Clément Gignac en Inde - Amiante: Québec cherche une façon d'aller de l'avant

«Il est évident qu’avant d’aller de l’avant avec le projet qui nous est soumis, je trouve très important d’obtenir davantage d’information pour qu’on puisse se faire une tête sur ce qui se passe ici en rapport avec l’utilisation de l’amiante», a déclaré hier le ministre Gignac.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Il est évident qu’avant d’aller de l’avant avec le projet qui nous est soumis, je trouve très important d’obtenir davantage d’information pour qu’on puisse se faire une tête sur ce qui se passe ici en rapport avec l’utilisation de l’amiante», a déclaré hier le ministre Gignac.

New Delhi — Estimant toujours qu'il y a moyen d'utiliser l'amiante de manière à ne faire courir aucun risque à la santé des travailleurs, le ministre du Développement économique, Clément Gignac, qui clôturait hier une mission économique d'une semaine qui l'a mené à Mumbaï et Delhi, dit qu'il n'approuvera pas le projet d'expansion de la mine Jeffrey, à Asbestos, avant d'avoir acquis la conviction qu'on en ferait une utilisation sûre en Inde.

Il a affirmé en entrevue avoir soulevé la question, jeudi, avec le ministre indien des Mines et lui avoir proposé de fournir à l'Inde l'expertise de la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec (CSST) en la matière. «Le ministre a pris bonne note.» Il a indiqué que des responsables de la CSST accompagnant la mission avaient rencontré cette semaine leurs vis-à-vis du ministère indien du Travail. «Il est évident qu'avant d'aller de l'avant avec le projet qui nous est soumis, je trouve très important d'obtenir davantage d'information pour qu'on puisse se faire une tête sur ce qui se passe ici en rapport avec l'utilisation de l'amiante. On continue de poser des questions; on n'est pas insensible au débat que cela soulève.»

Poser des questions? Des membres de l'entourage de M. Gignac, dont son sous-ministre, ont rencontré hier matin des représentants d'une des principales ONG anti-amiante, Occupational and Environmental Health Network of India (OEHNI). «Ils ont comparé l'amiante à la cigarette et réaffirmé qu'à leur avis le minéral pouvait être utilisé de façon sûre, a résumé Mohit Gupta, responsable d'OEHNI. Je dirais qu'ils cherchent une façon polie d'aller de l'avant.»

En tout cas, M. Gignac semblait hier se montrer un peu moins catégoriquement favorable que ne l'est le premier ministre Jean Charest à l'importation d'amiante québécois en Inde. L'Organisation mondiale de la santé évalue à plus de 100 000 par année le nombre de morts que font les maladies liées à la poussière d'amiante (asbestose, cancer du poumon et mésothéliome) dans le monde. Ils seraient 8000 par année à en mourir dans le sous-continent. Les directeurs de la santé publique des 17 régions du Québec, ajoutant leur voix à celles d'une longue liste d'experts médicaux totalement en désaccord avec l'idée que le minéral cancérigène puisse être manipulé de façon parfaitement sûre, ont récemment écrit une lettre à M. Gignac pour l'exhorter à refuser de soutenir financièrement la relance de la mine Jeffrey — dont les entreprises indiennes d'amiante-ciment sont les principaux clients. Un projet de 80 millions de dollars qui garantirait 450 emplois à temps plein pour les 20 prochaines années. «Je sais bien que le respect des normes de santé au travail n'est pas en Inde ce qu'il est au Québec», a dit le ministre.

En tout cas, M. Gignac semblait hier se montrer un peu moins catégoriquement favorable que ne l'est le premier ministre Jean Charest à l'importation d'amiante québécois en Inde. L'Organisation mondiale de la santé évalue à plus de 100 000 par année le nombre de morts que font les maladies liées à la poussière d'amiante (asbestose, cancer du poumon et mésothéliome) dans le monde. Ils seraient 8000 par année à en mourir dans le sous-continent. Les directeurs de la santé publique des 17 régions du Québec, ajoutant leur voix à celles d'une longue liste d'experts médicaux totalement en désaccord avec l'idée que le minéral cancérigène puisse être manipulé de façon parfaitement sûre, ont récemment écrit une lettre à M. Gignac pour l'exhorter à refuser de soutenir financièrement la relance de la mine Jeffrey — dont les entreprises indiennes d'amiante-ciment sont les principaux clients. Un projet de 80 millions de dollars qui garantirait 450 emplois à temps plein pour les 20 prochaines années. «Je sais bien que le respect des normes de santé au travail n'est pas en Inde ce qu'il est au Québec», a dit le ministre.

Mission de suivi

La mission économique de M. Gignac, qui était accompagné d’une cinquantaine de gens d’affaires, en était une de suivi par rapport à celle que M. Charest a effectuée il y un an en Inde. Le gouvernement québécois comme le gouvernement fédéral mettent les bouchées doubles depuis quelques années pour tenter d’améliorer leurs échanges commerciaux anémiques avec l’Inde. Québec concentre ses efforts sur les secteurs de l’éducation, de l’énergie et des technologies de l’information. M. Gignac a eu plusieurs rencontres ministérielles à Delhi et à Mumbaï. Faisait partie de la délégation l’un des responsables de la société Balcorp, l’entreprise qui tente de faire l’acquisition de Mine Jeffrey (MJ). «Balcorp est active dans d’autres domaines, comme ceux des médicaments et de l’alimentation», a indiqué Harshal Owalekar, affirmant que la question de MJ n’avait absolument pas fait partie cette semaine de son emploi du temps.
4 commentaires
  • pellesi - Abonné 5 février 2011 08 h 33

    General Dynamics

    Comme par hasard c'est suite à l'achat par notre gouvernement, en 1981, d’ Asbestos Corp, filiale de la General Dynamics, que ce produit industriel est devenu plus dangereux que les autres.
    C'est notre argent qui a financé le lobby anti-amiante. Les autres produits industriels, par exemple le benzène, l'acide sulfurique, l'essence, les plastiques CPVC, ABS sont aussi dangereux. En suivant cette logique, il faudrait interdire certaines essences de bois comme le teck, l'acajou, le chêne et autres, car lors de leur façonnage des poussières nocives sont émises.
    Je ne comprends pas que des scientifiques, médecins et autres se laissent ainsi manipuler. Comme pour les médecins, dentistes opposés aux projets de mines d'uranium comment peuvent-ils utiliser dans leurs pratiques les rayons X et la médecine nucléaire ?

  • François Dugal - Inscrit 5 février 2011 10 h 04

    Enrichissons notre vocabulaire

    Inutile: superflu, creux, stérile, vide, infructueux; un voyage inutile.

  • Michelle Bergeron - Inscrit 5 février 2011 15 h 15

    Quand la santé parle

    Et oui il est prouvé tout comme la pollution par la combustion du bois qui est nocive pour la santé mais les lobbys sont trop puissant pour que le gros bon sens et la santé l'emporte. Pourtant dans les deux cas les preuves scientifique ne sont plus à faire. Vraiment l'argent l'emporte sur le gros bon sens. Le gouvernement doit écouter les scientifiques et non des gens qui ont des intérêts financiers.

  • Matt G - Inscrit 5 février 2011 23 h 35

    Amiante: avantageux pour les pays en développement

    L'amiante peut être un produit avantageux pour les pays en développement comme l'Inde. C'est un matériaux de construction beaucoup moins cher que les produits substituts et permet à ces pays de se développer plus rapidement. Ils peuvent constuire ainsi davantage d'hopitaux, d'écoles, d'infrastructures essentielles etc. Les risques reliés à l'amiante sont inférieurs aux bienfaits engendrés par les nouvelles infrastructures. Dans les pays comme le Canada et les ÉU, nous pouvons nous permettre d'utiliser d'autres matériaux plus dispendieux, et la construction d'infrastructure n'est pas question de vie ou de mort pour des centaines de milliers d'habitants.
    Ceci-dit, il est dans notre devoir moral d'éduquer les importeurs de nos produits comment les utiliser de la manière la plus sécuritaire possible.