Les deux Corées s’échangent des tirs d’artillerie, faisant deux morts

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Photo: KBS/APTN/AP Photo provenant de la chaîne de télévision KBS, pendant l'échange de tir.

Regain de tension dans la péninsule coréenne. Séoul a riposté militairement aujourd’hui au bombardement d’une île sud-coréenne par la Corée du Nord, qui a fait deux morts et 18 blessés. La Chine a lancé un appel au calme, tandis que les États-Unis ont condamné l’attaque de Pyongyang (Corée du Nord).

L’armée sud-coréenne était en état d’alerte après l’affrontement, une des confrontations les plus spectaculaires entre les deux Corées depuis la fin de la guerre dans la péninsule (1950-53), et l’une des rares à avoir mis des civils en danger.

L’armée nord-coréenne avait envoyé un message aux forces sud-coréennes tôt mardi matin pour exiger l’arrêt d’exercices militaires dans la zone de l’île de Yeonpyeong, proche de la frontière maritime contestée entre les deux Corées. Face au refus de Séoul, le Nord a bombardé la petite île sud-coréenne — située à 120 kilomètres à l’ouest de la Corée du Sud mais à seulement 11 kilomètres du Nord — qui abrite des installations militaires et compte 1700 habitants.

La Corée du Sud a riposté en tirant des obus de 155mm et en envoyant des avions de combat. Elle a averti que ces représailles étaient susceptibles d’infliger de lourdes pertes à la Corée du Nord. L’échange de tirs a duré au total une heure environ.

Les deux parties se sont menacées mutuellement d’une nouvelle offensive. Les autorités sud-coréennes ont estimé que le bombardement nord-coréen était une attaque «inhumaine» violant l’armistice de 1953 ayant mis fin à la guerre de Corée. Le président sud-coréen Lee Myung-bak, qui a convoqué une réunion de sécurité d’urgence peu après le bombardement, a affirmé qu’une «attaque aveugle contre des civils ne pouvait jamais être tolérée».

De son côté, le commandement militaire suprême nord-coréen a menacé de lancer de nouvelles attaques si Séoul violait leur frontière maritime, ne serait-ce que de «0,001 millimètre», selon l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA.

Le bombardement de l’île a tué deux soldats sud-coréens et fait 18 blessés: 15 soldats et trois civils. Aucun bilan n’a été communiqué du côté de la Corée du Nord après la riposte sud-coréenne.

Durant l’attaque nord-coréenne, les habitants de Yeonpyeong se sont réfugiés dans une vingtaine d’abris. Des dizaines de bâtiments de l’île ont été endommagés par le bombardement. La chaîne sud-coréenne YTN a diffusé des images d’épaisses colonnes de fumée noire s’élevant de maisons.

Le secrétaire général de l’ONU et les États-Unis, qui maintiennent plus de 28 000 soldats en Corée du Sud, ont condamné l’attaque nord-coréenne lors de réactions séparées. Ban Ki-moon a évoqué l’«un des plus graves incidents depuis la fin de la guerre de Corée».

À Washington, le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, a demandé à Pyongyang de mettre fin à «son action belliqueuse», et a souligné «l’engagement ferme» des États-Unis en faveur de la défense de la Corée du Sud et du maintien de «la stabilité et de la paix dans la région».

La Chine, alliée de Pyongyang mais qui entretient également des liens commerciaux étroits avec la Corée du Sud, a appelé les deux parties au calme. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hong Lei les a exhortées à «faire plus pour contribuer à la paix et à la stabilité sur la péninsule».

La Corée du Sud avait commencé lundi des exercices militaires dans la zone de Yeonpyeong, durant lesquels elle a procédé à des tirs d’artillerie en direction opposée à la Corée du Nord, a précisé un responsable de l’armée sud-coréenne sous le couvert de l’anonymat. Dans un communiqué, Pyongyang affirme n’avoir fait que réagir à une «provocation», reprochant à Séoul d’avoir tiré des «dizaines d’obus à l’intérieur des eaux territoriales» du Nord.

Les deux Corées restent formellement en guerre, aucun traité de paix n’ayant été signé après la fin du conflit dans la péninsule en 1953. Le Nord ne reconnaît pas la frontière maritime occidentale établie unilatéralement par les Nations unies, et trois accrochages sanglants se sont produits dans cette zone ces dernières années.

En mars, le naufrage d’une corvette sud-coréenne avait fait 46 morts. Séoul avait dénoncé un torpillage nord-coréen, mais Pyongyang a démenti toute implication.