Le gouvernement provisoire annule l'élection présidentielle - La violence ethnique éclate au Kirghizistan

Des affrontements ethniques entre des milliers de Kirghizes et d'Ouzbeks ont fait deux morts et plus de 70 blessés hier à Djalalabad, dans le sud du Kirghizistan.

Le Kirghizistan, qui abrite à la fois des bases militaires russe et américaine, est en proie à une forte instabilité interne depuis que le président Kourmanbek Bakiev a été chassé du pouvoir le 7 avril par un soulèvement populaire. Les tensions sont particulièrement sensibles dans le sud, qui concentre les tensions interethniques, voire intertribales, du coeur de l'Asie centrale.

Les forces spéciales ont tiré en l'air hier pour empêcher des milliers de Kirghizes de souche de faire irruption dans l'université de Djalalabad afin d'obtenir l'arrestation du dirigeant local ouzbek Khadirjane Batirov, accusé d'avoir prôné la création d'une région autonome.

Un correspondant de Reuters rapporte avoir vu des petits groupes de 100 à 200 Ouzbeks et Kirghizes écumer le centre de la ville armés de bâtons et de clubs de golf. Certains manifestants kirghizes ont lancé de cocktails molotov sur leurs adversaires.

Le gouvernement provisoire a décrété hier l'état d'urgence jusqu'au 1er juin à Djalalabad, ville du sud du pays, à la suite des nouvelles violences. Peu après, les autorités kirghizes ont fait savoir que la fonction de président du pays avait été confiée à la dirigeante du gouvernement provisoire, Rosa Otounbaïeva, pour une période transitoire allant jusqu'au 31 décembre 2011, annulant ainsi l'élection présidentielle prévue en octobre.

Dans un communiqué, le gouvernement a affirmé que des forces pro-Bakiev étaient derrière ces affrontements. «Avec cynisme, ces gens-là ont décidé d'étendre leur combat au plan ethnique», ajoute le gouvernement.

Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, les heurts entre les deux communautés ont fait au moins 300 morts et des milliers de blessés. Le Kirghizistan est composé à près de 70% de Kirghizes, à 14,5 % d'Ouzbeks et à plus de 8 % de Russes. Mais, dans la région de Djalalabad, les Oubzbeks représentent 40 % de la population .