Analyse - Comment la Thaïlande en est arrivée là

Un soldat thaïlandais dresse une clôture de fils barbelés entre l’armée et les chemises rouges. Les manifestants, pour la plupart issus de la petite bourgeoisie de province, en ont assez d’être méprisés par les «élites», ces aristocrates de Bangkok qui exhibent leur titre de noblesse ou ces bureaucrates condescendants, habitués à jouer de leur pouvoir.
Photo: Agence France-Presse (photo) PORNCHAI KITTIWONGSAKUL Un soldat thaïlandais dresse une clôture de fils barbelés entre l’armée et les chemises rouges. Les manifestants, pour la plupart issus de la petite bourgeoisie de province, en ont assez d’être méprisés par les «élites», ces aristocrates de Bangkok qui exhibent leur titre de noblesse ou ces bureaucrates condescendants, habitués à jouer de leur pouvoir.

Bangkok — L'histoire de la Thaïlande est ponctuée de coups d'État (vingt depuis l'abolition de la monarchie absolue en 1932), mais le pays avait connu une progression démocratique régulière depuis mai 1992, lorsque l'armée, sur l'ordre du général putschiste et premier ministre Suchinda Kraprayoon, avait tiré dans la foule. Le roi Bhumibol Adulyadej avait tancé les protagonistes du conflit et réconcilié tout le monde.

Dans la foulée de cette crise, l'idée qu'il fallait établir de solides bases d'État de droit et de démocratie a fait son chemin. Une nouvelle Constitution a été rédigée, après une série de consultations populaires dans toutes les provinces, puis approuvée par le Parlement en octobre 1997. Sur le papier, elle était la «Constitution la plus démocratique» de l'histoire du pays: elle visait à renforcer la stabilité gouvernementale, à combattre la corruption et à mettre en place des «organismes indépendants», comme la Commission électorale, la Cour constitutionnelle et l'agence anti-blanchiment pour combattre le système de la «politique argent», lequel dominait la vie politique thaïlandaise depuis des décennies.

L'arrivée au pouvoir en janvier 2001 de Thaksin Shinawatra, un lieutenant-colonel de police devenu indécemment riche en surtaxant les téléphones portables grâce à un monopole, a fait s'effondrer ce bel édifice. Accusé d'avoir dissimulé une partie de son patrimoine, en infraction avec les règles constitutionnelles, le milliardaire au visage carré a été acquitté contre toute logique juridique par la Cour constitutionnelle.

Thaksin apparaissait alors comme un homme providentiel, qui allait sauver, par son génie en affaires, la Thaïlande des affres de la crise économique de 1997-1998. Les juges n'avaient pas osé s'opposer à l'engouement d'une grande majorité de la population, toutes classes sociales confondues.

Durant ses mandats à la tête du pays (2001-2006), Thaksin a continué à miner le système de contrôle des pouvoirs mis en place par la Constitution. Il a «acheté» le Sénat et la Commission électorale, intimidé les médias, marginalisé les ONG. Mais parallèlement, il a appliqué des politiques d'assistance sociale de sa plateforme, ce qu'aucun premier ministre n'avait fait avant lui: fonds d'emprunts villageois, couverture sociale universelle et quasi gratuite, soutien aux riziculteurs... Ces politiques innovantes en ont fait une sorte de héros aux yeux des classes populaires, lesquelles ont aussi grandement apprécié sa meurtrière «guerre contre la drogue».

Deux excès feront tomber Thaksin: d'abord, son amour immodéré de l'argent, qui le pousse à confondre joyeusement gestion du pays et bonnes affaires familiales, et ensuite, sa conviction d'être le grand homme d'État de l'histoire du pays, ce qui commençait à incommoder l'entourage du roi Bhumibol. Renversé par un coup d'État en septembre 2006, condamné à deux ans de prison, Thaksin vit en exil depuis 2008.

Qui veut quoi?

Thaksin dit vouloir l'établissement d'une démocratie véritable en Thaïlande. Quiconque a suivi la carrière politique de cet homme, qui a affirmé que «la démocratie n'est pas une fin en soi, mais un moyen», ne peut pas prendre cette assertion au sérieux. Ce qui motive l'ex-premier ministre, c'est la volonté de récupérer une bonne partie de sa fortune, gelée après le coup d'État de 2006, puis confisquée en février dernier sur décision de la Cour suprême. L'équivalent d'un milliard d'euros a été saisi.

Ses partisans, les chemises rouges, souhaitent, eux, qu'il revienne au pouvoir et réinstaure les programmes sociaux qu'il avait lancés pendant ses mandats. «Le gouvernement actuel est incapable de rétablir l'économie; si Thaksin revient, les affaires iront mieux.» Voilà une opinion communément exprimée par les chemises rouges, bien que quelque peu naïve. Au-delà de la personne de Thaksin, les manifestants, pour la plupart issus de la petite bourgeoisie de province, en ont assez d'être méprisés par les «élites», ces aristocrates surannés de Bangkok qui exhibent leur titre de noblesse ou ces bureaucrates condescendants, habitués à jouer de leur pouvoir. Avec Thaksin, les ruraux en voie d'urbanisation ont pris conscience de leur poids politique et veulent avoir voix au chapitre dans la gestion du pays.

Le premier ministre Abhisit Vejjajiva dit vouloir simplement «faire respecter la loi» et rétablir l'harmonie entre tous les Thaïs. Derrière ce discours se cache toutefois une volonté de maintenir un statu quo social, basé sur une stratification sociale qui assigne à chacun une case précise dont il n'est pas censé bouger.

Commentaire typique d'une partisane du premier ministre: «Les chemises rouges sont sans éducation, elles ne savent pas ce qu'elles sont censées faire.»

Quelle voie possible de sortie?

Le maintien du système en place, force militaire à l'appui, n'est pas une option viable à long terme. Le plan de réconciliation proposé par le premier ministre Abhisit — avec, à la clé, une réforme du système politique et une réduction des écarts économiques et sociaux — est trop tardif. Le sentiment de révolte est ancré chez les chemises rouges, qui parlent sans doute pour une majorité du pays. Le respect de la volonté de cette majorité, exprimée par la voie des urnes — ce qui signifie probablement le retour d'un gouvernement pro-Thaksin au pouvoir —, est le point de départ sine qua non d'une évolution du système politique.
5 commentaires
  • Genevieve Dalpe - Inscrit 15 mai 2010 17 h 10

    Ça, une analyse?

    Cette analyse est vraiment mauvaise. En fait, je ne sais pas ce qui vous permet de parler d'analyse. En effet, aucune impartialité n'est visée; l'auteur se contentant au mieux de vilipender les belligérants tel un pontif en chaire.
    Je n'ai rien contre les pamphlets, mais dans une section intitulée"éditorial" et non"analyse". Franchement, je ne vois pas quelle crédibilité vous avez à gagner à mélanger ainsi les genres.

    Bonne Journée.

  • DanielDesjardins - Abonné 15 mai 2010 18 h 38

    Quelle conclusion en queue de poisson!

    Le retour de Thaksin serait la condition sine qua non d'une évolution du système politique ? Alors que c'est son argent qui finance la violence depuis la mi mars! Incroyable d'écrire ça (et pourquoi le Devoir reprend-il des articles aussi médiocres?).

    Libération (et le Devoir) ferait mieux de relire "Comprendre la Thaïlande" (Olivier Girard, éd. Ulysse).

  • DanielDesjardins - Abonné 17 mai 2010 16 h 18

    SUGGESTION DE SOURCE D'INFORMATIONS

    Le Devoir ferait mieux de traduire le Bangkok Post plutôt que de reprendre les idées préconçues de Libération. Voir par exemple cet article: http://alturl.com/i8kd

  • duconlajoie - Inscrit 26 août 2011 14 h 02

    bangkok post ?

    bangkok post comme the nation sont 2 journaux pro PAD (Chemises jaunes et tout le monde sait que la reine de Thaïlande a financé les manifestations du PAD ) et l’armée thaïlandaise est derrière ces journaux : intimidations ! Même a ce jour !

    Le Pad = une partie de l’armée thaïlandaise et le plus gros maintenant ce sont des membres de la secte de moine. (il y a eu récemment des problèmes internes au PAD)

    Le PAD est un mouvement anti-démocratique, soutenu par d’importants bailleurs de fonds et bénéficiant de protections douteuses, qui exploite les craintes des privilégiés et un sentiment nationaliste délibérément anti-rationnel et qui flirte avec le militarisme et la violence.

    Le 16 août, la Cour a examiné les éléments de preuve dans le cas de Sondhi Limthongkul qui est poursuivi pour crime de lèse majesté pour avoir répété en les condamnant très fort des mots de l’opposante Da Torpedo [2]. Paroles qui l’ont envoyée en prison pour 18 ans.

    Sondhi a nié toutes ces accusations en cour.

    Le tribunal a fixé au 1er novembre 2011 [3] la date de début pour le procès.

    Un procès grotesque digne d’Ubu. Le plus virulent des défenseurs de la monarchie poursuivi pour lèse-majesté !

    A l’époque thaksin essayait de contrôler ces 2 journaux....

  • duconlajoie - Inscrit 26 août 2011 14 h 04

    Une spiral sans fin article de Danielle Sabai et Sanuk jean

    Une spiral sans fin article de Danielle Sabai et Sanuk jean

    Taper dans google et aller le lire vous comprendrez certaines choses ;-)