La Chine a de plus en plus d'appétit pour le boeuf et le porc

Une marchande attend les clients dans le marché de Hefei, dans l’est de la Chine.
Photo: Agence France-Presse (photo) Une marchande attend les clients dans le marché de Hefei, dans l’est de la Chine.

Pékin — La présence de la Chine sur le marché des matières premières agricoles pourrait provoquer une hausse des cours en 2011, notamment du bœuf et du porc, alors que les producteurs peinent à répondre à une demande croissante.

Conséquence du développement rapide de la deuxième économie mondiale, il est de plus en plus difficile pour Pékin d'équilibrer l'offre et la demande de nombreuses matières premières . Au cours des deux dernières années, l'appétit chinois pour ce secteur s'est ainsi déjà répercuté sur les cours du charbon, du cuivre ou encore du maïs.

Les cours du boeuf, voire du porc, pourraient à leur tour être affectés par une demande chinoise en forte croissance.

Cette hausse de la demande implique en effet un plus grand recours aux céréales nécessaires à l'alimentation des élevages. Or, la Chine pourrait décider de privilégier l'importation de boeuf plutôt que celle des céréales.

«La demande de boeuf progresse de façon constante, mais les réserves de bovins reculent beaucoup», explique Wang Jimin, chercheur à la China Academy of Agricultural Sciences.

«Le coût élevé de l'élevage, conjugué à de faibles bénéfices, a conduit les éleveurs à supprimer leurs cheptels de boeufs.»

La semaine dernière, le ministre du Commerce chinois Chen Deming a déclaré que la Chine devait accroître l'année prochaine ses réserves de viande, de sucre ainsi que d'autres matières premières, alimentant le scénario d'un potentiel bond de la demande.

En outre, si le boeuf reste encore un produit haut de gamme en Chine, les goûts de la population urbaine évoluent, de même que le budget consacré à l'alimentation. Cette tendance devrait d'ailleurs être encouragée par une nouvelle hausse de 21 % du salaire minimum à partir du 1er janvier 2011, six mois après une augmentation de 20 %.

Simultanément, un article publié par le Département de l'agriculture américain en septembre estime que la production de boeuf en Chine devrait reculer de 2 % cette même année, pour s'établir à 5,45 millions de tonnes. Les importations devraient en revanche progresser de 20 % à 30 000 tonnes.

Les importations de bétail vivant devraient par ailleurs doubler cette année et atteindre 90 000 têtes, puis croître de nouveau en 2011, pour répondre à la demande de produits laitiers.

La demande pour le boeuf chinois grimperait de 30 %


La Chine a accepté ce mois-ci de rouvrir son marché aux importations de bovins en provenance du Canada et des États-Unis, interdites depuis 2003 par crainte d'une propagation de la maladie de la vache folle.

Pan Chenjun, analyste senior chez Rabobank, estime que la demande de boeuf devrait probablement atteindre 7,4 millions de tonnes en 2015, ce qui représente une hausse de 30 % par rapport à 2009. Cette année-là, la demande chinoise s'était établie à 5,7 millions de tonnes, soit 10 % des 56,7 millions de tonnes de boeuf produites dans le monde.

Pays exportateur de boeuf depuis 2004, avec environ 10 000 à 60 000 tonnes de viandes expédiées chaque année à l'étranger, la Chine est finalement devenue en 2010 pays importateur de viande bovine, avec 2200 tonnes importées sur les 11 premiers mois de l'année.

Dans ce contexte, les contrats à termes américains sur le bétail et le porc intègrent déjà cette hausse de la demande chinoise et évoluent respectivement autour d'un plus haut de deux ans et de six mois.

Réapprovisionnement imminent

En effet, après le boeuf, le porc pourrait avoir la faveur des importations chinoises.

Les Chinois sont de gros consommateurs de porc, absorbant à eux seuls la moitié de la production mondiale, qui s'élève à 101,5 millions de tonnes. Pour répondre à ses besoins, la Chine a importé 71 000 tonnes de porc sur les 11 premiers mois de l'année et est devenue le quatrième pays importateur de porc. Toutefois, Pékin ne devrait pas faire des réserves de grande échelle, car les stocks de viande de porc exigent d'être renouvelés tous les six mois.

La Chine a écoulé d'importants volumes de maïs, de coton et de sucre, puisés dans ses réserves, afin de soulager la pression sur le marché intérieur et de juguler la hausse des prix. Pékin devrait donc prochainement se réapprovisionner auprès des marchés.

«Nous nous attendons à ce que la Chine fasse irruption et importe davantage, car elle s'efforce de maîtriser l'inflation des produits alimentaires», commente Ker Chung Yang, analyste chez Philip Futures. Selon lui, Pékin devrait commencer à importer davantage dès le début du mois de janvier.

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