Crise politique thaïlandaise - Les «chemises rouges» ne baissent pas les bras

Quelques «chemises rouges» au repos hier à Bangkok.
Photo: Agence France-Presse (photo) Roslan Rahman Quelques «chemises rouges» au repos hier à Bangkok.

Les «chemises rouges» retranchées dans le centre de Bangkok ont juré hier d'intensifier leur mouvement de protestation au lendemain du rejet par le gouvernement de leur offre de compromis accordant un mois au gouvernement pour organiser les élections législatives anticipées en échange de la levée de leurs barrages.

Bangkok — Les «chemises rouges», qui occupent le centre de Bangkok depuis plusieurs semaines pour tenter d'obtenir la dissolution du Parlement et de nouvelles élections, ont promis hier de combattre jusqu'à la victoire. Ils répondaient au premier ministre thaïlandais, Abhisit Vejjajiva, qui venait d'expliquer lors d'une intervention télévisée son refus de céder aux manifestants.

Les «chemises rouges» ont exhorté leurs partisans habitant en province à braver les forces de sécurité, et de nombreux protestataires ont commencé à installer des barrages à l'extérieur de Bangkok pour empêcher l'entrée de renforts de police dans la capitale.

Abhisit Vejjajiva s'est adressé hier à la population, apparaissant à la télévision nationale aux côtés du chef d'état-major de l'armée, apparemment pour essayer de dissiper les rumeurs selon lesquelles l'armée ne le soutiendrait pas.

Samedi, il avait rejeté un compromis proposé par les manifestants, qui jugent son gouvernement illégitime. Ces derniers avaient assoupli leur position devant la montée des tensions à Bangkok, donnant 30 jours au premier ministre pour dissoudre le Parlement et convoquer de nouvelles élections, alors qu'ils réclamaient au départ sa démission immédiate. «Nous ne rentrerons chez nous que quand nous aurons gagné», a lancé aux manifestants l'un des dirigeants du mouvement, Khwanchai Praipana, après la prestation du chef du gouvernement dimanche. Il a affirmé que de nombreux policiers et militaires en province se rangeaient aux côtés des manifestants, et qu'il leur avait demandé d'empêcher l'entrée à Bangkok de forces de l'ordre supplémentaires.

«La plupart des policiers basés en province ne veulent pas venir s'occuper des chemises rouges à Bangkok», a-t-il assuré.

Barrage

Plus d'un millier de manifestants ont installé un barrage pendant la nuit sur une route importante, dégonflant les pneus de 13 cars de police et empêchant l'arrivée de renforts policiers depuis la province d'Udon Thani (nord-est), selon le gouvernement. Quelque 300 autres protestataires ont dressé des barrages dans les faubourgs de la capitale dimanche après-midi pour empêcher plusieurs centaines d'autres policiers d'entrer en ville, selon des responsables de la police.

De violents affrontements dans la capitale ont fait au moins 26 morts et près de 1000 blessés depuis que les opposants ont commencé d'occuper, il y a plus d'un mois, le centre commercial de Bangkok, bloquant les principaux lieux touristiques et les grands centres commerciaux.

«Nous allons vers une solution, mais cela pourrait ne pas plaire à tout le monde», a prévenu hier Abhisit Vejjajiva. «Le gouvernement, et pas seulement l'armée, se prépare à ce qui serait l'étape suivante», a-t-il déclaré, sans plus de précisions.

Il n'a pas dit si «l'étape suivante» se traduirait par l'intervention des forces de sécurité pour déloger les manifestants, mais les dirigeants du gouvernement et de l'armée ont fait savoir que les protestataires ne pourraient pas rester indéfiniment dans le centre de Bangkok.

Aux côtés d'Abhisit, le chef des armées, le général Anupong Paochinda, a affirmé que la crise devait trouver une solution légale, et balayé toutes divergences au sein de l'armée. «Nous n'utiliserons pas la violence, mais comme je l'ai déjà dit, la situation connaît une escalade vers la violence, et l'armée devra donc ajuster ses mesures», a-t-il mis en garde.

Sans accuser directement les «chemises rouges», le premier ministre a estimé que les grenades qui ont fait un mort jeudi avaient été tirées depuis un site de manifestation par des «terroristes».

Enfin, Abhisit a reconnu avoir au départ sous-estimé le mouvement de contestation. «J'admets, je ne m'attendais pas à voir une telle force prête à aller aussi loin.»

Le conflit a pour certains analystes la dimension d'un affrontement entre classes sociales, opposant l'immense classe rurale pauvre aux élites qui traditionnellement tiennent le pouvoir. Les «Chemises rouges» sont principalement des partisans de l'ancien premier ministre déchu Thaksin Shinawatra et les militants prodémocratie opposés aux militaires qui l'ont renversé en 2006. Il considèrent le gouvernement actuel comme illégitime, car arrivé au pouvoir sous pression de l'armée, après la révocation par les tribunaux de deux précédents gouvernements pro-Thaksin.

La poursuite du bras de fer relance les craintes d'une nouvelle explosion de violence dans un pays dont l'économie — la deuxième en importance d'Asie du Sud-Est — dépend largement des investisseurs et des touristes étrangers.