L'ONU alourdit ses sanctions contre la Corée du Nord

Le Conseil de sécurité a été unanime.
Photo: Agence Reuters Le Conseil de sécurité a été unanime.

New York — Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé hier à l'unanimité d'alourdir son régime de sanctions contre la Corée du Nord en réponse à son essai nucléaire du 25 mai, faisant craindre à Washington une réaction «irresponsable» et un nouveau test de Pyongyang.

«Étant donné le passé et la propension de la Corée du Nord aux agissements irresponsables et dangereux, il ne serait pas surprenant qu'elle réagisse à ce régime de sanctions très dures d'une manière qui constituerait un nouvel acte de provocation et de déstabilisation», a dit l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Susan Rice, après l'adoption de la résolution à l'ONU.

«Dans cette éventualité, nous continuerons à faire ce que nous nous sommes engagés à faire aujourd'hui, à savoir appliquer dans toute son étendue le régime de sanctions le plus fort, le plus dur qui existe à l'heure actuelle contre un pays», a-t-elle dit à l'issue d'une rencontre avec le président Barack Obama.

Les tensions régionales sont particulièrement aiguës depuis que le régime nord-coréen a mené son deuxième essai nucléaire le 25 mai, condamné par l'ONU. Pyongyang a également annoncé n'être plus lié par l'armistice de 1953 ayant mis fin à la guerre de Corée.

Mme Rice a défendu les sanctions adoptées contre le reproche de ne pas être assez contraignantes, voire non assorties de dispositions prévoyant un recours à la force.

C'est un «régime [de sanctions] très vigoureux et très dur, avec les dents qu'il faut pour mordre la Corée du Nord là où ça fait mal», a-t-elle dit.

Inspections

La résolution 1874 instaure un système renforcé d'inspection des cargaisons aériennes, maritimes et terrestres à destination ou en provenance de la Corée du Nord, y compris en haute mer, et un élargissement de l'embargo sur les armes.

Elle prévoit aussi l'alourdissement des sanctions financières contre Pyongyang, l'allongement d'ici 30 jours de la liste des entités nord-coréennes frappées d'un gel de leurs avoirs financiers à l'étranger et l'inclusion d'individus sur cette liste.

Elle vise ainsi à empêcher les activités nucléaires et balistiques du régime stalinien et à assécher les revenus qu'il tire de ses ventes d'armes et de technologie.

Pyongyang est déjà sous le coup de sanctions prévues par la résolution 1718 du Conseil, adoptée en octobre 2006 après son premier essai nucléaire.

La résolution a été rédigée par les États-Unis et négociée âprement pendant 15 jours avec les autres membres permanents du Conseil dotés du droit de veto (Chine, France, Grande-Bretagne, Russie), le Japon et la Corée du Sud.

Elle «condamne dans les termes les plus forts» l'essai nucléaire du 25 mai et «exige que la Corée du Nord s'abstienne de tout nouvel essai ou tir de fusée utilisant la technologie des missiles».

Elle exige que Pyongyang «suspende toutes ses activités liées à la technologie des missiles balistiques [...], revienne sur son annonce de retrait du Traité de non-prolifération nucléaire [TNP]» et réintègre celui-ci «le plus tôt possible».

La Corée du Nord devra également «abandonner tous ses programmes d'armement nucléaire de manière complète, vérifiable et irréversible» et rejoindre au plus tôt le Traité d'interdiction des essais nucléaires (CTBT).

Enfin, l'ONU appelle Pyongyang à revenir aux pourparlers à six (avec la Corée du Sud, la Chine, le Japon, les États-Unis et la Russie) sur la dénucléarisation.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a salué l'adoption de cette résolution, appelant à la «prompte» mise en oeuvre des sanctions. La France s'est aussi félicitée et a appelé Pyongyang à «s'abstenir de nouvelles provocations», dans un communiqué de son ministère des Affaires étrangères.

Par ailleurs, les entreprises sud-coréennes du complexe industriel transfrontalier de Kaesong ont rejeté hier les exigences de la Corée du Nord, qui réclamait une forte hausse des salaires et des loyers.

Lors d'une réunion jeudi, marquée par la crise nucléaire, la Corée du Nord avait demandé un quadruplement du salaire de ses travailleurs, rémunérés 75 dollars par mois.

Pyongyang avait également exigé que les deux sociétés ayant développé le site s'acquittent d'un loyer de 500 millions de dollars, au lieu des 16 millions du contrat actuel.

Confrontée à la perspective de nouvelles sanctions, la Corée du Nord tente par tous les moyens de se procurer des devises.

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