Le Sri Lanka est mis au ban par l'Union européenne

Les pertes seront énormes pour le Sri Lanka, particulièrement dans le secteur du textile.
Photo: Agence Reuters Andrew Caballero-Reynolds Les pertes seront énormes pour le Sri Lanka, particulièrement dans le secteur du textile.

L'Union européenne a décidé hier de suspendre l'accès privilégié au marché européen pour les produits sri-lankais à la suite de nombreuses infractions constatées en matière de droits de la personne. Cette décision, qui pourrait devenir définitive dans six mois si aucune amélioration n'est observée, intervient après une enquête de l'UE, lancée en 2008 et approfondie après la fin de la guerre contre les Tigres tamouls en mai.

L'UE évoque des «défauts significatifs» sur le dossier des droits de la personne. C'est un euphémisme. Dans les derniers mois du conflit (entre janvier et mai 2009), les autorités sri-lankaises ont interné pendant plusieurs mois plus de 285 000 déplacés dans des camps insalubres, fermés à la presse et à la Croix-Rouge. Depuis, plus de la moitié a été relâchée, sans qu'une solution pérenne n'ait été trouvée pour leur relogement. Plus grave, entre 11 000 et 13 000 personnes, présentées comme des «anciens combattants des Tigres tamouls», sont en voie de «réhabilitation» ou en attente de jugement. Certains sont même internés sans savoir ce que leur reprochent les autorités, ni quand ils pourront recouvrer leur liberté.

Le refus répété des autorités sri-lankaises d'ouvrir une enquête sur de possibles crimes contre l'humanité jette également une ombre sur les opérations militaires qui ont fait peu de cas des civils. Des sources de l'ONU évoquent aujourd'hui le «chiffre très probable de 20 000 morts» entre janvier et la mi-mai 2009. Enfin, la conclusion d'un conflit trentenaire au Sri Lanka ne s'est pas traduite par une amélioration du climat sécuritaire. Les menaces, intimidations et enlèvements à l'encontre de la presse, des minorités et de l'opposition se poursuivent.

Le président, Mahinda Rajapakse, réélu avec 57,9 % des voix le 26 janvier, a la victoire revancharde. Il n'a pas supporté que son ancien chef d'état-major se porte candidat contre lui et l'accuse de corruption, de crimes de guerre, de népotisme et d'abus de pouvoir. Il a fait saisir ses avoirs bancaires et entend le faire juger pour tentative de coup d'État. Sarath Fonseka vient de déposer une plainte à la Cour suprême pour fraude électorale.

La fin du système préférentiel pourrait supprimer 250 000 emplois dans le textile et les pêcheries. Le manque à gagner pour Colombo s'élèverait à environ 150 millions de dollars.