La justice birmane rejette un appel d'Aung San Suu Kyi

Rangoun — La Cour suprême de Birmanie a rejeté hier un appel d'Aung San Suu Kyi, chef de file de l'opposition démocratique, contre son assignation à résidence, a déclaré son avocat. Âgée de 64 ans, Suu Kyi, qui a passé 15 des 21 dernières années en résidence surveillée, a écopé d'un surcroît d'un an et demi d'assignation à résidence en août dernier pour avoir permis à un Américain de séjourner chez elle à Rangoun.

«Le juge a rejeté l'appel. Il a lu la décision à haute voix mais n'a donné aucune raison à ce rejet», a expliqué son avocat, Nyan Win, aux journalistes qui n'avaient pas accEs à la salle d'audience.

Nyan Win a ajouté qu'il comptait déposer un appel auprès du président de la Cour suprême, la seule voie de recours encore possible pour Aung San Suu Kyi.

L'appel de l'opposante repose sur le fait que la loi invoquée pour prolonger de 18 mois son assignation à résidence est obsolète car elle figure dans la constitution de 1974 qui a été remplacé en 2008 par une nouvelle loi fondamentale.

Aung San Suu Kyi a été reconnue coupable d'infraction à la loi protégeant l'État contre des «éléments subversifs» et condamnée à trois ans de prison.

Sa peine a été commuée dans la foulée en 18 mois d'assignation à résidence par la junte, en hommage au défunt père de l'opposante, le père de l'indépendance Aung San.

Le verdict est loin d'être une surprise pour les diplomates et militants, qui dénoncent l'ingérence de la junte militaire, au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle en Birmanie, dans les affaires judiciaires.

Le ministre de l'Intérieur de la junte, le général Maung Oo, avait déclaré le 21 janvier que Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, serait libérée en novembre.

L'ambassadeur britannique en Birmanie, Andrew Heyn, a estimé que les prochaines élections législatives, les premières depuis vingt ans, ne seront pas crédibles si Aung San Suu Kyi et d'autres détenus politiques ne sont pas relâchés.

Décision «décevante»

«Même si cette décision n'est pas une surprise, elle est profondément décevante», a-t-il déclaré.

«Pour que ces élections soient crédibles et légitimes, toutes les nuances de l'opinion politique devraient avoir l'occasion de présenter leur programme devant les électeurs», a-t-il dit.

Les élections, attendues à

l'automne mais dont la date n'a pas encore été dévoilée, seraient les premières depuis celles de 1990 qui avaient abouti à une

victoire écrasante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi. Les militaires avaient refusé de reconnaître les résultats.

La LND ne s'est pas prononcée sur sa participation à ce nouveau scrutin. Les généraux le présentent comme un pas vers une démocratie multipartite quand l'opposition ne voit qu'un simulacre d'élection devant leur permettre de conserver le pouvoir et de continuer à tirer les

ficelles.

Aung Din, directeur exécutif de l'organisation Campaign for Burma, dont le siège est à Washington, ne s'est pas étonné du jugement rendu. «L'appareil judiciaire n'est qu'une partie du mécanisme d'oppression.»

«Quiconque défie ou menace le régime militaire sera traqué et arrêté par la police et les services de renseignement, emprisonné par les juges et maintenu dans l'ombre par l'administration pénitentiaire», a-t-il déclaré.
1 commentaire
  • Gervais Pomerleau - Inscrit 27 février 2010 08 h 10

    Vous avez de ces idées...

    «La justice birmane», dites-vous... Est-ce que, depuis l'avènement des cerveaux sous képi la justice est toujours vivante en Birmanie? Pas dans mon optique en tout cas!