Thaïlande - Après les émeutes, le couvre-feu

Tristesse et colère dans la population thaïlandaise
Photo: Agence France-Presse (photo) Tristesse et colère dans la population thaïlandaise

Un couvre-feu a été instauré la nuit dernière à Bangkok, après une journée où des émeutiers et des protestataires chassés du camp retranché qu'ils occupaient depuis deux mois eurent mis le feu à plusieurs bâtiments et échangé des tirs avec les militaires.

Ces derniers événements ont fait au moins six morts et une soixantaine de blessés, dont un cinéaste canadien, ce qui porte à 74 morts le bilan de la crise qui sévit en Thaïlande depuis la mi-mars.

La situation, sans précédent dans ce royaume du Sud-Est asiatique, fait craindre le pire en raison des divisions profondes qui le minent. Certains observateurs prédisent une guerre civile ou l'émergence d'un mouvement de guérilla, comme l'a fait hier l'ancien premier ministre, Thaksin Shinawatra.

Hier, des émeutiers ont mis le feu à deux grands centres commerciaux, à plusieurs banques, au siège d'une station de télévision et à la Bourse de Bangkok. En tout, une vingtaine de bâtiments auraient été incendiés.

L'armée a décrété un couvre-feu à Bangkok et dans 23 provinces situées pour la plupart dans le nord-ouest du pays, d'où sont originaires plusieurs des «chemises rouges», comme on surnomme les partisans de Thaksin Shinawatra, qui réclament la démission de l'actuel premier ministre, Abhisit Vejjajiva.

Dans cette région agricole plutôt pauvre, des manifestants ont incendié des bâtiments gouvernementaux. Des affrontements ont également été signalés à Chiang Maï, la grande ville du Nord.

À Bangkok, une unité d'élite de l'armée a été autorisée hier à tirer à vue sur les émeutiers et les pillards. Le gouvernement a également imposé une censure stricte aux médias.

Les «chemises rouges» occupaient une partie du coeur commercial et touristique de Bangkok depuis la mi-mars, réclamant la tenue d'élections anticipées parce qu'elles considèrent qu'Abhisit Vejjajiva est arrivé au pouvoir à la faveur d'un scrutin contestable en 2008.

Ce dernier avait accepté la semaine dernière de tenir des élections à l'automne, mais il était ensuite revenu sur sa promesse, critiquant la surenchère de certains chefs de l'opposition. Le camp antigouvernemental a laissé paraître des dissensions ces derniers jours, certains de ses membres acceptant les concessions faites par le pouvoir et d'autres les jugeant insuffisantes, rapportait hier Asia Times Online.

Ces désaccords avaient fait chuter le nombre de protestataires rassemblés derrière les barricades et, du même coup, fourni au pouvoir l'occasion d'enfin intervenir en force.

Dans la nuit de mardi à hier, les militaires ont donc effectué une percée en forçant une barricade à bord de véhicules blindés. Cette attaque appuyée par des tirs à l'arme automatique aurait fait quatre morts, dont un photographe italien. Le bilan des violences des deux derniers jours s'élevait hier soir à au moins six morts et une soixantaine de blessés, dont trois journalistes.

À Ottawa, le ministère des Affaires étrangères a confirmé hier qu'un Canadien a été blessé à Bangkok, sans fournir plus de détails. Des médias asiatiques affirment qu'il s'agit d'un cinéaste du nom de Chandler Vandergrift. Au cours d'une entrevue accordée à la Presse canadienne, un proche a indiqué que la famille avait été informée au sujet d'une chirurgie effectuée avec succès sur M. Vandergrift.

La plupart des chefs de l'opposition «rouge» ont dissuadé leurs camarades de résister à l'assaut militaire imminent et se sont ensuite rendus aux autorités. D'autres ont choisi de prendre la fuite.

Les États-Unis, l'Organisation des Nations unies, l'Union européenne, le Japon et plusieurs autres pays ont condamné hier les violences qui enflamment la Thaïlande et réclamé la fin des combats.

Le premier ministre en exercice, Abhisit Vejjajiva, a dit avoir confiance d'avoir repris le contrôle de la situation. «Mon gouvernement et tous les responsables ont la ferme intention de dépasser cette crise, a-t-il déclaré à la télévision. Nous ramènerons ensuite la paix dans le pays et nous le relèverons.»

On ignore pour le moment quelle sera la réaction du mouvement d'opposition.

«Une théorie affirme que la répression peut provoquer le ressentiment et que les gens animés de ressentiment peuvent se transformer en rebelles», a déclaré hier l'ancien premier ministre, Thaksin Shinawatra, joint par téléphone par l'agence Reuters dans un endroit tenu secret. Dans le pays, un très grand nombre de personnes sont en colère parce qu'on les a empêchées de se joindre au rassemblement de Bangkok.»

Avec la disparition d'un camp retranché de l'opposition au coeur de la capitale, l'attention pourrait se tourner vers les régions du nord et surtout du nord-ouest de la Thaïlande, où celui-ci a ses racines.

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Avec l'Agence France-Presse, La Presse canadienne et Reuters
2 commentaires
  • Michel Fafard - Abonné 20 mai 2010 11 h 12

    Parfois...

    Je ne veux pas être cynique ou défaitiste, mais parfois même un soulèvement populaire ne fait pas changer les choses. Il peut les empirer. Si nous comparons avec la situation du Québec, au moins Charest d'armée à sa disposition et les effectifs de la SQ ont bien d'autres chats à fouetter. Nous voyons deux premiers ministres s'agripper au pouvoir un bébé naissant au sein de sa mère et qui sont prêts à tout pour y rester. Une vraie dépendance.

  • duconlajoie - Inscrit 27 août 2011 04 h 32

    il ne faut pas compare le thailande et le Qubec ce sont 2 pays differents...

    La Thaïlande est une dictature militaire/monarchique , il me semble que le Québec n'est pas cela ?

    Il ne faut pas tout mélanger....

    Au Québec qui va verser une goutte de son sang pour avoir une indépendance ?

    Les chemises dite rouge eux l'on fait via les manifestation de 2010 et ils l'on aussi fait symboliquement en déversant leur sang devant le parlement !