Un ovni québécois passe à Pondichéry

Scène du quotidien à Pondichéry, où le français côtoie l’anglais et le hindi.
Photo: Carolyne Parent Scène du quotidien à Pondichéry, où le français côtoie l’anglais et le hindi.

Le français en Inde, c'est un village gaulois. Se tient cette semaine à Pondichéry, dans le sud du pays, un congrès aux allures extraterrestres: celui de l'Indian Association for Quebec Studies, en collaboration avec l'Association of Indian Teachers of French. En anglais, s'il vous plaît... Visages de la culture française dans le sous-continent et du rôle (car il en joue un!) qu'y tient le Québec.

New Delhi et Pondichéry — Originaire d'un village du Rajasthan, Ravindar Kumar voulait venir apprendre le japonais à la Jawaharlal Nehru University (JNU), la grande université publique de New Delhi. Pour finalement atterrir à son Centre d'études françaises et francophones. Il ne se plaint pas que le sort et les résultats de son examen d'entrée enaient décidé autrement. Assis à une table de la cantine du Département des langues de la JNU, il déballe le sujet de son projet de doctorat: l'évolution de la culture acadienne à travers le roman d'Antonine Maillet, Pélagie-la-Charrette!

L'Inde compterait environ 250 000 étudiants du français. Et non, tout le monde ne va pas nécessairement l'apprendre à Pondichéry, cet ancien comptoir français de l'État du Tamil Nadu, où se tient le premier congrès «international» de l'Indian Association for Quebec Studies (IAQS), une organisation créée en 2008 par le gouvernement québécois à l'occasion du 400e anniversaire de la fondation de Québec. Sous la partie visible de l'incontournable réseau de l'Alliance française, une quinzaine de grandes universités indiennes ont un Département de français, de Varanasi à Lucknow, en passant par celle du Pendjab. C'est la JNU qui abriterait le plus grand Centre d'études françaises en Inde: plus de cent étudiants, douze professeurs permanents. Et il se trouve que sa directrice, Vijaya Rao, est québéciste de longue date. Elle a soutenu, en 1995, sa thèse de doctorat sur Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay, qu'elle a découvert, raconte-t-elle, parmi des livres dont le Haut-Commissariat du Canada avait fait don à l'université. Le centre donne deux cours de maîtrise sur le Québec, l'un sur son histoire, l'autre sur sa littérature, et vient d'inaugurer, grâce au coup de main financier de quelques dizaines de milliers de dollars que lui a donné le gouvernement Charest, une «salle Québec» qui tient lieu de salle de classe et de petite bibliothèque. Aux murs sont accrochés des tableaux de paysages d'hiver québécois.

Le français est en Inde une affaire d'élite, mais auquel l'ouverture économique du pays depuis une vingtaine d'années tendrait à donner un second souffle, estime Mme Rao. Ainsi qu'en témoignent des étudiants de deuxième année au baccalauréat croisés à la sortie d'une classe: Chhavi est une jeune femme qui vient du Bihar, l'État le plus pauvre du pays. «Je m'intéresse à la traduction des textes sacrés», annonce-t-elle. Ankur, qui ne pêche pas, lui non plus, par absence de bagou, est du Maharashtra, autrement plus prospère. Ils pourront se trouver du travail en tourisme, comme interprète ou dans un centre d'appels de Bangalore. Leur compétence en français est d'autant plus stupéfiante qu'ils n'en parlaient pas un mot avant d'entrer à l'université. Encore que, une certaine fatigue s'installant, la conversation tende parfois à glisser vers le recours, du reste sans complexe, à l'anglais.

Il y a l'attrait irrésistible de l'anglais, mais il y a aussi en Inde 18 langues «régionales», dont le hindi, dont chacune est parlée par des dizaines, sinon des centaines de milliers de locuteurs. Un plurilinguisme par lequel le français risque à tout moment d'être emporté. Créé au début des années 1980 à l'initiative du Département de français de l'Université de Madras (ex-Chennai), au Tamil Nadu, l'Association of Indian Teachers of French (AITF), qui dit compter quelque 600 membres, se bat depuis toujours contre la «menace» de marginalisation qui pèse sur l'enseignement du français, en tant que langue étrangère, dans le curriculum scolaire et universitaire. L'AITF tente de lui redonner de la pertinence en dépoussiérant des méthodes d'enseignement d'un autre siècle, déconnectées des réalités indiennes. C'est encore grâce à elle qu'ont été traduits en tamoul des ouvrages québécois comme Les Belles-Soeurs de Tremblay, Anthologie de la nouvelle québécoise de Gilles Pellerin, et Le Libraire de Gérard Bessette.

Ce n'est donc pas un hasard si son petit cousin, l'IAQS, tient à Pondichéry son congrès de baptême. Thème du forum: «Québec: traditions, transition, transgression». Environ 120 participants, dont une vingtaine d'étrangers. «On ne serait pas là sans le soutien du ministère des Relations internationales du Québec, évidemment», reconnaît son président, le professeur R. Venguattaramane. Le sociologue Fernand Harvey ouvre les débats avec une intervention intitulée «Le Québec et l'Inde: une relation en construction». Asha Pande, professeur à Bombay, parlera de la représentation de l'Inde dans la littérature francophone; le traducteur et écrivain Louis Jolicoeur, de la traduction de la littérature québécoise à l'étranger. Thambu Sudhakar, de l'Université de Madras, y prononcera une conférence sur «l'angoisse dans les romans québécois». Coût pour être membre à vie de l'IAQS: 1000 roupies (25 dollars canadiens).
2 commentaires
  • Joseph AGNEW - Inscrit 19 février 2010 08 h 11

    leçon de français

    Vous faites une histoire sur l'apprentissage de français et votre article contient "enaient?" Ne servez-vous pas de logiciel de correction?

  • Rene Arbour - Inscrit 19 février 2010 21 h 23

    Le Français pour les indiens???

    Merci pour votre article monsieur Taillefer,

    Pour avoir travaillé avec des indiens, ici au Québec ou par téléphone, je n'ai pas sentis une seule seconde d'intérêt pour le français de leur part.

    Cet intérêt est-il limité, là-bas, aux gens qui s'intéressent à la culture internationale? Ou se retrouve t-il dans une faible mesure, un peu partout?

    Enfin, dans un autre ordre d'idée, j'aimerais bien savoir s'il reste quelque chose à Pondichéry, du leg de Shri Aurobindo. Un Indo-Anglais qui y a fondée un ashram avec une française qu'on appelait "La mère".

    Merci.