Relations indo-pakistanaises: le casse-tête de la paix

Des unes de journaux sur les difficiles relations entre l’Inde et le Pakistan.
Photo: Agence France-Presse (photo) Aamir Qureshi Des unes de journaux sur les difficiles relations entre l’Inde et le Pakistan.

New Delhi — Nouvelle tentative de dialogue indo-pakistanais, jeudi dernier à Delhi. Sans résultats probants. Seul élément positif, et c'est ténu, le fait que les deux capitales tenaient un tête-à-tête politique de haut niveau pour la première fois depuis les attentats de novembre 2008 à Mumbai (176 morts). Tout au plus les deux secrétaires aux Affaires extérieures ont-ils promis de «garder le contact».

À quoi bon essayer et réessayer de planter un rameau d'olivier dans un sol aussi stérile? se demande-t-on à Delhi tant, ces temps-ci, l'espoir de voir un jour les deux pays parvenir enfin à faire le deuil de la Partition de 1947 semble toucher le fond. Après tout, ils ont tenu au cours des soixante dernières années 174 séries de pourparlers. À quoi bon? Parce qu'il le faut, martèle le premier ministre indien, Manmohan Singh.

Le fil conducteur de la présence occidentale

L'organisation radicale pakistanaise Lashkar-e-Toiba (LeT), avec la bénédiction active d'éléments au sein de l'armée et des services de renseignements, a joué un rôle certain dans les attentats de Mumbai. Islamabad a fini par le reconnaître, à l'arraché.

La même mouvance était à l'oeuvre dans l'attentat qui a fait seize morts, il y a quinze jours, par un beau samedi soir, dans un café de Pune, ville-symbole, parmi d'autres, de la modernisation indienne, située au sud-est de Mumbai. Premier attentat d'envergure à se produire depuis novembre 2008. «La terreur est de retour», titrait le lendemain le Hindustan Times. Et de l'un à l'autre, un fil conducteur: la volonté nouvelle et explicite de s'en prendre aux étrangers, à la présence occidentale.

Le gouvernement Singh aura cette fois-ci pris la décision, malgré l'évidente filiation pakistanaise et contre le réflexe de bien du monde au sein même du parti du Congrès au pouvoir, de ne pas laisser cet attentat faire dérailler la nouvelle tentative de dialogue. Sage décision: le départ du président-général Pervez Moucharraf n'y a rien changé, le Pakistan demeure une dictature militaire qui, pour plus de clarté, devrait dire son nom, un État menacé d'écroulement où la résistance moudjahidine qui a été nourrie, créée, organisée par l'establishment pakistanais au tournant des années 80, avec le soutien massif de Washington, pour lutter contre l'occupation soviétique de l'Afghanistan prend aujourd'hui la forme d'une hydre islamoterroriste dont ses parrains ont en bonne partie perdu le contrôle.

Bouée de sauvetage

La main tendue par Delhi est en quelque sorte une bouée de sauvetage lancée au faible gouvernement civil du président Asif Ali Zardari, qui ne demanderait pas mieux, il le dit lui-même, que de faire la paix avec l'Inde au sujet du Cachemire divisé et d'en finir avec le terrorisme grenouillant. Cela marcherait si seulement l'armée lui ôtait les menottes pour lui permettre de s'accrocher...

Et ô combien l'Inde y trouverait son compte! M. Singh, comme beaucoup d'Indiens, part du principe que le développement économique galopant du sous-continent passe obligatoirement par la pacification de son environnement régional. Ce qui coule de source.

Mais comment y parvenir dans un contexte où Islamabad, comme l'a si bien dit début février un haut fonctionnaire du renseignement américain, «a la conviction que les groupes militants sont un outil important de son arsenal stratégique pour contrecarrer la supériorité économique et militaire de l'Inde»? Rien de plus frustrant pour les Indiens que la stratégie à la carte appliquée par le Pakistan: offensive militaire contre les talibans pakistanais dans le nord-ouest du pays, applaudie par Barack Obama, pendant que Hazif Saeed, chef du LeT et cerveau central présumé des attentats de Mumbai, poursuit en toute liberté sa croisade anti-indienne...

Le symbole du Cachemire

Ensuite, M. Singh est exaspéré par le fait que l'Inde soit, encore et toujours, définie sur le plan international par sa vieille dispute territoriale avec le Pakistan au sujet du Cachemire — alors que Delhi considère plutôt avoir l'envergure de jouer avec la Chine dans la cour des grands. Absurde en effet que l'avenir de l'Inde soit tenu en otage par une chicane dans la minuscule vallée du Cachemire, écrit le chroniqueur Vir Sanghvi. «Évidemment que le Pakistan doit cesser de nous obséder. Mais le peut-on alors que nous continuons d'être une obsession pour le Pakistan?»

Le Cachemire, symbole principal des rancoeurs pakistanaises à l'égard de l'Inde, enracinées dans la première des trois guerres que se sont livrées les deux pays il y a plus de soixante ans dans l'immédiate foulée de la Partition. En 1998, les tensions étaient si vives qu'elles ont fait craindre une déflagration nucléaire.

L'imaginaire national pakistanais continue de faire de la récupération du Cachemire indien — à majorité musulmane — une question existentielle, ce que les organisations radicales ne se privent pas d'entretenir, alors qu'en fait, elles semblent ne plus avoir grand appui parmi les Cachemiris indiens. Discrètement, un plan de paix parfaitement sensé a pourtant circulé en 2007, qui semblait bien près de faire l'objet d'un accord de principe: autonomie gouvernementale dans les deux Cachemire séparés par la Ligne de contrôle, démilitarisation par étapes et, ultimement, création d'une administration conjointe... Une piste que les attentats de Mumbai, un an plus tard, allaient enterrer. À quoi bon tenter le dialogue? Il le faut, répète M. Singh.