Chasse à la baleine - L'Australie pourrait poursuivre le Japon

L'Australie avait déjà évoqué la possibilité d'attaquer le Japon en justice si le pays ne mettait pas fin à son programme «scientifique» de chasse à la baleine. La menace semble maintenant se préciser, puisque son premier ministre affirme que son gouvernement portera le différend auprès de la justice internationale si Tokyo n'y renonce pas d'ici novembre.

Canberra tentera cette année de «travailler avec les Japonais afin de ramener, par la voie de la négociation, le nombre de leurs prises à zéro», selon ce qu'a déclaré récemment le dirigeant australien, Kevin Rudd. Mais «si nous n'obtenons pas cet accord par la voie diplomatique, laissez-moi vous dire que nous saisirons la Cour internationale de justice», a-t-il cependant averti.

Le gouvernement néo-zélandais s'est d'ailleurs dit prêt à se joindre à cette action en justice contre le Japon si les négociations concernant l'arrêt de la chasse échouent. «Nous allons vite savoir si nous parvenons à nos fins par ce moyen-là, a dit son ministre des Affaires étrangères, Murray McCully. Si cela ne marche pas, la voie judiciaire est une option sérieuse.»

Le Japon a qualifié cette menace de «regrettable». «Si cette démarche devenait réalité, le Japon chercherait à faire valoir sa position avec la Commission baleinière internationale (CBI), selon laquelle ses activités [de chasse] sont légales», a ajouté le ministre japonais des Affaires étrangères, Katsuya Okada. La pêche à la baleine dans un but commercial est interdite dans le monde depuis 1986, mais les six navires de la flotte japonaise opèrent en Antarctique avec l'aval de la CBI, qui autorise la chasse à des fins de «recherche scientifique».

Un comité de travail de ladite Commission a justement proposé la semaine dernière un compromis qui autoriserait le Japon à continuer à pratiquer la chasse à la baleine, mais sous un strict contrôle. Les navires qui poursuivent les cétacés seraient suivis par des systèmes de surveillance par satellite, selon ce projet prévoyant aussi des analyses ADN d'échantillons de viande de baleine, souvent vendue au Japon dans les restaurants et le commerce, pour détecter la pêche illégale.

Le Japon n'a pas encore dit s'il jugeait la proposition acceptable. Un responsable de l'Agence des pêcheries japonaises, Toshinori Uoya, a toutefois dit que celle-ci permettrait peut-être de sortir de l'impasse qui perdure dans les discussions au sein de la CBI entre pays opposés et favorables à la chasse.

Un effet sur le climat

Ces développements surviennent alors qu'une nouvelle étude vient démontrer que la chasse a un effet sur le climat de la planète. Les chercheurs du Gulf of Maine Research Institute ont calculé la capacité de stockage de carbone annuelle des baleines qui, comme tout être vivant, sont composées de carbone. Normalement, le corps des baleines coule et entraîne donc avec lui son carbone au fond des océans.

Mais, «lorsqu'on chasse et retire une baleine des océans, le carbone qui la compose peut être envoyé dans l'atmosphère», a expliqué le professeur Andrew Pershing de l'Université du Maine dans un article de BBC News du 26 février. La chasse intensive pratiquée au XXe siècle aurait par exemple entraîné le rejet de 100 millions de tonnes de carbone. Les scientifiques estiment donc que l'on pourrait créer un système de crédit carbone basé sur la capacité de stockage en carbone des cétacés comme cela se fait pour les forêts.

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Avec l'Agence France-Presse