Crise politique en Thaïlande : Fusillade au nord de Bangkok

Des policiers et des soldats ont stoppé hier la progression d’un de ces convois d’opposants.
Photo: Agence Reuters Adrees Latif Des policiers et des soldats ont stoppé hier la progression d’un de ces convois d’opposants.

Bangkok — Un militaire a été tué et 18 personnes blessées hier lorsque des forces de sécurité thaïlandaises ont tenté de bloquer un convoi des «chemises rouges», ces opposants qui exigent la démission du gouvernement, témoignant d'un climat politique aussi bloqué que volatile.

Cet incident porte à 27 morts et près de 1000 blessés le bilan des violences politiques dans le royaume depuis le 10 avril.

Les heurts, qui ont duré une ou deux heures selon un photographe de l'AFP, ont éclaté quand environ 900 soldats et policiers ont stoppé la progression au nord de Bangkok d'une manifestation de 2000 «chemises rouges».

Les opposants avaient quitté en camions et motos le camp dans lequel ils sont retranchés dans le centre-ville, mettant au défi les autorités de les bloquer. Ils ont affirmé vouloir apporter leur «soutien» aux habitants de la banlieue, près d'un site où onze manifestants avaient été arrêtés lundi.

L'armée a indiqué qu'un soldat avait été tué après avoir reçu une balle dans la tête et que deux autres avaient été blessés. Elle a aussi admis avoir utilisé des balles réelles pour se défendre. Seize civils ont été hospitalisés selon les urgences de Bangkok, dont trois dans un état grave.

«Nous avions envoyé un signal fort depuis longtemps sur le fait que nous ne laisserions pas les manifestants sortir [du centre-ville] mais ils nous défient toujours», a indiqué le général Dithapron Sasasamit du Commandement interne des opérations de sécurité (ISOC).

Jatuporn Prompan, cadre de l'opposition, a pour sa part affirmé que le soldat s'était «fait tirer dessus par son propre camp». Une soixantaine de grenades ont été saisies sur un motocycliste qui se rendait sur les lieux et 14 personnes ont été arrêtées. «L'opération a été difficile parce qu'il y avait de la circulation et les manifestants ne portaient pas de rouge, donc il était compliqué de les identifier», a expliqué le général de police Worapong Chieupreecha.

Barricades

Les «rouges», qui ont effectivement abandonné il y a quelques jours leur tenue de ralliement pour faciliter la lutte, exigent la démission du premier ministre Abhisit Vejjajiva et contrôlent une vaste zone du centre-ville. Ils ont érigé partout autour des barricades pour se prémunir d'un coup de force. «On dirait une guerre. Ils se battent contre des gens sans arme», a accusé Jatuporn. La crise, qui dure depuis la mi-mars, semble désormais complètement engluée et s'étend en province où les «rouges» ont tenté à plusieurs reprises d'empêcher les forces de l'ordre d'envoyer des renforts.

Les manifestants jugent Abhisit illégitime et affirment qu'ils ne libèreront le centre-ville qu'après avoir obtenu des élections anticipées. Bangkok a été placée le 7 avril sous le régime de l'état d'urgence, mais l'agitation n'a pas réellement faibli.

Mercredi, l'étau s'est resserré sur le Parti démocrate d'Abhisit visé par un dossier que la Cour constitutionnelle a accepté d'examiner. Le parti est accusé d'avoir reçu une donation irrégulière et risque la dissolution.