part lâché le maire de Minamisoma, Issei Watanabe.

Les médias japonais sont également devenus plus critiques de la gestion de la catastrophe naturelle, puis nucléaire par le premier ministre, Naoto Kan, accusant au passage le gouvernement et Tepco de ne pas fournir suffisamment d'information sur le cours des événements.

«Les gens ne sont pas contents, parce qu'on ne leur dit pas tout et que les premiers communiqués étaient très flous, très complexes à comprendre. Ce qui a donné tout de suite une impression de manque de transparence. Le gouvernement, lui, a fait l'erreur de ne faire que répéter ce que disait Tepco», explique le correspondant du Monde au Japon Philippe Mesmer, soulignant que le gouvernement de Naoto Kan était déjà «assez impopulaire» avant le séisme du 11 mars.

Deux poids, deux mesures

Le gouvernement japonais a enjoint à toutes les personnes habitant à 20 kilomètres ou moins de la centrale de Fukushima-Daiichi de prendre la poudre d'escampette, mais a appelé les quelque 140 000 personnes vivant entre 20 et 30 kilomètres du complexe à se calfeutrer chez elles.

L'ambassade des États-Unis à Tokyo a, elle, conseillé aux citoyens américains vivant à 80 kilomètres ou moins du complexe de quitter leur domicile «ou de se mettre à l'abri si une évacuation n'est pas possible en toute sécurité».

Le périmètre d'évacuation défini par Washington est ainsi plus grand que celui que les autorités japonaises ont mis en place de leur côté. L'ampleur de cette évacuation était liée aux niveaux «extrêmement élevés» des radiations censées s'échapper du réacteur 4 de Fukushima-Daiichi, a expliqué le président de l'Autorité américaine de régulation nucléaire (NRC), Gregory Jaczko, à l'occasion d'une audition devant le Congrès. «Nous pensons que l'enceinte de confinement secondaire a été détruite, qu'il n'y a plus d'eau dans les piscines à combustible usé et que les niveaux de radiations sont extrêmement élevés, ce qui pourrait remettre en cause les opérations de secours [menées sur place].»

La Maison-Blanche n'a pas commenté cette divergence entre les avis d'évacuation américain et japonais. «La crise a lieu au Japon. Évidemment, le gouvernement japonais décide de ce qu'il doit faire pour gérer cette crise et prévenir les populations», s'est contenté d'affirmer le porte-parole de Barack Obama, Jay Carney.

Le Canada a suggéré à ses ressortissants se trouvant dans la préfecture de Fukushima de se plier aux directives des autorités japonaises.

Ottawa dissuade tout voyage non essentiel dans la capitale et le nord-est du pays, mais contrairement à un nombre grandissant de pays, estime qu'il est encore trop tôt pour demander à ses ressortissants de quitter le Japon. «À ce moment-ci, nous ne croyons pas qu'il soit approprié d'émettre une telle recommandation, mais nous suivons la situation de près», a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon.

Pour sa part, le gouvernement français a exhorté ses citoyens à quitter Tokyo et à se réfugier dans le sud de l'archipel ou à rentrer en France, insistant auprès d'Air France de mobiliser des avions en Asie à cet effet.

La Chine est devenue mardi le premier pays à mettre sur pied une évacuation massive de ses ressortissants se trouvant dans la zone sinistrée. Plus de 3000 Chinois ont déjà été déménagés à Niigata, sur la côte ouest du Japon, selon l'agence Chine nouvelle.

Signe de la gravité des événements, l'empereur Akihito s'est adressé mercredi à ses sujets lors d'une allocution télévisée, ce qui est exceptionnel. Évoquant «les jours difficiles à venir», le souverain, âgé de 77 ans, a dit prier «pour que nous prenions tous soin les uns des autres et surmontions cette tragédie». Il s'est dit «profondément préoccupé» par la situation «imprévisible» dans la centrale de Fukushima-Daiichi.

Le bilan officiel du séisme et du tsunami s'établissait mercredi soir à 4314 morts, 8 606 disparus et 2282 blessés.

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D'après la BBC, l'AP, l'AFP et Reuters
6 commentaires
  • gilbert gagnon - Inscrit 17 mars 2011 08 h 21

    budjet

    on veux couper dans les rentes du quebec `.on depensent 30 milliard pour soigner les personnes ager et on coupent pour les nourirent apes les avoir soigner .les soings les etudent et tous les autre depensent sont des gouffent sent fond .pour les personnes ager sa sa ce doit daitrent rantablent .quand on travaillaient pour rien ,en 1964 quand j,ai debuter a travailler mon sallaire etais de 60.00¢pour 45 heures d ouvrage dans la construction.on a bati le quebec au salair minimum .il arrivent presentement des emigrer qui resoivent plus de rente que moi pour 2 ou 5 ans de travailent .moi j,ai travailler 45 ans ici et on me dit aujourd,hui qu,on me fait la chariter en me donnent une petite rente de plus ou moind 600.00¢ par mois .a quand le menagent dans cette fonction publique cet mafias pibique .ce sont eux le probleme ,les politiciens ne sont que leur porteur de papier

  • Pierre Cossette - Inscrit 17 mars 2011 09 h 05

    Assisterons-nous ...

    à la l'explosion du caractère autrement posé du peuple du Soleil-Levant ? La gêne, voire stoïcité, proverbiale des japonais se transformera-t-elle en vindicte face à la fatalité qui s'abat sur elle ? Il n'y a pas de pire scénario, la nation la plus avancée technologiquement de la planète paralysée par la nature déchaînée. Au moins l'archipel peut puiser dans des réserves insoupçonnées de yens et pour le moment maintient avec peine le couvercle sur la marmite. Marmite de sa population sinistrée mais aussi celle du système monétaire international et sa propension à fuir l'instabilité. Le cousin chinois, qui a déjà dépassé le maître au deuxième échelon de l'économie planétaire, assiste avec un air hautain de ses dirigeants à l'effondrement de son voisin qui le repositionnera assurément en Asie du Sud-Est. Malheureusement à moins d'un miracle l'avenir est pour le moins incertain pour ce peuple qui en découd avec le nucléaire depuis plus de soixante ans militairement et industriellement.

  • Jacques Morissette - Inscrit 17 mars 2011 09 h 50

    La patience...

    Je dirais aussi le courage qui lui, j'espère, saura les remettre sur les rails.

    En passant, je ne comprends pas ce que le texte de M. Ggnon fait ici? Il s'est peut-être trompé avec un autre texte ailleurs dans le blogue du Devoir?

  • Sanzalure - Inscrit 17 mars 2011 11 h 08

    Le nucléaire, une grave erreur

    Ce qui se passe maintenant au Japon, va se passer un jour ou l'autre avec chacune des 442 centrales nucléaires de la planète.

    Serge Grenier

  • Linda Delorme - Inscrite 17 mars 2011 15 h 42

    Et les survivants, eux?

    Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi, 7 jours après le tremblement de terre et le tsunami, la distribution d'eau et de nourriture aux rescapés et aux évacués japonais n'est toujours pas organisée?????