La preuve qui torpille Pyongyang

Tokyo — Une torpille de type CHT-025, chargée de 250 kilos d'explosifs et lancée par un sous-marin nord-coréen, a coulé, le 26 mars, la corvette sud-coréenne de 1200 tonnes Cheonan, faisant 46 morts.

«Les preuves sont accablantes», a accusé hier, à Séoul, Yoon Duk-yong, un responsable de la commission d'enquête. Une inscription, en nord-coréen, a été découverte ce week-end sur une pièce présentée comme un fragment de la torpille. La Corée du Sud assure aussi savoir que «des petits sous-marins ont quitté une base navale nord-coréenne deux à trois jours avant l'attaque».

Autres pièces clés: le ministère de la Défense sud-coréen a fait savoir qu'il détenait deux vidéos montrant le naufrage du Cheonan, mais qu'il refuse de dévoiler, suscitant doutes et critiques.

Malgré tout, la Corée du Sud entend bien porter l'affaire devant le Conseil de sécurité de l'ONU. Séoul a déjà obtenu le «soutien total» du Japon, dont le premier ministre, Yukio Hatoyama, juge «impardonnable» le «torpillage» du navire.

À présent, la Corée du Sud prépare ses premières mesures de rétorsion. Elle envisage d'interdire bientôt ses eaux territoriales à tout navire nord-coréen, ce qui fait que plus aucun bateau ne pourra alors franchir le détroit de Jeju. Des exercices conjoints en mer entre Sud-Coréens et Américains pour «contrôler» — en clair neutraliser — des sous-marins nord-coréens aventureux sont même déjà planifiés.

Les États-Unis, de leur côté, ont décidé de déployer des bâtiments de leur 7e flotte — celle du Pacifique — en mer Jaune (mer du Japon), dont probablement un porte-avions — ce fut le cas à l'été et à l'automne 2009 quand le USS George Washington s'était mis en position entre la Corée du Nord et l'archipel des Philippines.

Pour certains, à Séoul, l'activisme du premier ministre, Lee Myung-bak, dans cette affaire n'est peut-être pas désintéressé. La Corée du Sud est en effet en campagne électorale et des élections régionales se tiendront le 2 juin. «Alors que notre pays connaît de sérieux problèmes socio-économiques, Lee peut être tenté, avec cette affaire, de faire diversion et d'éviter les sujets qui fâchent», analyse un politologue à Séoul. En souvenir des marins disparus, Lee Myung-bak appelle aujourd'hui son pays à «l'unité nationale».