La tension monte entre les deux Corées

Selon l’état-major de la Corée du Sud, le bombardement nord-coréen a tué deux soldats et a détruit des dizaines de maisons sur l’île Yeonpyeong, située dans la mer Jaune.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Selon l’état-major de la Corée du Sud, le bombardement nord-coréen a tué deux soldats et a détruit des dizaines de maisons sur l’île Yeonpyeong, située dans la mer Jaune.

La tension s'élève à un niveau inégalé depuis au moins 10 ans dans la péninsule coréenne. La Corée du Nord a bombardé une île sud-coréenne à la frontière maritime entre les deux États asiatiques, attaque à laquelle Séoul a répliqué.

Selon l'état-major de la Corée du Sud, le bombardement nord-coréen a tué deux soldats et a détruit des dizaines de maisons sur l'île Yeonpyeong, située dans la mer Jaune. Il s'agit d'une des plus importantes attaques depuis l'armistice de 1953, qui a marqué la fin de la guerre de Corée.

D'après la chaîne de télévision sud-coréenne YTN, au moins 200 obus ont touché l'île, surtout une base militaire, en une heure. De grandes colonnes de fumée s'élevaient dans le ciel. L'armée sud-coréenne a riposté ensuite. Pyongyang fait plutôt le scénario inverse, affirmant avoir répondu aux tirs venant du Sud. Séoul a menacé de mener des représailles plus féroces si Pyongyang continuait les provocations.

Rapidement, les grandes puissances, sauf la Chine, ont condamné les tirs nord-coréens. Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a dénoncé la «grave menace à la sécurité internationale» que représentent les mesures provocatrices de la Corée du Nord sur sa voisine du Sud, et même la Russie a vivement critiqué l'attaque, qualifiant l'action nord-coréenne de «danger colossal» qui pourrait faire dégénérer la situation. La Chine a quant à elle manifesté sa «préoccupation» et son désir que les deux États agissent pour contribuer à la paix dans la péninsule. L'Organisation des Nations unies a appelé les deux «frères ennemis» à régler le conflit entre eux, de façon «pacifique».

Le Pentagone a indiqué qu'aucune action militaire n'était envisagée, alors que 28 000 soldats américains sont toujours en poste en Corée du Sud. Le président américain, Barack Obama, a affirmé qu'il rencontrerait prochainement son homologue à Séoul, Lee Myung-bak, pour convenir de l'attitude à adopter et a ajouté que la communauté internationale doit reconnaître le fait que la Corée du Nord représente «une menace sérieuse et continue dont il faut s'occuper».

La Chine

En fin de journée hier, Barack Obama a invité la Chine à rappeler à la Corée du Nord qu'«il existe un ensemble de règles internationales qu'elle doit respecter». La Chine fait partie des six États (avec les deux Corées, le Japon, les États-Unis et la Russie) qui se sont rencontrés depuis 2003 pour négocier le désarmement nucléaire de la Corée du Nord, mais est également un allié historique de Pyongyang. La Corée du Nord a quitté la table de négociation des «Six» au printemps 2009.

Plus tôt en après-midi, des représentants du Congrès américain, démocrates comme républicains, exhortaient le président à demander à la Chine d'intervenir. «La Chine, qui exerce une importante influence sur la Corée du Nord, doit cesser de favoriser le régime et se joindre au message sans équivoque adressé par les nations responsables à Pyongyang: "Abandonnez votre programme agressif"», a dit la républicaine Ilena Ros-Lehtinen.

Si la communauté internationale a intérêt à demeurer calme, elle doit également faire «d'énormes pressions» sur la Chine pour qu'elle fasse à son tour des pressions sur la Corée du Nord, selon le professeur de science politique à l'Université Laval, Gérard Hervouet. «Il le faut absolument, insiste le spécialiste de l'Asie. C'est la Chine qui approvisionne la Corée. Reste à voir jusqu'où la Chine peut aller sans perdre la face et sans mener des actions trop musclées.»

Un épisode «inédit»


Le professeur Hervouet voit un changement de stratégie du côté de Pyongyang, parle d'un épisode «inédit». «C'est la première fois depuis l'armistice que c'est fait de façon aussi délibérée. Depuis 1953, il y a eu de nombreuses actions, mais chaque fois, on pouvait se demander "Est-ce un accident? Est-ce arrivé par mégarde?" Mais avec plus de 200 obus cette fois, c'est un acte de guerre.» Si la tendance actuelle banalise les violences dans la péninsule coréenne, M. Hervouet estime que la situation n'est jamais à l'abri d'une dégénérescence.

Le professeur retraité de l'Université McGill Sam Noumoff estime quant à lui que la version des faits de Pyongyang est aussi plausible. «Des exercices des armées américaine et sud-coréenne étaient en cours à ce moment-là et je considère qu'il est plus probable que de façon préméditée ou accidentelle, des tirs d'artillerie aient été lancés au-delà de la frontière [séparant les deux Corées], au nord», déclenchant les tirs nord-coréens.

Le tout survient quelques jours après que le New York Times eut révélé l'existence d'une nouvelle usine d'enrichissement d'uranium dotée d'entre 1000 et 2000 centrifugeuses, qu'un scientifique américain a récemment été invité à visiter.

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters
10 commentaires
  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 24 novembre 2010 07 h 23

    Les oublis d'Obama.

    Barack, en invitant la Chine à rappeler à la la Corée du Nord «qu'il existe un ensemble de règles internationales qu'il faut respecter», devrait d,abord prêcher par l'exemple et accélérer la fermeture de la prison de Guantanamo. Et faire traduire en justice tous les criminels de guerre qui circulent encore librement dans ce pays suite aux interventions militaires à l'étranger qu'ils ont effectuées en dehors de tout droit international . ( Ex: Irak 2003, Panama 1989, Grenade, Vietnam, bombardements en Libye, Pakistan, Somalie, Soudan, etc.

  • Gilbert Talbot - Abonné 24 novembre 2010 10 h 50

    Qui dit vrai ?

    Il y a de la surenchère des deux côtés. On ne sait plus vraiment à qui se fier dans ce dossier hyper-sensible de la géopolitique mondiale. Au-delà de l'escarmouche militaire, il y a les énormes intérêts de la Cinine et des États-Unis. Les deux Corées jouent le rôle de pion de ces deux grands, depuis la guerre qui a divisé le pays en deux.

  • Jean-Bernard Lavoie - Abonné 24 novembre 2010 11 h 06

    La version de Pyongyang est plausible

    "Pour ceux qui ne comprennent pas qu'économie et guerre sont intimement liées, voici une petite piqûre de rappel.
    La finance US est en phase terminale (mon analyse bientôt) et il ne reste plus aux USA qu'une seule solution : passer en économie de guerre.

    En effet, les médias n'indiquent pas que les États-Unis et la Corée du Sud sont liés depuis 1953 par un traité de défense mutuelle dont l'article III précise:
    "Chaque Partie reconnaît que toute attaque armée dans la région du Pacifique
    contre l'une des Parties...compromettrait la paix et la sécurité de son propre territoire et déclare qu'elle
    prendra les mesures nécessaires pour parer au danger commun, conformément à
    ses procédures constitutionnelles."
    Source : http://untreaty.un.org/unts/1_60000/7/5/00012222.p

    Pour rappel, 25 000 soldats US sont stationnés en Corée du Sud et, en cas d'agression de celle-ci, les Etats-Unis devraient exercer le commandement militaire de la région.
    Tout le monde se posait la question de savoir où démarreraient les hostilités (Iran, Vénézuela ou Corée). Voici la réponse."

    Gilles Bonafi


    Je ne fais pas confiance aux États-Unis. Quand on sait qu'ils sont à l'origine de la plupart des guerres depuis la deuxième guerre mondiale. Ils n'hésitent jamais à provoquer ou soutenir des coups d'état quand leur hégémonie est remise en cause. Si ça ne fonctionne pas, ils envoient l'armée... C'est toujours la même chose!

  • André Michaud - Inscrit 24 novembre 2010 11 h 18

    On veut du fric?

    La Corée du Nord est avec Cuba le dernier bastion communiste pur et dur et son économie comme celle de Cuba est catastrophique!!

    Depuis quelques années la Corée du Nord exerce un certain chantage pour avoir du fric des USA sinon... Est-ce que cette attaque fait partie de ce plan pour avoir du fric des pays capitalistes pour camoufler l'échec cuisant de l'économie communiste? La Corée sait que Obama ne se lancera pas dans une guerre contre la Corée, il a déja les mains pleines avec L'Irak et L'Afghanistan..

    En Chine, Mao dans ses dernières années a constaté son échec de vouloir imposer une économie communiste a tout prix..et a nommé Deng Xiaoping pour ouvrir le marché..avec tout le succès que l'on connait (350 millions de moins de pauvres dans les derniers 20 ans!!)
    Sans ce virage la Chine serait devenue aussi un grand danger... Hélas le grand timonier Coréen est moins réaliste, et persiste a imposer une économie communiste désastreuse pour les citoyens..

  • BROMONTOIS - Inscrit 24 novembre 2010 15 h 40

    @ Denise Dallaire .

    Lorsque l'on critique , on se doit de présenter une alternative .
    Si je vous comprend bien on devrait signifier aux É.U. que nous cancellons nos alliances et appuyons aveuglément la Corée du Nord et pourquoi pas la Chine et l'Iran .
    Demandons aussi l'association avec la Russie qui pourra exploiter sans réserve le pétrole du nord et nous offrira certainement un bouclier de missiles en cas d'attaque des Américains.
    Comme nous les Américains sont gris et aucune nation n'est complêtement blanche .
    Dans le gris peut-on choisir comme alliés les plus pâles .
    À moins que l'on se croit blanc pur et voulont faire cavalier à part en se créant une armée invincible et des réserves d'armes nucléaires à faire trembler les autres nations .