Sri Lanka - La purge se poursuit

La police militaire a fait irruption hier dans les bureaux du Parti de la libération du peuple de Sarath Fonseka.
Photo: Agence France-Presse (photo) La police militaire a fait irruption hier dans les bureaux du Parti de la libération du peuple de Sarath Fonseka.

Colombo — Le candidat malheureux de l'opposition à l'élection présidentielle au Sri Lanka, l'ancien chef des armées Sarath Fonseka, a été arrêté hier par la police militaire.


L'élection, dont le résultat est contesté par Fonseka, a été remportée par le chef de l'État sortant, Mahinda Rajapaksa, à l'issue d'une campagne agressive entre les deux hommes.


«Il a été traîné dehors d'une manière fort discourtoise sous nos propres yeux», a déclaré le chef du Congrès musulman, Rauff Hakeem.

Il a été emmené en prison par les membres de la police militaire qui ont fait irruption dans les bureaux du parti de la libération du peuple (JVP), selon cette formation. «Ils ont emmené le général Fonseka de force pendant qu'il discutait avec trois autres dirigeants du parti», a déclaré un porte-parole du JVP.

«Le général a refusé d'être emmené. Ils l'ont empoigné et l'ont littéralement porté pour le sortir [de la pièce] après avoir menacé les autres», a ajouté le porte-parole. «Ils devaient être plus d'une centaine», a-t-il affirmé.

Les bureaux du JVP ont été cernés par des forces lourdement armées qui ont empêché les journalistes et les photographes de pénétrer dans le bâtiment et de prendre des photos. Selon des témoins, le directeur de campagne de Fonseka, Senaka de Silva, a également été emmené.

Plus tôt dans la journée hier, Fonseka avait déclaré à la presse que plus d'une cinquantaine de ses collaborateurs avaient été arrêtés et que les autorités voulaient ainsi l'empêcher de rassembler des preuves appuyant ses accusations de fraude électorale.

Il y a une semaine, le président Rajapakse a limogé 12 hauts gradés militaires en raison de crainte d'un coup d'État.

Le général Prasad Samarasinghe, porte-parole de l'armée, a déclaré que l'arrestation était liée à des délits commis par le général Fonseka avant qu'il ne quitte les forces armées en novembre pour se lancer dans la course à la présidentielle. «Le général Fonseka a été arrêté sous l'accusation de délits militaires», a dit le porte-parole dans un communiqué.

Le président sortant Rajapakse a été réélu avec une confortable majorité de 57,9 % tandis que Sarath Fonseka a recueilli 40,1 % des voix.

Cette arrestation a suscité la «préoccupation» de la diplomatie américaine. «Nous suivons la situation de près et sommes préoccupés», a déclaré Philip Crowley, le porte-parole du département d'État, en souhaitant que les actes du gouvernement sri-lankais «soient en accord avec la loi» du pays.

M. Crowley a estimé qu'il s'agissait «d'une action inhabituelle immédiatement après une élection», et appelé le gouvernement à «travailler à réparer les fissures au sein de la société» sri-lankaise.

Pour sa part, la Russie va accorder au Sri Lanka un crédit de 300 millions de dollars pour l'achat d'équipements militaires et de technologies à double usage (civil et militaire), ont rapporté hier les agences russes. L'accord sur ce crédit, octroyé pour une durée de 10 ans, a été signé à Moscou. Le géant russe Gazprom a de son côté indiqué envisager de participer à la prospection d'hydrocarbures sur le plateau continental sri-lankais.