Bangkok exclut toute négociation avant une dispersion des rouges

Plusieurs milliers d’’opposants demeurent barricadés à Bangkok.
Photo: Agence Reuters Adrees Latif Plusieurs milliers d’’opposants demeurent barricadés à Bangkok.

Bangkok — Le gouvernement thaïlandais a écarté hier la médiation proposée par un groupe de sénateurs pour trouver une issue à la crise politique qui a fait 67 morts depuis avril et menace l'unité du pays.L'offre, émanant de 64 des 150 élus de la Chambre haute du parlement, avait été acceptée quelques heures plus tôt par les «chemises rouges», qui réclament le départ du premier ministre et la convocation d'élections anticipées.

Le pouvoir thaïlandais a exclu toute négociation avant que les manifestants ne quittent Bangkok où les affrontements ont baissé d'intensité après quatre jours de guérilla urbaine. Des colonnes de fumée noire dans le ciel de la capitale ont témoigné d'une tension persistante. Mais aucune confrontation majeure n'a été constatée autour du quartier contrôlé par les opposants après des violences qui ont fait 39 morts et près de 300 blessés. Cette accalmie dans la rue n'a pourtant été accompagnée d'aucun apaisement dans les discours du pouvoir.

«La situation pourra être réglée et nous pourrons aboutir à des négociations lorsque les manifestants se disperseront», a prévenu Satit Wonghnongtaey, ministre auprès du premier ministre.

«Le premier ministre [Abhisit Vejjajiva] adhère toujours au principe des négociations, mais, par deux fois, elles ont échoué à cause de l'ingérence de personnes à l'étranger», a dit sèchement Satit, accusant implicitement l'ex-premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, soupçonné par le pouvoir de mettre de l'huile sur le feu.

Les discussions sont rompues depuis jeudi dernier lorsque le premier ministre a annulé sa proposition d'organiser des élections anticipées à la mi-novembre, exaspéré par les exigences sans cesse plus élevées des rouges.

Les deux camps doivent «mettre de côté leur fierté et la politique pour le bien du peuple thaïlandais», a exhorté Navi Pillay, haut commissaire pour les droits de la personne de l'ONU.

Le vice-premier ministre, Suthep Thaugsuban, a rejeté l'hypothèse d'un cessez-le-feu réclamé par les rouges. C'est «un non-sens », a-t-il affirmé, ajoutant que «les responsables de la sécurité ne tirent pas sur les civils». «Ceux qui tirent sont des terroristes.»

De nombreux incidents ont pourtant opposé des manifestants armés de frondes, de cocktails Molotov et de pétards, à des militaires autorisés à faire usage de balles réelles. Amnesty International a d'ailleurs accusé des militaires d'avoir «tiré à balles réelles sur des personnes [...] qui ne représentaient aucun danger pour les soldats ou pour les autres».

Le pouvoir a estimé à plus de 2000 le nombre de manifestants actifs à l'extérieur du camp, et environ 5000 ceux qui ont ignoré lundi l'ordre de partir. La police a dit vouloir interpeller cinq chefs rouges s'ils sortaient du camp. Le pouvoir a aussi interdit de transactions financières 37 individus et sociétés, soupçonnés de financer le mouvement.

La crise perturbe de plus en plus la vie quotidienne des 12 millions d'habitants de la capitale, désormais invités à rester chez eux jusqu'à la fin de la semaine, déclarée fériée. Les écoles publiques et les administrations vont rester fermées.

Depuis le début de la crise à la mi-mars, 68 personnes ont été tuées et environ 1700 blessées. Tous les morts sont des civils à l'exception d'un soldat et d'un général rebelle, Khattiya Sawasdipol, décédé lundi après avoir reçu une balle en pleine tête.