Thaïlande - L'armée donne l'assaut aux «chemises rouges»

Les soldats ont tenté de progresser en direction d’une avenue tenue par les «rouges»
Photo: Agence Reuters Jerry Lampen Les soldats ont tenté de progresser en direction d’une avenue tenue par les «rouges»

Bangkok — Les militaires ont ouvert le feu vendredi sur les manifestants antigouvernementaux lors d'affrontements qui ont fait au moins 10 morts et 125 blessés en plein centre de Bangkok, où le pouvoir tente d'isoler les «chemises rouges» en les privant de tout ravitaillement.

En moins de 24 heures, au moins neuf personnes dont une femme, tous civils ont été tuées et au moins 125 blessées, selon les secours, portant le bilan de cette crise depuis mi-mars à 40 morts et plus de 1000 blessés.

Parmi les blessés figurent trois journalistes, un photographe du quotidien thaïlandais Matichon, un caméraman canadien de la chaîne de télévision France 24 et un autre caméraman de la chaîne câblée thaïlandaise Voice-TV.

Les heurts ont commencé en début de matinée lorsque l'armée a tenté de progresser en direction d'une avenue tenue par les «rouges», qui ont juré la chute du gouvernement. Ces derniers ont «tenté d'intimider les autorités avec des armes», selon le colonel Sunsern Kaewkumnerd, porte-parole militaire.

Des échanges de coups de feu nourris ont éclaté et se sont poursuivis jusqu'en milieu de soirée le long de la limite sud du quartier touristique et commercial de Bangkok occupé par les manifestants depuis début avril.

Les leaders des «chemises rouges» ont accusé le premier ministre Abhisit Vejjajiva d'avoir lancé «la guerre civile» et exigé le retrait des troupes autour du quartier qu'ils contrôlent.

«Je ne sais pas comment nous allons survivre ce soir si Abhisit n'accepte pas un cessez-le-feu. Nous espérons qu'il ne veut pas la guerre», a déclaré l'un des trois principaux cadres du mouvement, Nattawut Saikuar.

Pression

Officiellement cependant, ces affrontements ne préfiguraient pas une opération pour déloger les manifestants.

«Les autorités ne lanceront pas pour le moment d'opération contre le site de Ratchaprasong, mais nous nous attendons à de nouvelles violences ce soir», a assuré le colonel Sunsern, en exhortant les «rouges» à se disperser.

Le ministre de la Défense, le général Prawit Wongsuwon, a indiqué pour sa part que l'opération était «destinée à faire pression sur les chemises rouges pour qu'ils reviennent à la table des négociations».

L'armée cherche à étrangler les «rouges» sur le plan logistique dans l'espoir de réduire au maximum le nombre de manifestants, qui se retrouvent désormais sans électricité, sans approvisionnement en eau et nourriture, et sans passage des camions poubelles.

En moins de 24 heures, la capitale a sombré dans un nouvel engrenage de violences, après dix jours au cours desquels les négociations avaient repris le dessus entre le premier ministre et l'opposition. Jeudi soir, des heurts avaient déjà fait un mort et au moins onze blessés, dont un général renégat pro-rouge, grièvement atteint par balle et dans un état critique.

Le général Khattiya Sawasdipol, alias Seh Daeng, très populaire parmi les opposants, n'avait pas caché qu'il refusait une sortie de crise pacifique.

Il est considéré comme proche de Thaksin Shinawatra, ex-premier ministre en exil renversé en 2006 par un putsch et icône de nombreuses «chemises rouges».

«Ce qui lui est arrivé était totalement inattendu», a assuré le colonel Dithaporn Sasasmit, un haut responsable de la sécurité, démentant la thèse selon laquelle le pouvoir aurait décidé de se débarrasser de lui.

L'état d'urgence, décrété à Bangkok début avril, a été étendu à 15 autres provinces du Nord et du Nord-Est, bastion des «rouges».

Dans un communiqué, l'ex-premier ministre thaïlandais en exil Thaksin Shinawatra a jugé qu'une «solution politique était toujours possible».